Petit rappel de philosophie

« Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment c’est encore d’être heureux. »

Alain, Propos sur le bonheur

Vous pouvez relire mon article de février dernier « Philosophons légèrement le matin » si le coeur vous en dit. Il contient quelques citations qui peuvent vous intéresser ; elles sont variées.

Je vais aller dormir car la fatigue se fait sentir.

Bonne nuit à toutes et tous.

La suite demain.

Une agréable rencontre

Quand on tient un blog, on fait des «rencontres» virtuelles et ainsi se nouent des liens d’amitié qui, si le hasard fait bien les choses, peuvent aboutir à des rencontres.

J’ai découvert, il y a quelques semaines, le blog de Magitte et j’ai eu plaisir à échanger quelques mots sur internet avec cette dame dont la façon d’écrire me charmait, sans compter que les sujets qu’elle évoquait m’intéressaient toujours.

Comme je devais passer une toute petite semaine à Toulouse au cours de mon séjour métropolitain, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Magitte (ou Geneviève). J’espère qu’elle a été aussi heureuse que moi de notre rencontre. Ce jour-là, s’il avait fait beau, je pense que nous aurions pu aller faire une petite promenade mais le ciel toulousain s’était mis au gris et à la pluie, nous sommes restées une après-midi chez elle.

Nous avons passé quelques heures à bavarder, sans blancs dans la conversation. Geneviève est comme je l’imaginais, pétillante de vie, curieuse de tout, décidée : vivante, ce qui pour moi résume tout. C’est un vrai bonheur de passer un moment avec elle et quand, en prime, au moment de partir, elle m’a offert son livre de souvenirs, j’ai été enchantée. J’ai cependant un regret : sous le coup de l’émotion peut-être, je n’ai pas pensé à lui demander une dédicace ; je déplore d’être aussi tête en l’air par moments. Je n’ai pas osé retourner lui demander son autographe (il ne faut pas abuser et ne pas trop déranger) mais je me suis promis, si je peux retourner la voir, de rapporter le livre et de demander quelques mots manuscrits sur la page de garde.

Quand je suis rentrée dans mon chez-moi de passage, je me suis empressée de lire «Au fil de ma mémoire». Il pleuvait, j’en ai profité.

Quelle bonne idée a eu Geneviève de faire publier ses souvenirs ! Ils ont en vrac, tels qu’ils lui reviennent. Ce sont des petits récits qui ont pour lien l’époque 1939-1945. J’aurais aimé que ma grand-mère fasse la même chose quand elle était vivante. Me déciderai-je un jour à mettre par écrit ce qu’elle m’a raconté ? La guerre vue par ma grand-mère, la dernière (39-45) et celle d’avant, pourquoi pas ? La grande guerre, celle qui devait être la der des ders…

Ce qui me surprend dans le livre de Geneviève, c’est cette volonté de toujours trouver quelque chose de plaisant à raconter même quand la situation était sombre. Ma grand-mère faisait la même chose, toujours rire ou sourire des événements les plus tragiques soient ils.

Les souvenirs de Geneviève sont encore plus prenants que ceux ma grand-mère car Magitte a connu l’exode, drame qui a été épargné à mon aïeule puisqu’elle vivait en «zone libre» à Grenoble, près du maquis du Vercors.

Curieux cette notion de « zone libre » quand on sait ce qui se passait.

Il y avait la fameuse ligne de démarcation dont le but était de séparer distinctement deux zones, en créant ainsi une frontière entre la zone libre et la zone occupée. Cette ligne, longue de 1 200 kilomètres coupait la France en deux. Sur un total de 90 départements, l’armée allemande en occupait 42 entièrement, 13 partiellement, tandis que 35 n’étaient pas occupés. Les trois quarts du blé et du charbon français étaient produits en zone occupée, ainsi que presque tout l’acier, le textile, le sucre. La zone libre était ainsi très dépendante de l’Allemagne. Il n’était possible de franchir la ligne de démarcation légalement qu’en obtenant très difficilement un Ausweis (carte d’identité) ou un Passierschein (laissez-passer) auprès des autorités d’occupation après maintes formalités.

Je reviens à ma rencontre toulousaine, et je me permets de citer un extrait d’un «chapitre» du livre de Geneviève pour vous montrer comment elle arrivait à rire même du dramatique. C’était pour elle l’exode de Paris vers Vierzon (elle était partie, comme tous ceux qui étaient sur les routes, sans connaître sa destination). Elle était transportée par des militaires, dans un camion de munitions, assise sur des caisses, avec d’autres membres de sa famille, en route vers le sud de Paris.
«Comme ils (les soldats) avaient peur, ils descendaient de leur habitacle et quand nous ne pouvions aller nous mettre à l’abri dans un fossé, ils venaient cacher leur tête et leurs avants-bras, en passant la moitié de leur corps par l’ouverture pratiquée à l’arrière du camion puisque nous roulions bâches relevées pour avoir de l’air ! … Ils se sentaient ainsi en sécurité puisqu’ils ne voyaient rien ! En résumé, ils «tendaient leurs autres joues» !  C’était idiot et cela nous faisait rire…»

Et tout le long du fil des souvenirs, les anecdotes amusantes apparaissent comme de petites lueurs d’espoir dans un monde tourmenté.

Heureusement, Geneviève était capable de bien prendre les choses, elle répète souvent qu’on ne pouvait faire autrement. Peut-être qu’elle et quelques autres partageaient ce point de vue (dont ma grand-mère), ceux dont l’envie de vivre est plus forte que tout, vivre droit, debout ; pourtant nombreux sont ceux  qui se sont morfondus. J’ai entendu des moins à plaindre qu’elle, qui ont pleuré tout le reste de leur vie sur leur triste sort «d’enfants de la guerre». Geneviève est une battante, elle encaisse et vous dit à travers son attitude (moi j’ai entendu ça) : «Show must go on !»

Bravo Geneviève pour votre vivacité, votre amour de la vie, vos réflexions, votre humilité et votre caractère. Malgré votre petite taille (qui se réduit encore, m’avez-vous dit), Geneviève vous êtes une grande dame et «merci» encore pour les moments que vous m’avez accordés, j’ai très envie d’écrire : offerts.

Merci et à bientôt.

La poésie du vert

Pour ceux qui ont aimé le vert ; de la poésie de Rimbaud : un sonnet intitulé « Au Cabaret-Vert », qu’il écrit en 1870 alors qu’il n’a que seize ans, et publié dans le recueil Poésies.

Arthur Rimbaud raconte comment il arrive, fatigué et affamé dans un cabaret de Charleroi. Dès qu’il entre dans l’auberge, il s’installe, bienheureux, envahi par un profond sentiment de bien-être.

Au Cabaret Vert

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Il décrit le bien-être qu’il ressent au « Cabaret Vert » ; s’il le dit en vers, il n’en cache pas moins sa révolte contre l’ordre établi, lui pour qui le poète doit être «voyant» (dans le sens de double-vue, en avance sur son temps) et «résolument moderne» ; il choisit d’écrire un sonnet classique en apparence mais moins conventionnel qu’il n’y paraît. Je relève le « soleil arriéré ». Qu’en pensez-vous ? Moi j’y vois de la moquerie, de l’insolence.

Dans les  deux premiers quatrains, il s’installe, « allonge ses jambes et contemple le décor : il est détendu, c’est le repos, bien-être physique et moral. Puis, dans les deux tercets, comme il est affamé, la serveuse accorte (tétons énormes et yeux vifs) lui apporte des plats simples qui le réjouissent : « des tartines de beurre » et surtout du jambon «rose et blanc » accompagnés d’une « chope immense » de bière mousseuse et dorée : les nourritures sont résolument terrestres.

Bien que l’auteur conserve la forme traditionnelle du sonnet, la syntaxe n’est pas classique.

Le premier quatrain a un rythme régulier, simple, en revanche le second a des phrases complexes : beaucoup d’enjambements qui mettent en valeur le premier mot  isolé des vers : «vert », «rieuse », «d’ail», des rythmes irréguliers ; pas de coupure de rythme à la fin du second quatrain : enjambement encore. On constate là le rejet des conventions poétiques : liberté, bien-être.

Les mots utilisés sont simples : langage courant pour des ustensiles, des produits du quotidien : plat, chope, jambon, beurre, bière. On est loin du nectar et de l’ambroisie des poètes divinement inspirés.

Au Cabaret-Vert est une évocation vivante et joyeuse d’un moment de bien-être, voire même de bonheur, bonheur tranquille éprouvé dans un lieu populaire. Arthur Rimbaud transfigure, en quelques vers, une réalité banale en un véritable tableau  plein de vie et de couleurs,  comme un peintre de l’école hollandaise (La Buveuse (1658), de Pieter de Hooch) ou plus contemporain, comme un impressionniste (Degas, La Classe de danse).

Lumière et couleurs dans ce tableau de Pieter de Hooch.

La jupe rouge attire le regard sur celle qui a donné son nom à la toile : « La Buveuse ».

Est-ce une toile réellement gaie ? Lumineuse, oui, gaie, non. Sans aucun doute. A voir le visage las de celle qui est au centre du tableau.

C’est la vie !

« La classe de danse » de Degas est une toile lumineuse.

Un instant de vie pris au vol mais on entend presque le piano et les chaussons sur le plancher. Vie grouillante.

Impressionnisme.

Le pont Mirabeau

Aujourd’hui encore un emprunt : Guillaume Apollinaire.

Que de plaisir à lire, décortiquer son recueil « Alcools », quand j’avais dix-sept ans. Mais si, on peut être sérieux quand on a cet âge-là contrairement à ce que disait joliment Arthur Rimbaud. Souvenirs, souvenirs…

LE PONT MIRABEAU

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Guillaume Apollinaire

En cliquant sur le titre, vous pourrez lire un commentaire du poème, une analyse très intéressante qui me rappelle mes devoirs de français. Jadis… Si vous voulez soit faire revivre vos souvenirs, soit vous cultiver davantage, c’est un bon lien.Sous le pont Mirabeau coule la Seine…

Le quatrième vers nous rappelle qu’il faut souffrir avant d’être heureux, pour apprécier mieux le bonheur sans doute. L’alternance des joies et peines entretient l’espoir ou le désespoir, selon les individus. C’est la différence entre optimisme et pessimisme, voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Avec l’âge, moi j’ai tendance à voir le verre plutôt plein : sagesse des anciens sans doute après les écorchures de la jeunesse. Comme l’écrivait si bien Chamfort, pas Alain l’autre Sébastien dit Nicolas : « En vivant et en voyant les hommes, il faut que le coeur se brise ou se bronze. »

Pour en revenir au pont Mirabeau, quatre statues le décorent dont une qui est l’allégorie de l’Abondance. L’abondance sous les ponts de Paris… De nos jours, on peut imaginer des tas de choses sous les ponts, mais l’abondance… Et ça ne va pas s’arranger de si tôt.

Heureusement que les jolies courbes des statues ramènent à la beauté, à l’amour, au romantisme qui n’est pas forcément tourmenté.

Et si le ciel et la Seine étaient d’un bleu limpide…

Réussite, argent, bonheur…

Quand a-t-on oublié d’encourager l’effort ?

Etes-vous capable d’en faire un en lisant ma prose du jour ? Je l’espère. Je le souhaite vraiment. Elle n’est pas drôle ? Normal, je n’ai pas vraiment le coeur à rire. Je regarde le monde. Et…  Pourquoi est-ce que tout se met à tourner de travers ? Personne n’a l’air vraiment heureux. Et je l’avoue, moi comme les autres, même si je le cache en général.

« Si tu veux comprendre le mot de bonheur, il faut l’entendre comme récompense et non comme but. »
Antoine de Saint Exupéry

C’est donc ça ?

Dans notre monde, ou plutôt dans notre société d’occidentaux, le bonheur et sa source : l’argent, sont partout à la une. C’est le but : pour être heureux, il faut une belle voiture (de l’argent), une belle maison (de l’argent), faire de beaux voyages (de l’argent), avoir de beaux enfants, être beau (pour ces deux derniers points, il faut aussi de l’argent). Pour avoir de l’argent, il faut réussir.  A partir de là, je pense que tout déraille. Réussir, oui mais comment ? De préférence sans faire trop d’efforts, de là, l’argent à… n’importe quel prix, il n’y a qu’un pas et surtout plus vraiment de morale. But, pas récompense !

Jadis, quand j’étais jeune, réussir, ça commençait à l’école. On réussissait en classe et en général, ensuite, on s’en sortait. Un enfant de milieu modeste, brillant en classe, même s’il ne devenait pas ministre, pouvait grimper dans la hiérarchie et s’éloigner de son milieu d’origine. L’école était un ascenseur social ; pour le prendre, il fallait faire quelques efforts et les parents vous le rappelaient. Certains gamins loupaient le coche mais trouvaient des chemins de traverse pour s’en sortir (cours du soir, par exemple) : l’espoir était là ; le désir de réussite était toujours lié aux efforts. A quel moment, les choses ont-elles changé ? Quand a-t-on oublié d’encourager le travail, l’effort ? Quand a-t-on commencé à penser  bien-être, bonheur sans penser à la contrepartie l’effort, le mérite ? Quand a-t-on pensé qu’il était impossible d’être heureux ? Que tout était vain ?

Je crois que mai 1968 a eu des conséquences désastreuses. « Il est interdit d’interdire », voilà un slogan qui a changé beaucoup de choses. Il n’a pas été compris comme il faut, je pense. Tout le monde a vu le laxisme : n’interdisons rien aux enfants pour les laisser s’exprimer. Ne pas tout interdire mais fixer des limites, voilà ce qu’il fallait faire. Interdire un peu en expliquant beaucoup, ne pas laisser aller. Idem pour les plus âgés : pas d’interdit mais la prise de conscience que la vie en société oblige à fixer soi-même ses propres limites, qu’il faut se raisonner.

Interdit d’interdire, ce n’était pas la porte ouverte au je-m’en-foutisme mais plutôt une porte ouverte vers la liberté, l’autonomie.

Il est interdit d’interdire pour laisser libre cours à l’imagination créative, aux possibilités de chacun de s’exprimer dans le respect de l’autre, non pas pour voir l’anarchie. C’est bien de cela qu’il s’agit : d’anarchie. Je ne parle pas  de l’anarchie conçue comme une idée politique, mais de l’anarchie comme le langage commun le comprend :  la pagaille, un repoussoir pour les personnes qui  considèrent comme essentiel le principe fondamental d’autorité ; dans ce cas, l’anarchie désigne une situation de désordre, de désorganisation, sur la base  que l’ordre nécessite une  hiérarchie dotée d’une force coercitive. Le chaos, c’est bien là où nous arrivons maintenant, petit à petit : lois et règlements inappliqués (et/ou inapplicables ?), zones de non droit, laxisme de la justice, angoisses de la police, lâcher-prise généralisé… La société est devenue une pétaudière.

Digression pour pétaudière. Cette expression apparaît à la fin du XVIe siècle et devient proverbiale aussitôt ; elle viendrait « de la coutume qu’avaient les mendiants, autrefois, de se nommer un chef (du latin peto, signifiant « je demande »). Un pareil roi n’avait aucune autorité sur ses sujets et chacun agissait comme bon lui semblait ; il résultait de là une confusion extrême. Pour d’ autres, pétaudière est dérivé du nom du roy Petault, personnage extravagant qui apparaît dès 1546 dans le Tiers-Livre de Rabelais, l’image d’une «cour du Roi Pétaud » où chacun est maître. Le fond est le même.

Le poète Armand Robin (1912-1961) définit « l’anarchiste » comme celui qui est « purifié volontairement, par une révolution intérieure, de toute pensée et de tout comportement pouvant d’une façon quelconque impliquer domination sur d’autres consciences » et voilà les éléments essentiels : domination et  conscience. La conscience permet de se représenter la petitesse de l’Homme, sa fragilité, sa « finitude », son incapacité à être heureux ; elle permet d’acquérir une autonomie morale : rechercher le bien-être, le bonheur, le sien sans oublier celui des autres, ce qui nécessite quelques contraintes librement acceptées. J’ai conscience de mon existence et de celle des autres ; il nous faut vivre ensemble le mieux possible.

Jadis, le mérite était une valeur républicaine fiable. N’oublions pas l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents« . En clair et en résumé : « A chacun selon son mérite ! »

Tous les citoyens se savaient titulaires de droits mais aussi de devoirs. Est-ce parce qu’ils ont l’impression que leurs droits sont bafoués qu’ils ne se sentent plus obligés de respecter leurs obligations ?

Sur nos cartes d’électeurs, est-ce toujours écrit « Voter est un droit mais c’est aussi un devoir » ? Il est vrai que tant que le vote blanc ne sera pas comptabilisé comme un véritable vote, une expression, une manifestation de mécontentement, les citoyens risquent de déserter encore plus les bureaux de vote. A quoi bon se déplacer pour voter si notre voix n’est pas entendue ? Avons-nous maintenant le sentiment que nous n’avons plus que des devoirs ? des obligations auxquelles nous n’avons pas consenti librement ? Nous allons mal. Sommes-nous simplement dégoûtés ou réellement désespérés ?

Nous laissons les choses aller et nous comptons sur les autres et surtout sur la chance pour que les choses s’améliorent. Même réussir semble dépendre des autres et de la chance.

Réussir aujourd’hui, c’est réussir à être connu. La célébrité semble être le nouvel élément indispensable du  bonheur. Il est vrai que « passer à la télé » vous met dans la lumière et rapporte de l’argent.  La notoriété ne dépend plus ni de la beauté, ni de l’intelligence, ni d’un don ou d’une qualité remarquable. Vous ne pouvez que pleurer sur la misère humaine quand vous écoutez le niveau de conversation dans les télés-réalités. Le zapping de Canal+ permet d’entendre le « best of » et c’est démoralisant.

Le bonheur, affiché partout, même s’il n’est qu’apparent, est d’autant plus difficile à vivre qu’on se sent mal dans sa peau. On a beau regarder les autres avec lucidité , se dire que le monde va mal, se dire que le quidam starisé un moment ne ressemble pas aux mannequins vedettes, que les gloires elles-mêmes ne sont que des produits, ils ont l’air heureux et on a  vite fait de se croire anormal. Tout le monde semble pouvoir être heureux et moi, je me sens complètement en dehors de ça ? Suis-je inadapté ? Serai-je capable d’être heureux ?

Notre inconscient influence notre vie. Même quand nous n’osons pas exprimer par des mots notre mal-être, l’inconscient s’exprime dans nos rêves et même dans notre quotidien à travers les actes manqués, les oublis divers et les lapsus, parfois même l’apparition de symptômes dans le corps (maux de dos, estomac noué, maux de tête, grande fatigue, perte de sommeil, etc). Et si nous étions plus vrais ?

Je suis persuadée que dire ce qui ne va pas nous allège. Revenons à des choses plus vraies, plus simples, ne nous laissons pas leurrer par des miroirs aux alouettes. Tout ce qui brille n’est pas or. La valeur des individus est ailleurs que dans nos boites à images. Revenons à l’anonymat. Pour vivre heureux, vivons cachés. Que de poncifs ! Il faut sortir du merdier actuel. Changeons, en essayant chacun de faire un peu, nous arriverons à faire bien ensemble.

Arrêtons avec la boue que l’on nous envoie en pleine figure :  M. et Mme Tout-le-monde ont droit à leur quart d’heure de gloire : on a inventé la télé-réalité. Les bimbos lambdas et les petits cons prétentieux, ne les plongez plus dans le bain de l’audimat et des tabloïds : dépression garantie, pour vous et pour eux., Parlez-en à Loana ! Star Ac’, Nouvelle Star, Master Chef,  Secret Story , la Ferme, Koh-Lanta ! Eteignez vos télé-viseurs, phones portables. Vous n’êtes pas des paparazzi. Ne surveillez pas d’illustres inconnus.

Le monde est pourri ? Vous trouvez ? La faute à qui ?

J’ai commencé avec Saint Ex et le bonheur, je finis avec lui : «  Etre homme, c’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le monde »

Albert Jacquard

J’adore Monsieur Albert Jacquard. Lisez et vous saurez pourquoi.

Extrait de Petite Philosophie à l’usage des non-philosophes

« Manifester son bonheur est un devoir ; être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible. » Tiens, voilà qui confirme ce que j’ai écrit à plusieurs reprises dans mes articles, tout particulièrement dans « Dépression nerveuse« . Je n’ai fait que redécouvrir ce que d’autres savaient déjà, mais qu’y a-t-il de meilleur que l’expérience pour apprendre ?

« L’oisiveté est, dit-on, la mère de tous les vices, mais l’excès de travail est le père de toutes les soumissions. » Depuis longtemps, j’ai compris. Malheureusement, nombreux sont ceux qui n’ont pas encore ouvert les yeux. Le dernier billet, avec une citation d’Emil Cioran, traitait de ce problème que j’ai évoqué à plusieurs reprises. Il faut travailler pour vivre et non vivre pour travailler…

« Exprimer une idée est une activité difficile à laquelle il faut s’exercer ; la télé supprime cet exercice ; nous risquons de devenir un peuple de muets, frustrés de leur parole, et qui se défouleront par la violence. » J’ai évoqué la nécessité de savoir parler, mais il faut avant tout réfléchir. L’école ne suffit plus pour apprendre la rhétorique. Qui vous empêche de parler à vos proches, de vous expliquer ? Taisez-vous et abrutissez-vous, voilà sans aucun doute les directives des gouvernants ! Vous le savez tous, plus vous courbez l’échine, plus on abusera de vous. Allez-vous vous laisser faire longtemps encore ? Réfléchissez et parlez !

Cependant ne perdez jamais de vue que « La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices ; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous. » Démocratie participative ! Vous n’avez pas la parole ? Pas grave, prenez là ! C’est comme la liberté. Prendre la liberté de parler. Beau programme, non ?

Et souvenez-vous qu’on ne peut avoir la pluie sans les orages.

Estime de soi

Se sentir seul(e), rejeté(e), à part, se sentir de trop, être timide (et jouer au clown de service), voilà quelques-uns des signes d’une faible estime de soi.

Se sentir exclu(e) est une véritable souffrance, quotidienne, lancinante, qui vous entraîne dans une spirale infernale. Cette douleur, souvent silencieuse, bien camouflée, n’est pas reconnue. Si vous tentez de l’exprimer, on vous répondra : « mais tu as tout pour être heureux (se) », on ajoutera même quelquefois « secoue-toi » ou « va chez le médecin et prends des médicaments ». Vous n’irez pas mieux, bien au contraire. Il ne s’agit ni de volonté, ni de chimie mais de mal-être que quelques mots (mis sur vos maux) pourront faire disparaître. En résumé, si certains pensent se comprendre sans parler, moi je pense que pour mieux se comprendre, il est préférable de (se) parler… et d’écouter et même de s’écouter (pas trop quand même).

Donc si vous en êtes au moment où le « va te faire voir » déguisé vous décourage un peu plus, si vous vous sentez encore plus seul(e) et incompris(e), les sentiments d’injustice et de colère montent en vous, ce n’est peut-être pas si mauvais signe. Servez-vous de cette colère, rendez-la utile, constructive, libératrice.

Il est vrai que plus nous croyons être exclu(e), anormal(e), plus les situations semblent confirmer nos croyances car nous attirons à nous ce que nous croyons. Si nous sommes mal à l’aise, si nous nous croyons laid(e), inintéressant(e), nous enverrons cette image et nous attirons nos semblables. L’inverse fonctionne de la même manière : si nous nous sentons beau (belle), intelligent(e), agréable, plein de charme… De nos pensées et de nos croyances émane une énergie* qui attire la même énergie. Je vous conseille cette lecture « L’homme qui voulait être heureux » de Laurent Gounelle.

*Digression (c’est un de mes défauts, j’en fais souvent) : cette attirance ou plutôt attraction, c’est le contraire des lois de la physique, de l’électromagnétisme (eh, j’ai un bac littéraire, moi), donc si je me souviens bien «Les mêmes pôles de deux aimants se repoussent, les pôles contraires s’attirent.» La vie quotidienne contredirait-elle cette théorie ? Et on dit des aimants. Pff… Aimants, amants : il n’y a qu’une lettre de différence. Et plus cynique** :  aimant, ce qui attire irrésistiblement, alors l’argent est un aimant puissant. De là, à repartir sur Harpagon…

** cynique : rebelle, face à un monde incompréhensible de par la multiplicité des conventions factices et socialement admises, qui peut avoir des propos choquants. Vous pensez à quelqu’un ?

Revenons au mal-être. Comment se défaire de ce malaise ? Je crois qu’il est très important d’en parler. Cependant, il n’est pas facile d’aller parler à quelqu’un a fortiori quand on se sent exclu et indigne d’intérêt. C’est pourtant le premier pas à faire pour se donner une place et pour dire et SE dire : « J’ai de la valeur ». A qui le dire : famille, ami(e) ? Je ne crois pas qu’avec eux, nous puissions réellement nous en sortir, ils sont trop impliqués affectivement, prennent parti ou jugent. Il faut une oreille neutre. Pour guérir véritablement de ce mal-être, un « psy quelque chose » s’impose : psychologue, psychothérapeute.

En s’expliquant, en racontant à un témoin neutre, nous pouvons nous détacher des problèmes affectifs qui parasitent les situations et prendre enfin conscience de l’importance qu’il faut s’accorder à soi-même. En nous laissant enfin, pour la première fois, une place que personne ne voulait nous donner et que nous n’osions pas prendre, nous pouvons commencer à nous installer et à nous faire véritablement entendre voire même, dans le meilleur des cas, comprendre.

Il faut dire ce que l’on ressent, surtout arriver à dire ce que l’on veut, ne  plus se sentir rejeté parce que l’autre ne répond pas à nos attentes. Il faut admettre que l’incompréhension ou le refus de l’autre ne diminue en rien notre valeur réelle et que nos désirs ont le droit d’exister et d’être exprimés.

Il peut y avoir des milliers de raisons pour lesquelles l’autre n’agit pas comme nous le voulons, le  concevons ou l’espérons : éducation, peur, fatigue… Si l’autre ne répond pas, ce n’est pas parce qu’il ne vous accorde aucun intérêt mais simplement qu’il a d’autres intérêts, souvent lui-même exclusivement, or nous avons l’habitude de  choisir l’option la plus dure envers nous-même « personne ne m’aime tant je ne vaux rien. »

Comme notre angoisse est ancienne (merci les parents toxiques ! encore une saine lecture : « Parents toxiques, comment se libérer de leur emprise » de Suzan Forward) et que se sentir accepté, intégré, aimé est important à nos yeux, il faut se faire vraiment sa place, changer sa façon de se voir,  ne pas ou ne plus se mentir à soi-même. Vous n’êtes pas nul(le), mais vous avez des points forts, des qualités, des valeurs morales personnelles profondes. Ce sont vos atouts ; il ne faut pas les cacher mais les montrer et s’en servir.

N’attendez plus de recevoir ce que l’autre n’est pas capable de donner.

Ne vous déguisez plus, ne jouez plus un rôle surtout s’il ne vous convient plus.

Entrez dans le jeu de la vie  avec vos cartes personnelles : montrez celles que  vous avez, ce que vous valez, faites ce qui vous semble juste et bon, ce qui vous donne satisfaction et n’espérez rien en retour. C’est comme ça que la chance vous sourira.

****

La littéraire reprend le dessus : BEAUMARCHAIS termine « le Mariage de FIGARO » par ce couplet :

« Or, Messieurs la comédie

Que l’on juge en cet instant,

Sauf erreur, nous peint la vie

Du bon peuple qui l’entend.

Qu’on l’opprime, il peste, il crie,

Il s’agite en cent façons,

Tout finit par des chansons… »

Alors puisque tout finit par des chansons, un petit air de Starmania :

On dort les uns contre les autres

On vit les uns avec les autres

On se caresse, on se cajole

On se comprend, on se console
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

On danse les uns avec les autres
On court les uns après les autres
On se déteste, on se déchire
On se détruit, on se désire
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

C’est quoi le bonheur ?

Il est tard et c’est l’heure de dormir mais j’avais envie d’écrire quelques mots.

Les idées se troublent, se mélangent, les airs et les paroles de chansons aussi. Dominent Cali « c’est quand le bonheur », Sensemillia « tout le bonheur du monde »… Je ferai bien d’aller me coucher. Je pense au « bonheur », ce bonheur recherché par tous ne prend pas la même « forme » pour chacun de nous.

Au début d’une année, quand les journalistes s’en donnent à coeur  joie avec leurs micro-trottoirs « Vous souhaitez quoi pour cette année qui commence ? » Je suis effarée par les réponses. Les souhaits « du fric, du fric, du fric ». C’est impensable de n’avoir plus que ce mot à la bouche. La santé me semble quand même l’essentiel. Si l’argent contribue au bonheur, il est loin de le faire à lui tout seul. Comment en est-on arrivé là ? Dans cette société, il n’y a plus que le fric, le commerce, le paraître, des besoins ou plutôt des envies dont la satisfaction doit être immédiate. Qui est encore capable de rêver, de créer juste pour le plaisir ? Je sais qu’il y a toujours des artistes, des idéalistes, des optimistes, des utopistes, mais ils ne sont pas légions et encore moins majorité.

Mais ma question initiale était « c’est quoi le bonheur ? » Comment définir ce concept au mieux ?

« Etat essentiellement moral atteint par un individu lorsqu’il a obtenu tout ce qui lui paraît bon, qu’il a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir ses diverses aspirations, trouver l’équilibre dans l’épanouissement harmonieux de sa personnalité ». Je trouve cette définition assez satisfaisante pour commencer, toutefois le bonheur peut être plus simple : petits détails du jour à saisir au vol., successions de petits bonheurs, de petits plaisirs.

Les textes sur le sujet ne manquent pas. En voilà un d’ André Gide, Les nourritures terrestres.

« Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l’impérieuse obligation d’être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui et par des possessions dont on le prive. »

Ce texte donne à réfléchir sur notre monde à deux vitesses : haïssable le bonheur qui « ne s’obtient qu’aux dépens d’autrui et par des possessions dont on le prive »…

A plus tard. Je vais dormir.

Un petit bonheur : de la couleur.

Compotier réalisé de mes mains à l’atelier de Saint Gilles

Compotier en terre cuite