Auteurs finlandais

Comme ça pour voir, j’ai tapé « auteurs finlandais » sur mon clavier et j’ai reçu une réponse qui m’a fait peur. Ils sont très très nombreux les auteurs finlandais, il y a une liste « longue comme un jour sans pain« . Moi je n’en connaissais qu’un seul ou presque : Arto Paasilinna. Je l’apprécie beaucoup car il me fait sourire et même quelquefois franchement rire avec son humour totalement déjanté. Lire la suite

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Le Chat, la Belette et le petit Lapin

En écrivant mon avant-dernier billet « le français à l’Élysée », j’avais pensé à Tintin et au château de Moulinsart ainsi qu’à la fable de La Fontaine. Je reviens sur celle-là aujourd’hui car plus que jamais il me semble que le « ôte-toi de là que je m’y mette » est à la mode. Ne trouvez-pas que les gens qui veulent sans droit occuper la place d’un autre et qui n’ont pour mobile qu’une ambition impatiente sont de plus en plus nombreux ? Lire la suite

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Sorbier

Les sorbiers et les alisiers (genre Sorbus) sont des plantes arbustives de la famille des Rosacées. Les sorbiers et les alisiers sont des arbustes ou des arbres qui croissent notamment dans les forêts collinéennes et montagnardes. Plusieurs espèces ou hybrides sont cultivés comme « ornemental ». Ils sont caractérisés par des fruits globuleux, rouge corail, Lire la suite

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1984

Non, je ne parlerai pas de l’année 1984 qui a vu le 2 décembre, la catastrophe de Bhopal. Merci à Union Carbide pour le poison et le nuage toxique qui a fait entre 15 000 et 30 000 morts dans cette ville du nord de l’Inde. Près de trente (30) ans après ce qui reste l’une des plus graves catastrophes industrielles de l’histoire, des déchets entreposés sur le site contaminent toujours les nappes phréatiques et continuent de faire des victimes. En Europe, nous avions eu Seveso en Italie, 1976 et le dioxide.  Et ça continue. Les histoires de gros sous… Lire la suite

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Devinèt kréol : sirandane

J’ai découvert avant-hier ce mot « sirandane » (mieux vaut tard que jamais, non ?) et je vous ai présenté hier le spectacle pour enfants «Tigouya, lo margouya té i vé allé voir la mer» (Tigouya, le margouillat qui veut aller voir la mer). Je vous ai parlé des sirandanes, puis je suis tombée sur un texte de Le Clézio qui présente les sirandanes.  L’auteur est Mauricien, il sait de quoi il parle, c’est son enfance, sa vie. Lire la suite

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Mensonges

Georges Orwell n’a-t-il pas dit, je le cite :  » Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent. » Il y a un moment déjà que les politiques sont démasqués et malgré cela, ils se présentent sans honte devant le peuple qui continue à les élire, sinon à les croire. Lire la suite

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Le petit train « longtemps »

Pour ceux qui ont du temps libre et envie de découvrir un texte rédigé en créole, je vous propose celui-ci paru dans la version web du journal « Temoignages ». L’auteur est Georges Gauvin, un créole « pur jus » avec un nom pareil (mais je ne le connais pas). Je vous parlerai sans doute un jour prochain d’un écrivain local que j’apprécie : Axel Gauvin, un auteur qui aime sa langue créole. Lire la suite

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Liberté de Paul Eluard

Est-ce la proximité de la date du 18 juin qui fait vibrer ma fibre patriotique et me parle de liberté ?  Il est vrai qu’après avoir évoqué le chant des partisans, un poème de Paul Eluard dont tout le monde connait au moins deux vers, « J’écris ton nom : Liberté ! » , titille mes neurones. Le voilà ! Lire la suite

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Le vrai goût de la liberté

Je lâche le rouge un moment. Ca fait un peu poivrote d’écrire ça mais j’assume, moi qui carbure plutôt à l’eau et au coca. Et même que maintenant je vais chanter avec Boris Vian :

Je bois
N’importe quel jaja
Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinq
je bois
La pire des vinasses
C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps. — — (Boris Vian, Je bois,)

Drôle de vie ! Ah, ces artistes !

J’ai retrouvé un poème sans ponctuation ou presque. dont l’auteur est Boris Vian. Encore un que j’aime comme Baudelaire ou Roda-Gil. Vian : bizarre, créatif, poète…

Voilà les vers (pas verts, ni verres du jour)

L’évadé ou le temps de vivre, ou encore un vrai goût de liberté.

L’évadé
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l’odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre.

Boris VIAN, Chansons et poèmes

Ce poème « Le temps de vivre » a été écrit, tout comme « Le déserteur », bien plus connu, en février 1954. Le thème de ces deux textes se rapproche d’un autre poème écrit en 1952 : « Je voudrais pas crever », publié à titre posthume, en 1962  et chanté par Serge Reggiani.  Cliquez sur le titre, au dessus  (J’écoute, et ça y est : des larmes, toujours).

Les idées exprimées par Boris Vian dans ces trois poèmes (tous les trois ont été mis en musique) tournent autour des plaisirs simples (boire à ce ruisseau), plus exotiques (voir les singes à cul nu dévoreurs de tropiques) ou même quelquefois plus étranges (les coinstots bizarres) que l’on peut trouver à vivre, et de l’inéluctable condamnation à mort, naturelle ou plus ou moins violente et à plus ou moins brève échéance..

Il faut se souvenir que Boris Vian, comme bon nombre de ses contemporains, était antimilitariste ; c’était tout juste après le Deuxième guerre Mondiale, pendant la guerre d’Indochine, au moment des guerres d’indépendance (Maroc, Tunisie et Algérie, la plus terrible des trois). Savoir ce qui s’était passé en Allemagne, en Pologne, au Japon et un peu partout à travers le monde avait rendu pacifiste une grande partie de la jeunesse.

Le Carpe Diem des latins, repris par Ronsard, est une nouvelle fois mis en exergue : la vie est un bien précieux qui peut nous être enlevé à tout instant, il faut donc profiter au mieux que chaque petit détail : un sourire, un rayon de soleil, une main tendue.

Boris Vian savait-il qu’il était malade ? Sans aucun doute. C’est pour cette raison qu’il nous encourage à profiter de l’instant présent et à nous révolter contre l’ordre établi. Si les gouvernants ainsi que leurs représentants détiennent le droit de vie et de mort sur la population, chaque citoyen peut se rebeller : déserter, s’évader au propre et au figuré.

Nous avons conscience que nous sommes tous condamnés à mort à plus ou moins long terme mais nous n’avons pas forcément conscience de la brièveté potentielle de certaines vies et de la fulgurance de la fin, inattendue ou non avec un départ immédiat ou différé. Ce qui compte, c’est d’avoir le temps d’accomplir ce que l’on souhaite et de profiter un peu de la vie. Sans brûler la chandelle par les deux bouts, il ne faut pas remettre au lendemain le bonheur qui peut se saisir maintenant. Carpe diem !

Le personnage de ce poème peut être un évadé de guerre, un prisonnier de droit commun, un prisonnier politique, un petit voyou et pourquoi pas un tueur ? La peine de mort était toujours en vigueur en ce temps-là et on peut donc imaginer que l’évadé était condamné à mort, à perpétuité ou du moins à une lourde peine (on était bien généreux en condamnation à cette époque). L’évadé a conscience que, de toute façon, maintenant qu’il s’est échappé il va mourir. Pour une peccadille, il pourrait s’arrêter de fuir, de courir, mais si on le rattrape la peine va croître, alors quitte à mourir, autant mourir heureux, en liberté. Mourir en prison, en attendant dans le couloir ou l’antichambre de la mort, ou mourir en s’échappant, le choix est vite fait.

La liberté, liberté d’aller et venir, de courir, de ne pas être enfermé, de pouvoir faire ce que l’on souhaite, des petites choses toutes simples (courir, regarder, respirer , boire l’eau du ruisseau), cette liberté là n’a pas de prix. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour être libre, c’est ce que disent l’évadé et le déserteur qui ne se battront même pas et attendront la balle funeste qui mettra fin à leur vie.

Quand on sait que la fin est proche, le goût est plus intense.

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Traité sur la tolérance, Prière à Dieu

Aujourd’hui  dimanche, je laisse l’essentiel de la parole à un auteur que j’adore : VOLTAIRE. Ce texte est, à mes yeux, LA référence quand on parle de tolérance.

Pourquoi Voltaire ? Pourquoi Dieu ? Pourquoi tolérance ?

D’abord, parce que c’est dimanche et parce que j’ai envie (ce qui est une excellente raison) et parce que Voltaire me semble l’un des auteurs les plus aisés à comprendre (même si son ego était sans doute un peu hypertrophié), il me permet de mettre les choses au point entre vous et moi ; parce que j’évoque Dieu, de temps à autre, plus par habitude (ou tic ?) de langage que par réelle foi ; je suis une mécréante, ne vous choquez pas, je dis haut ce que d’autres pensent tout bas (je me comporte sans doute mieux que quelques bigots dits aussi hypocrites, pharisiens, ou tartuffes). Enfin la tolérance, parce que nous sommes de moins en moins indulgents, malgré nos grandes déclarations, envers l’autre qui n’a pas la bonne couleur de peau, mange, boit, s’habille  différemment. Peu m’importe  à moi, ses différences, tant qu’il n’empiète pas sur liberté des autres, ni (surtout) sur la mienne, qu’il se conforme à la morale reconnue dans mon pays. Il faut bien qu’un ordre soit établi ; pourtant combien de fois ai-je eu envie de crier « Ni Dieu ni maître » ? Ca, c’est un autre sujet. Revenons-en à Voltaire.

Bonne lecture

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Traité sur la tolérance, Prière à dieu, chapitre XXIII de Voltaire


Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

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Ce que j’aime dans ce texte c’est qu’il a l’apparence d’une prière à Dieu, mais qu’il s’adresse aux hommes.

Les premiers destinataires de la prière  sont les hommes : « Ce n’est donc plus aux hommes », c’est une figure de style efficace pour attirer l’attention : la prétérition (silence non tenu).

Puis tout en feignant de s’adresser à Dieu, Voltaire insiste sur l’infériorité des hommes face au Tout-Puissant. Les hommes sont si fragiles et stupides : « faibles créatures », « imperceptibles » , « nos débiles corps », « les atomes appelés hommes » qu’ils ne peuvent pas comprendre, or je pense que Voltaire avait foi en l’intelligence humaine.

L’adresse faite à Dieu est peu marquée il n’y a que deux verbes « daigne »  et « fais que », en revanche le contenu de la demande est très importante, mais, comme le « fais que » n’est pas répété, la demande s’adresse directement aux hommes.

Dieu est universel et bon,  Voltaire cite sa générosité absolue : « à toi qui as tout donné « , sa puissance et son éternité « dont les décrets sont immuables comme éternels »,  « ta bonté », son omniscience  « car tu sais », mais Voltaire est-il sincère ou ironise-t-il une fois de plus ?

Le contenu de la prière est propre à une prière : il renvoie à la compréhension. Dieu est-il compréhensif ? Il est Tout-Puissant et décide donc pas de compréhension, à la tolérance entre les hommes, « tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger », il  écarte la responsabilité divine pour mettre en avant celle des hommes. Dieu a donné des capacités aux hommes qu’ils utilisent mal. Le Tout-Puissant ne l’est donc pas tant… tout puissant si les hommes font ce qu’ils veulent (ah, c’est le libre-arbitre !?).

Voltaire joue l’humilité pour ne pas trop choquer ses contemporains, son humble  demande souligne la soumission de l’homme devant Dieu : « s’il est permis à de faibles créatures » d’ « oser te demander », « daigne ». Dans quelle mesure ne joue-t-il pas au Tartuffe ?  Il s’adresse aux hommes et il insiste sur leur comportement destructeur, « haine et persécution », « haïr et égorger », « nos lois imparfaites », « vanité », « la tyrannie », « le brigandage « ,  » les fléaux de la guerre « …

La partie de ce texte qui me le fait aimer beaucoup, c’est cette condamnation des rites, des dérives religieuses, sectaires. Voltaire reproche aux ecclésiastiques leur goût pour l’argent, la fortune et le pouvoir.

Il utilise des périphrases pour désigner cette hiérarchie ecclésiastique, cette mascarade : « ceux dont l’habit est teint en violet » (évêques), « ceux dont l’habit est teint en rouge » (cardinaux), ou d’autres encore « sous un manteau de laine noire », ça ne vous rappelle rien d’actuel ces déguisements ? Je passe sous silence les « quelques fragments arrondis d’un certain métal » (argent), « un jargon formé d’une ancienne langue » (latin). Toutes ces périphrases  sont dépréciatives, elles dévalorisent volontairement comme le « petit tas de la boue », « ces petites nuances ».

Voltaire ne s’adresse pas au Dieu des chrétiens mais au Dieu de tous les hommes : « Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, de tous les temps » « à bénir également en mille langages divers ». C’est celui-là mon éventuel Dieu.

Il faut arriver à dépasser toutes les pratiques religieuses rituelles qui divisent les hommes et rejeter toutes les formes de violence dans le respect d’autrui.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce possible ? A qui s’adresser ? A Dieu ? Aux hommes ?

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