Drôles de questions

Ce samedi matin, j’ai participé à un brunch littéraire. Il fallait bien donner un nom à cette réunion bimestrielle qui se tient à la médiathèque de la commune dans laquelle je réside, alors brunch, pourquoi pas, nous avons des Britanniques qui vivent ici et un club de langue anglaise. C’est loin d’être un brunch tel qu’on le définit, mot-valise combinant les mots breakfast (petit déjeuner) et lunch (déjeuner), on ne mange pas beaucoup mais ce sont deux heures très agréables que nous passons ensemble (des dames la plupart du temps). Hier j’ai fait des découvertes, comme chaque fois, et c’est sur le premier livre présenté que je reviens. .Et si…. Lire la suite

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Auteurs finlandais

Comme ça pour voir, j’ai tapé « auteurs finlandais » sur mon clavier et j’ai reçu une réponse qui m’a fait peur. Ils sont très très nombreux les auteurs finlandais, il y a une liste « longue comme un jour sans pain« . Moi je n’en connaissais qu’un seul ou presque : Arto Paasilinna. Je l’apprécie beaucoup car il me fait sourire et même quelquefois franchement rire avec son humour totalement déjanté. Lire la suite

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Le Chat, la Belette et le petit Lapin

En écrivant mon avant-dernier billet « le français à l’Élysée », j’avais pensé à Tintin et au château de Moulinsart ainsi qu’à la fable de La Fontaine. Je reviens sur celle-là aujourd’hui car plus que jamais il me semble que le « ôte-toi de là que je m’y mette » est à la mode. Ne trouvez-pas que les gens qui veulent sans droit occuper la place d’un autre et qui n’ont pour mobile qu’une ambition impatiente sont de plus en plus nombreux ? Lire la suite

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Sorbier

Les sorbiers et les alisiers (genre Sorbus) sont des plantes arbustives de la famille des Rosacées. Les sorbiers et les alisiers sont des arbustes ou des arbres qui croissent notamment dans les forêts collinéennes et montagnardes. Plusieurs espèces ou hybrides sont cultivés comme « ornemental ». Ils sont caractérisés par des fruits globuleux, rouge corail, Lire la suite

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1984

Non, je ne parlerai pas de l’année 1984 qui a vu le 2 décembre, la catastrophe de Bhopal. Merci à Union Carbide pour le poison et le nuage toxique qui a fait entre 15 000 et 30 000 morts dans cette ville du nord de l’Inde. Près de trente (30) ans après ce qui reste l’une des plus graves catastrophes industrielles de l’histoire, des déchets entreposés sur le site contaminent toujours les nappes phréatiques et continuent de faire des victimes. En Europe, nous avions eu Seveso en Italie, 1976 et le dioxide.  Et ça continue. Les histoires de gros sous… Lire la suite

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Devinèt kréol : sirandane

J’ai découvert avant-hier ce mot « sirandane » (mieux vaut tard que jamais, non ?) et je vous ai présenté hier le spectacle pour enfants «Tigouya, lo margouya té i vé allé voir la mer» (Tigouya, le margouillat qui veut aller voir la mer). Je vous ai parlé des sirandanes, puis je suis tombée sur un texte de Le Clézio qui présente les sirandanes.  L’auteur est Mauricien, il sait de quoi il parle, c’est son enfance, sa vie. Lire la suite

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Mensonges

Georges Orwell n’a-t-il pas dit, je le cite :  » Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent. » Il y a un moment déjà que les politiques sont démasqués et malgré cela, ils se présentent sans honte devant le peuple qui continue à les élire, sinon à les croire. Lire la suite

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Le petit train « longtemps »

Pour ceux qui ont du temps libre et envie de découvrir un texte rédigé en créole, je vous propose celui-ci paru dans la version web du journal « Temoignages ». L’auteur est Georges Gauvin, un créole « pur jus » avec un nom pareil (mais je ne le connais pas). Je vous parlerai sans doute un jour prochain d’un écrivain local que j’apprécie : Axel Gauvin, un auteur qui aime sa langue créole. Lire la suite

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Liberté de Paul Eluard

Est-ce la proximité de la date du 18 juin qui fait vibrer ma fibre patriotique et me parle de liberté ?  Il est vrai qu’après avoir évoqué le chant des partisans, un poème de Paul Eluard dont tout le monde connait au moins deux vers, « J’écris ton nom : Liberté ! » , titille mes neurones. Le voilà ! Lire la suite

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Le vrai goût de la liberté

Je lâche le rouge un moment. Ca fait un peu poivrote d’écrire ça mais j’assume, moi qui carbure plutôt à l’eau et au coca. Et même que maintenant je vais chanter avec Boris Vian :

Je bois

N’importe quel jaja

Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinq

je bois

La pire des vinasses

C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps.

(Boris Vian, Je bois,)

Drôle de vie ! Ah, ces artistes !

J’ai retrouvé un poème sans ponctuation ou presque. dont l’auteur est Boris Vian. Encore un que j’aime comme Baudelaire ou Roda-Gil. Vian : bizarre, créatif, poète…

Voilà les vers (pas verts, ni verres du jour)

L’évadé ou le temps de vivre, ou encore un vrai goût de liberté.

L’évadé
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l’odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre.

 

Boris VIAN, Chansons et poèmes

Ce poème « Le temps de vivre » a été écrit, tout comme « Le déserteur », bien plus connu, en février 1954. Le thème de ces deux textes se rapproche d’un autre poème écrit en 1952 : « Je voudrais pas crever », publié à titre posthume, en 1962  et chanté par Serge Reggiani.  Cliquez sur le titre, au dessus  (J’écoute, et ça y est : des larmes, toujours).

Les idées exprimées par Boris Vian dans ces trois poèmes (tous les trois ont été mis en musique) tournent autour des plaisirs simples (boire à ce ruisseau), plus exotiques (voir les singes à cul nu dévoreurs de tropiques) ou même quelquefois plus étranges (les coinstots bizarres) que l’on peut trouver à vivre, et de l’inéluctable condamnation à mort, naturelle ou plus ou moins violente et à plus ou moins brève échéance..

Il faut se souvenir que Boris Vian, comme bon nombre de ses contemporains, était antimilitariste ; c’était tout juste après le Deuxième guerre Mondiale, pendant la guerre d’Indochine, au moment des guerres d’indépendance (Maroc, Tunisie et Algérie, la plus terrible des trois). Savoir ce qui s’était passé en Allemagne, en Pologne, au Japon et un peu partout à travers le monde avait rendu pacifiste une grande partie de la jeunesse.

Le Carpe Diem des latins, repris par Ronsard, est une nouvelle fois mis en exergue : la vie est un bien précieux qui peut nous être enlevé à tout instant, il faut donc profiter au mieux que chaque petit détail : un sourire, un rayon de soleil, une main tendue.

Boris Vian savait-il qu’il était malade ? Sans aucun doute. C’est pour cette raison qu’il nous encourage à profiter de l’instant présent et à nous révolter contre l’ordre établi. Si les gouvernants ainsi que leurs représentants détiennent le droit de vie et de mort sur la population, chaque citoyen peut se rebeller : déserter, s’évader au propre et au figuré.

Nous avons conscience que nous sommes tous condamnés à mort à plus ou moins long terme mais nous n’avons pas forcément conscience de la brièveté potentielle de certaines vies et de la fulgurance de la fin, inattendue ou non avec un départ immédiat ou différé. Ce qui compte, c’est d’avoir le temps d’accomplir ce que l’on souhaite et de profiter un peu de la vie. Sans brûler la chandelle par les deux bouts, il ne faut pas remettre au lendemain le bonheur qui peut se saisir maintenant. Carpe diem !

Le personnage de ce poème peut être un évadé de guerre, un prisonnier de droit commun, un prisonnier politique, un petit voyou et pourquoi pas un tueur ? La peine de mort était toujours en vigueur en ce temps-là et on peut donc imaginer que l’évadé était condamné à mort, à perpétuité ou du moins à une lourde peine (on était bien généreux en condamnation à cette époque). L’évadé a conscience que, de toute façon, maintenant qu’il s’est échappé il va mourir. Pour une peccadille, il pourrait s’arrêter de fuir, de courir, mais si on le rattrape la peine va croître, alors quitte à mourir, autant mourir heureux, en liberté. Mourir en prison, en attendant dans le couloir ou l’antichambre de la mort, ou mourir en s’échappant, le choix est vite fait.

La liberté, liberté d’aller et venir, de courir, de ne pas être enfermé, de pouvoir faire ce que l’on souhaite, des petites choses toutes simples (courir, regarder, respirer , boire l’eau du ruisseau), cette liberté là n’a pas de prix. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour être libre, c’est ce que disent l’évadé et le déserteur qui ne se battront même pas et attendront la balle funeste qui mettra fin à leur vie.

Quand on sait que la fin est proche, le goût est plus intense.

 

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