La poésie est une arme

« La poesia es un arma cargada de futuro » (La poésie est une arme chargée de futur), voilà les mots d’un poète espagnol : Gabriel Celaya, né à Hernani (je pense à Victor Hugo) le 18 mars 1911 et mort à Madrid le 18 avril 1991. Ce poème, mis en musique, est chanté par Paco Ibanez dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises. Lire la suite

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Chansons à rire

Il y a des chansons à boire, des chansons paillardes et des chansons juste à rire. Par les temps qui courent, il faut saisir toutes les occasions de rigoler et c’est ce que demande Sittelle, Présidente de la communauté « Musique à coeur… ouvert » cette semaine « par tous les moyens, politiques, satyriques, humoristiques, comiques, peu importe,« Faites nous rire », en musique ou chanson ! » Alors voilà ma tentative pour vous faire sourire, sinon rire. Lire la suite

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Rouge coco, communiste

Je suis en train d’en finir quasiment avec le rouge en ce lundi de Pentecôte. Il faut dire que d’autres idées me titillent les neurones, mais certaines déclarations que je viens d’entendre me hérissent le poil (une RTT de plus pour les « zagés » ; encore faut-il avoir des RTT. L’égalité est cassée de partout. Il y en a long à dire. Pouce. Joker. Je passe !) Je me dis qu’il faudrait faire une bonne révolution, refondre le système général de l’organisation. Question essentielle : comment faire réagir ? Mais aussi, comment éviter la casse ? Peut-être que je vois rouge ? Faut-il être … zen ! ?

Rouge, c’est une couleur que j’aime, mais j’en aime d’autres : le noir et le blanc surtout ; j’aime les couleurs, presque toutes, au fil du temps, des saisons, des modes peut-être. Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie.

Le rouge de la passion, c’est aussi une couleur « révolutionnaire » adoptée, à travers le monde, comme le symbole de la révolution et du prolétariat. Le drapeau rouge est la représentation du sang versé au cours des répressions ; le drapeau rouge est le symbole des luttes sociales, du communisme. On lui oppose parfois le drapeau noir, ou le drapeau rouge et noir, symboles de l’anarchisme.

Le téléphone rouge était une ligne téléphonique privilégiée établie pendant la guerre froide entre le président de l’URSS et le président des États-Unis à partir de 1963.

Rouge était le titre de l’hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire jusqu’à sa disparition en février 2009.

L’Armée rouge : l’armée soviétique (au sens strict de 1917 à 1946) ; le terme a survécu à cette période, et même à la fin du communisme).

Les gardes rouges, c’était une milice composée de jeunes dans la Chine maoïste, milice particulièrement active pendant la Révolution culturelle.

Autre tradition que celle de l’Europe associant (ou ayant associé) à cette couleur les partis de gauche des « internationales » (dont les militants étaient à l’origine souvent appelés les Rouges), le parti républicain américain l’a adoptée lors des élections sénatoriales et présidentielle (voir la carte USA lors des résultats : Red states and blue states).

Colère rouge, c’est un livre en hommage à Marcel Donati, militant ouvrier, poète ; ce livre paru aux Editions Paroles de Lorrains de Longwy évoque longuement les Evénements de Longwy et la Radio cœur d’acier (en fait Lorraine Cœur d’Acier). Revoir  si vous le voulez Bernard Lavilliers. Cliquez sur son nom et vous entendrez « Les mains d’Or ».

Et encore une petite pensée pour Boris Vian qui a écrit « L’herbe rouge ».

L’Herbe rouge narre les aventures d’un ingénieur nommé Wolf, créateur d’une machine pouvant lui faire revivre son passé et ses angoisses pour les oublier. Boris Vian y insère ses notes habituelles d’humour noir, tout en laissant transparaître ses propres inquiétudes. La machine est une métaphore de cette passe que chacun d’entre nous traverse au moins une fois dans sa vie et qui nous permet de couper les ponts avec un vécu trop envahissant.

Nous avons presque tous les mêmes inquiétudes. Non  ? Peut-être même des angoisses ?

Oublier ses angoisses… Si vous en avez, n’auriez-vous pas envie que ce soit une réalité : oublier ?

Moi ? Merci, ça va beaucoup mieux !

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Le vrai goût de la liberté

Je lâche le rouge un moment. Ca fait un peu poivrote d’écrire ça mais j’assume, moi qui carbure plutôt à l’eau et au coca. Et même que maintenant je vais chanter avec Boris Vian :

Je bois
N’importe quel jaja
Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinq
je bois
La pire des vinasses
C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps. — — (Boris Vian, Je bois,)

Drôle de vie ! Ah, ces artistes !

J’ai retrouvé un poème sans ponctuation ou presque. dont l’auteur est Boris Vian. Encore un que j’aime comme Baudelaire ou Roda-Gil. Vian : bizarre, créatif, poète…

Voilà les vers (pas verts, ni verres du jour)

L’évadé ou le temps de vivre, ou encore un vrai goût de liberté.

L’évadé
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l’odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre.

Boris VIAN, Chansons et poèmes

Ce poème « Le temps de vivre » a été écrit, tout comme « Le déserteur », bien plus connu, en février 1954. Le thème de ces deux textes se rapproche d’un autre poème écrit en 1952 : « Je voudrais pas crever », publié à titre posthume, en 1962  et chanté par Serge Reggiani.  Cliquez sur le titre, au dessus  (J’écoute, et ça y est : des larmes, toujours).

Les idées exprimées par Boris Vian dans ces trois poèmes (tous les trois ont été mis en musique) tournent autour des plaisirs simples (boire à ce ruisseau), plus exotiques (voir les singes à cul nu dévoreurs de tropiques) ou même quelquefois plus étranges (les coinstots bizarres) que l’on peut trouver à vivre, et de l’inéluctable condamnation à mort, naturelle ou plus ou moins violente et à plus ou moins brève échéance..

Il faut se souvenir que Boris Vian, comme bon nombre de ses contemporains, était antimilitariste ; c’était tout juste après le Deuxième guerre Mondiale, pendant la guerre d’Indochine, au moment des guerres d’indépendance (Maroc, Tunisie et Algérie, la plus terrible des trois). Savoir ce qui s’était passé en Allemagne, en Pologne, au Japon et un peu partout à travers le monde avait rendu pacifiste une grande partie de la jeunesse.

Le Carpe Diem des latins, repris par Ronsard, est une nouvelle fois mis en exergue : la vie est un bien précieux qui peut nous être enlevé à tout instant, il faut donc profiter au mieux que chaque petit détail : un sourire, un rayon de soleil, une main tendue.

Boris Vian savait-il qu’il était malade ? Sans aucun doute. C’est pour cette raison qu’il nous encourage à profiter de l’instant présent et à nous révolter contre l’ordre établi. Si les gouvernants ainsi que leurs représentants détiennent le droit de vie et de mort sur la population, chaque citoyen peut se rebeller : déserter, s’évader au propre et au figuré.

Nous avons conscience que nous sommes tous condamnés à mort à plus ou moins long terme mais nous n’avons pas forcément conscience de la brièveté potentielle de certaines vies et de la fulgurance de la fin, inattendue ou non avec un départ immédiat ou différé. Ce qui compte, c’est d’avoir le temps d’accomplir ce que l’on souhaite et de profiter un peu de la vie. Sans brûler la chandelle par les deux bouts, il ne faut pas remettre au lendemain le bonheur qui peut se saisir maintenant. Carpe diem !

Le personnage de ce poème peut être un évadé de guerre, un prisonnier de droit commun, un prisonnier politique, un petit voyou et pourquoi pas un tueur ? La peine de mort était toujours en vigueur en ce temps-là et on peut donc imaginer que l’évadé était condamné à mort, à perpétuité ou du moins à une lourde peine (on était bien généreux en condamnation à cette époque). L’évadé a conscience que, de toute façon, maintenant qu’il s’est échappé il va mourir. Pour une peccadille, il pourrait s’arrêter de fuir, de courir, mais si on le rattrape la peine va croître, alors quitte à mourir, autant mourir heureux, en liberté. Mourir en prison, en attendant dans le couloir ou l’antichambre de la mort, ou mourir en s’échappant, le choix est vite fait.

La liberté, liberté d’aller et venir, de courir, de ne pas être enfermé, de pouvoir faire ce que l’on souhaite, des petites choses toutes simples (courir, regarder, respirer , boire l’eau du ruisseau), cette liberté là n’a pas de prix. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour être libre, c’est ce que disent l’évadé et le déserteur qui ne se battront même pas et attendront la balle funeste qui mettra fin à leur vie.

Quand on sait que la fin est proche, le goût est plus intense.

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Travail.

Lundi matin, allez,  au travail ! La semaine commence ! Quelques mots d’encouragement. Euh…  N’oubliez pas que : « Se rendre à son travail, c’est se constituer prisonnier ».

Je me demande si c’est vraiment encourageant.

Mais, finalement vous semblez partir au travail de votre propre chef, ce lundi matin ; pourtant vous pourriez vous trouver des motivations inverses :

1 – « Le travail est l’opium du peuple… Je ne veux pas mourir drogué. » (Boris Vian)

2 – Penser à ce proverbe corse « Si tu as envie de travailler, assieds-toi et attends que ça passe ».

3 – ou encore vous dire « Il y a trois millions de personnes qui veulent du travail. Ce n’est pas vrai, de l’argent leur suffirait. » (Coluche)

Au fond, vous êtes contents d’aller vous asservir. Bizarre. Vous avez été vraiment bien conditionnés. Tout ça pour de l’argent… A celui qui vous dira qu’il s’est enrichi  par le travail, demandez : « De qui ? » En ce qui me concerne, ceux qui ont travaillé autour de moi ne se sont pas enrichis ; ils ont subvenu à leurs besoins, plus ou moins bien. C’est tout.

En ce moment, vous avez peur. Comme chaque fois qu’il y a une crise, les travailleurs s’inquiètent et certains en profitent : les conditions de travail se dégradent, les salaires stagnent.

Vous regardez avec colère les privilégiés qui vous gâchent la vie. Ici, je ne parle pas des patrons mais de quelques employés privilégiés ; vous pensez fonctionnaires ? Non, là, je vous parle des employés de la Séchilienne à l’île de la Réunion qui ont privé, ce samedi, une grande partie des Réunionnais d’électricité, donc de téléphone et d’eau. Pas de possibilité de faire ses courses samedi : magasins fermés (pas de lumière, pas de climatisation, pas de caisses).

Sur l’île, votre fils (diplômé) n’a pas trouvé de travail, votre frère a perdu son emploi, un de vos amis ses congés payés, l’autre un certain nombre d’avantages acquis, votre salaire est ridicule et, eux à la Séchilienne, ils réclament une majoration de 53% du leur. Ils touchent déjà une sur-rémunération de 25% insuffisante selon eux.

Qui paie tout, en bout de course, si ce n’est vous ? Vous le savez et ça vous contrarie. Vous savez aussi que quand la tension monte, vos appareils électriques souffrent et les câbles risquent de péter…

« Il y a récession quand votre voisin perd son travail, dépression quand vous perdez le vôtre. » (Harry Truman)

… et une révolution quand tout va mal.

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