La poésie est une arme

« La poesia es un arma cargada de futuro » (La poésie est une arme chargée de futur), voilà les mots d’un poète espagnol : Gabriel Celaya, né à Hernani (je pense à Victor Hugo) le 18 mars 1911 et mort à Madrid le 18 avril 1991. Ce poème, mis en musique, est chanté par Paco Ibanez dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Nous savons que le poète est un témoin, qui, par la magie de ses mots nous ouvre les yeux. C’est l’«alchimie du verbe» ; le poète peut rendre immortel un fait ou des idées de son époque, pensez au «déserteur» de Boris Vian qui pleure et chante dans «A tous les enfants», à Desnos et à  «Ce cœur qui haïssait la guerre». Le poète a une mission, celle de témoigner, rassembler, dénoncer.

Gabriel Celaya, dans ce poème «La poésie est une arme chargée de futur », témoigne et invite à l’action et à la réflexion.

LA POÉSIE EST UNE ARME CHARGÉE DE FUTUR

Cuando ya nada se espera personalmente exaltante, 
mas se palpita y se sigue más acá de la conciencia,
 fieramente existiendo, ciegamente afirmado,
 como un pulso que golpea las tinieblas,

Quand plus rien de personnellement exaltant n’est attendu, plus on palpite et plus on est proche de la conscience, existant fièrement, aveuglément affirmé, comme un pouls qui frappe les ténèbres,

Cuando se miran de frente
los vertiginosos ojos claros de la muerte,
 se dicen las verdades :
 las bárbaras, terribles, amorosas crueldades.

Quand on regarde en face les vertigineux yeux clairs de la mort, on dit les vérités : les barbares, les terribles, les amoureuses cruautés.

 Se dicen los poemas
 que ensanchan los pulmones de cuantos, asfixiados,
piden ser, piden ritmo,
piden ley para aquello que sienten excesivo.

On dit les poèmes qui élargissent les poumons de tous ceux qui, asphyxiés, demandent à être, demandent du rythme, demandent des lois pour ce qu’ils éprouvent d´excessif.

 Con la velocidad del instinto, 
con el rayo del prodigio,
 como mágica evidencia, lo real se nos convierte
en lo idéntico a sí mismo.

Avec la vitesse de l’instinct, avec l´éclair du prodige, comme une évidence magique, ce qui est réel nous transforme en ce qui est identique à à lui-même.

Poesía para el pobre, poesía necesaria 
como el pan de cada día,
 como el aire que exigimos trece veces por minuto,
 para ser y en tanto somos dar un sí que glorifica.

Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire comme le pain quotidien, comme l’air que nous exigeons treize fois par minute, pour être et tant que nous sommes donner un oui qui nous glorifie.

Porque vivimos a golpes, porque apenas si nos dejan
decir que somos quien somos,
 nuestros cantares no pueden ser sin pecado un adorno.
Estamos tocando el fondo.

Parce que nous vivons par à-coups, parce que c´est à peine s´ils nous laissent dire que nous sommes ceux qui nous sommes, nos chants ne peuvent être, sans péché, un ornement. Nous touchons le fond.

Maldigo la poesía concebida como un lujo
cultural por los neutrales
que, lavándose las manos, se desentienden y evaden.
Maldigo la poesía de quien no toma partido hasta mancharse.

Je maudis la poésie conçue comme un luxe culturel par ceux qui sont neutres Ceux qui, en se lavant les mains, se désintéressent et s´évadent. Je maudis la poésie de celui qui ne prend pas parti jusqu’à la souillure.

 Hago mías las faltas. Siento en mí a cuantos sufren
y canto respirando.
Canto, y canto, y cantando más allá de mis penas
personales, me ensancho.

 Je fais miennes les fautes. Je sens en moi à tous ceux qui souffrent et je chante en respirant. Je chante, et je chante, et en chantant par delà mes peines personnelles, je m’élargis.

Quisiera daros vida, provocar nuevos actos,
y calculo por eso, con técnica, qué puedo.
Me siento un ingeniero del verso y un obrero
que trabaja con otros a España en sus aceros.

J´aimerais vous donner la vie, provoquer de nouveaux actes, Et je calcule en conséquence, avec technique, ce que je peux faire. Je me sens un ingénieur du vers et un ouvrier travaille avec d’autres l’Espagne dans ses aciers.

Tal es mi poesía: poesía-herramienta
a la vez que latido de lo unánime y ciego.
Tal es, arma cargada de futuro expansivo
con que te apunto al pecho.

Telle est ma poésie : poésie- outil a la fois battement du coeur de l´unanime et aveugle. Telle est, arme chargée de futur expansif avec laquelle je vise ta poitrine.

No es una poesía gota a gota pensada.
No es un bello producto. No es un fruto perfecto.
 Es algo como el aire que todos respiramos
y es el canto que espacia cuanto dentro llevamos.

Ce n’est pas une poésie pensée goutte a goutte. Ce n’est pas un beau produit. Ce n’est pas un fruit parfait. C´est similaire a l’air que nous respirons tous et c´est le chant qui donne de l´espace a tout ce nous portons en nous.

Son palabras que todos repetimos sintiendo
como nuestras, y vuelan. Son más que lo mentado.
Son lo más necesario: lo que no tiene nombre.
Son gritos en el cielo, y en la tierra son actos.

Ce sont des mots que nous répétons en les sentant nôtres, et ils volent. Ils sont plus de ce qu´ils nomment. Ils sont le plus nécessaire : ce qui n’a pas de nom. Ce sont des cris au ciel, et sur terre ce sont les actes.

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11 réflexions au sujet de « La poésie est une arme »

  1. Bonjour,
    « La poésie est une arme chargée de futur », quelle belle définition…
    quant au texte, il est superbe.

    bonne journée

  2. Bonjour ma très chère Françoise
    Merci pour ce merveilleux chanteur qui nous interprête ce sublime poême… C’est grandiose !

    Ce qui suit est un copier coller de remerciements

    Je vous remercie d’avoir pris part à notre joie lors du baptême de notre fille Isabelle(51ans), je donne l’âge afin que l’on ne fasse pas un amalgame avec ma petite fille qui n’est pas non plus bébé, elle a 21 ans, c’est bien un baptême d’adulte qui se pratique selon la Parole de Dieu chez les protestants

    Merci à vous pour votre visite et votre commentaire tellement chaleureux pour ce beau jour
    Je prépare un petit reportage sur ce magnifique Baptême après le tri de mes photos, il y en a des centaines

    Bonne journée à tous et gros bisous

    Méline

  3. Découverte d’un poème et d’un texte qui ne laisse pas indifférent!
    «La poésie est une arme chargée de futur »
    Marie

  4. La poésie est supérieure à la prose en ceci qu’elle va à l’essentiel et marque davantage les esprits qu’un long discours. J’en prends pour exemple « le déserteur ». Mais il y en a bien d’autres. Amicalement. HenriD.

  5. La poésie peut être cette arme-là ou se faire douceur…..
    Ma modeste poésie se contente de raconter les tourments de la vie…..
    Joli texte …. j’aime beaucoup
    Douce journée Françoise
    Bisous
    timilo

  6. Bonjour Françoise, une arme tu es certaine oups !

    Il pleut, il mouille c’est la fête à la grenouille…
    Donc ce matin je mets mes bottes de pêche, c’est peu élégant mais pratique pour ne pas mouiller les petits pieds.

    J’essuie mes pieds sur le tapis avant d’entrer chez toi, et je secoue mon parapluie sur le bout de ton nez, pour te réveiller.
    Je sais, je suis une chipie, et j’aime te faire rire.

    Prenons notre café quotidien, pardon, ou thé ou chocolat, que tu auras aimablement préparé à mon attention hi hi !

    Puis je repars affronter le vilain vent qu’il fait dehors…

    Allez courage, Lolli, le soleil arrive bientôt… C’est la météo qui l’a dit. Hum !

    Merci pour tes visites si chaleureuses qui réchauffent mon petit coeur.

    Prends soin de toi, et bonne journée de mercredi.
    A demain.

    Lolli

  7. Le poète est un rêveur, capable d’ oublier les contraintes, pour se jeter dans l’ avenir !

  8. Ping : Le poids des mots | FrancoiseGomarin.fr

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