« L’abbaye de Monte-à-Regret »

Pourquoi est-ce que cette expression me vient en tête à cet instant ?
« L’abbaye de Monte-à-Regret  »

Peut-être parce que j’ai lu ce matin un article sur un pèlerinage ? Peut-être aussi parce que je reprends l’avion samedi soir et que le jour J approche ? Retour à la maison, à la Réunion et comme ma fille doit accoucher fin juillet (pour mon anniversaire en principe), je rentre mais j’ai grande envie de rester en France métropolitaine, pas pour le climat mais pour les salles de spectacles, les cinémas, les livres, les magasins, les fruits et légumes, le fromage, l’espace, la diversité des régions, … Longue est la liste des avantages que j’y vois.

Alors, cette abbaye de Monte-à-regret … Elle a désigné la potence dans un premier temps puis la guillotine par la suite.

Nous imaginons bien que le condamné à mort va rarement vers son destin de gaité de coeur. Une action pénible devient vite «c’est bien regrettant» pour un créole à la Réunion. Pour l’heure, ce ne sont pas les regrets qui ont donné naissance à cette expression mais la locution ancienne «à regrès» signifiant à reculons. En effet, le condamné à la pendaison se dirigeait en marche arrière vers la potence où on lui passait sa cravate de chanvre autour du cou ; pour la guillotine, c’était en marche avant mais je ne pense pas que les futurs raccourcis soient montés à l’échafaud la joie au coeur. Le bourreau, à certaines périodes, a eu beaucoup d’ouvrage !

Je vais donc reculons à Tataouine. Non, pas Tatooine, fous de Star Wars,  mais bien très loin, presque, croyez-moi, au bout du monde.

Tatooine, c’est une planète désertique dans la Guerre des Etoiles, pas vraiment accueillante Tatooine. Tataouine, en Tunisie, c’était le bagne, aux portes du désert du sud-est tunisien, bagne français où étaient envoyés les soldats déserteurs, les insoumis des Bat d’Af’, ainsi que certains condamnés de droit commun. Les bagnards en avaient pour un moment avant d’arriver, avec le fort risque de ne plus en repartir vu la rigueur du climat et le droit de vie ou de mort des chefs du bagne sur leurs prisonniers.

Le bagne de Cayenne (qui a vu Papillon dans ses murs) était encore plus loin, certes, mais il faut croire que les conditions de vie étaient nettement plus dures à Tataouine pour que ce soit ce lieu qui ait donné naissance à une telle expression, avec une connotation non seulement d’éloignement très important, mais aussi de lieu insupportable , aller à Tataouine, c’était « aller en enfer ».

A la Réunion, point de bagne. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’était encore plus loin, seuls quelques marins fous se sont installés sur cette  île qui fut sans doute paradisiaque, il y a bien longtemps.

Les Anglais avaient Port Arthur en Australie, c’est loin aussi. En implantant le bagne au Sud de l’île-continent, ils fournissaient de quoi peupler l’île de blancs costauds car ceux qui résistaient au régime du bagne devaient résister à tout. Savez-vous que c’est une fierté pour un Australien d’aujourd’hui que d’être descendant de bagnard ? Savez-vous aussi que, comme Jean Valjean envoyé à Cayenne, certains pauvres Anglais, Irlandais ou Ecossais se sont retrouvés à Port Arthur pour avoir volé un pain ?

Pour vous la Réunion, c’est un paradis de vacances, c’est vrai. Peu de plages mais une île à grand spectacle avec ses montagnes abruptes, ses cascades, ses ilets, ses cirques, sa végétation  luxuriante, sa population colorée tant par sa peau que par ses vêtements… Mais la Réunion de tous les jours pour celui qui  travaille, ce sont des embouteillages, des prix élevés, du chômage, et une insularité pesante au vu du prix des billets d’avion et de la durée du voyage vers la Mère-Patrie…  Je ne rentre pas dans les détails mais en ce qui me concerne, après plus de trente ans passés ici, je suis lasse, fatiguée d’être considérée trop souvent comme une Française de seconde zone.

Une prison dorée… avec du soleil, dites-vous. Oui, mais une prison reste une prison quelle que soit la couleur de ses barreaux. Qu’en pensez-vous ?

Fumer comme un pompier

Pourquoi est-ce que je pense aux cigarettes ? Peut-être parce que, partout, je vois des panneaux «interdit de fumer» et que, même si je trouve l’interdiction de fumer tout à fait normale pour ne pas être gazée par mes voisins, ces interdictions répétées me hérissent. Et en plus, les paquets de clopes sont maintenant abominablement décorés. Pourquoi continuer à vendre un produit que l’on sait dangereux ? Histoires de gros sous, comme d’habitude. Vins, alcools, c’est pareil. Je préfère ne pas  remettre les médicaments sur le tapis. Médicaments et vaccins… Le fric, toujours le fric. C’est pas chic !

Fumer. Fumer comme un pompier c’est ne pas respecter les conseils donnés, serinés, rabâchés, répétés : fumer nuit à votre entourage, fumer tue, fumer favorise les maladies cardiaques… Fumer comme un pompier, c’est fumer du tabac, fumer beaucoup, fumer beaucoup trop.

Alors, les pompiers fument-ils plus que le commun des mortels ? Les statistiques là-dessus sont formelles : ce n’est pas le cas ! Les pompiers ne fument pas plus de cigarettes que les autres. A moins qu’ils ne fument en cachette, sans jamais le dire, dans des endroits où personne ne peut aller à leur place. Les pompiers seraient-ils menteurs et hypocrites ?

A moins que… peut-être réfléchissent-ils tellement lorsqu’ils sont confrontés à un accident, un incendie quelconque, qu’ils en ont la cafetière qui fume ? La tête, les oreilles.

A moins qu’ils ne se frottent un peu trop près des flammes et que quelques éléments de leurs vêtements commencent à s’enflammer et à dégager de la fumée ?

Vous chauffez, ça y est ! Vous approchez de la vérité.

L’origine de l’expression remonte en fait à une époque où les vêtements ignifugés n’existaient pas et où nos valeureux soldats du feu, vêtus de simple coton ou de laine, se faisaient copieusement arroser d’eau avant d’entrer dans un endroit enflammé. Une fois dans l’enfer, cette eau portée à haute température se transformait en vapeur. Lorsqu’ils ressortaient des lieux enflammés, une grande quantité de fumée du lieu et de vapeur d’eau s’échappait de leur tenue.

Une autre explication est relative aux tenues des pompiers : avant l’arrivée des combinaisons  ignifugées, les pompiers portaient de grosses vestes de cuir enduites de graisse pour résister à la chaleur. C’est cette graisse qui, sous l’effet de la chaleur, produisait une fumée qui semblait s’échapper des pompiers sortis des flammes, de plus, le cuir se dilatait avec la chaleur et absorbait fumée et vapeur, en se refroidissant il restituait le tout : fumée et vapeur.

L’image de ces pompiers qui fumaient de la tête aux pieds a été transposée à ces fumeurs invétérés, toujours entourés de leur nuage toxique à la fois pour eux, ce qui est un problème personnel, mais aussi pour leur entourage, ce qui devient un problème de santé publique.

D’autres explications sont possibles, l’une d’elles serait la déformation de « fumer comme un sapeur ». Les sapeurs du génie avaient une allocation de cigares, pour conserver le feu. Ils les allumaient avec le mégot du précédent et n’arrêtaient donc pas de fumer.

Une autre possibilité, à Paris et ailleurs, avant l’invention de la motopompe, des pompes à vapeur existaient, elles produisaient d’importants dégagements de fumées et de vapeur, d’où la naissance de l’expression.

J’ai aussi pensé que les pompiers n’étaient pas que des sapeurs-pompiers, il y a aussi les marins-pompiers de Marseille et d’autres pompiers :

1 – le fabricant, réparateur de pompes est un pompier (ou un fontainier) ;
2 – dans les mines, le pompier est un ouvrier chargé du fonctionnement des pompes destinées à évacuer l’eau qui peut quelquefois envahir les mines ;
3 – en couture, dans les ateliers, c’est l’ouvrier chargé des retouches ;
4 – en argot, c’est un ivrogne, et aussi… une fellation. Je ne suis pas Rachida Dati, je ne me suis pas trompée, c’est bien le bon mot.

Pandore, la curieuse.

Complément d’information à propos de Pandore, celle qui donna mauvaise réputation aux femmes.

Ce sont, sans aucun doute, des hommes qui ont imaginé la mythologie, juste pour asseoir une supériorité qu’ils craignaient de se voir contester. Et nous, les femmes, nous nous laissons toujours dominer. Quelle drôle d’idée ! Sommes-nous à ce point masochistes ?

Revenons donc à dame Pandore.

Pandore fut créée sur l’ordre de Zeus qui voulait se venger des hommes pour le vol du feu par Prométhée. Elle fut ainsi fabriquée dans de l’argile par Héphaïstos et dotée par les déesses et les dieux de multiples qualités. C’était la première femme.

Munie des attributs divins, c’est-à-dire la beauté d’Aphrodite et l’habileté manuelle d’Athéna, qui lui insuffla la vie, la vêtit et lui enseigna l’art du tissage, le talent musical d’Apollon et la ruse, la fourberie, le mensonge, l’art de la persuasion que lui transmit Hermès. Pour faire bonne mesure, Héra lui donna la jalousie et une curiosité sans bornes (non, non, je ne l’ai pas inventé, c’est comme ça).

Zeus offrit la main de Pandore à Epiméthée, le frère de Prométhée (Cadeau empoisonné délibéré ? Malveillance divine ?). Bien qu’il eût promis à Prométhée de refuser les cadeaux venant de Zeus, Épiméthée accepta Pandore qui apporta dans ses bagages une boîte mystérieuse que Zeus avait interdit d’ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l’humanité parmi lesquels la vieillesse, la maladie, le chagrin, la folie, le vice ou la famine, tous inconnus des Hommes. Ce récipient contenait un mot-bonus : l’espérance.

Une fois installée comme épouse, Pandore céda à la curiosité et ouvrit la boîte, libérant ainsi les maux qui y étaient contenus. Elle voulut refermer la boîte pour les retenir il était hélas trop tard ! Seule l’Espérance, plus lente à réagir, resta enfermée au fond de la boîte, mais elle finit aussi par sortir, et heureusement, car sans elle l’Homme aurait eu bien du mal à supporter tout le reste.

C’est donc la femme, pourtant avertie par Dieu dans la Bible ou, par Prométhée et Zeus dans la mythologie grecque, qui commit une irrémédiable erreur, Eve en mangeant le fruit défendu dans la Bible ou Pandore en ouvrant la boîte, plongeant ainsi l’humanité dans une vie faite de maux et de douleurs. Si la version biblique semble plus indulgente pour la femme qui est poussée à la faute par le serpent tentateur  et qui ne porte pas la faute seule, puisque le fruit est partagé avec l’homme, elle est punie de ce péché originel par un «enfantement dans la douleur». L’Islam adopte une vision plus neutre, semble-t-il,  l’homme et la femme mangent du fruit et  il n’est pas dit que la femme en mange avant l’homme, donc les deux sont coupables au même degré. Dans la mythologie, Pandore est, à la fois, la source des maux, de la force, de la dignité puisqu’elle donna à l’homme la possibilité de s’améliorer dans les épreuves et l’adversité grâce à l’espoir.

Hésiode, premier poète à mentionner Pandore, fut, semble-t-il, un homme plutôt amer, aussi considérait-t-il que la seule existence des femmes est une plaie pour l’humanité… Avant elles, les hommes vivaient seuls. Ils poussaient de la terre comme des céréales (hum…). De belles plantes sans histoire qui disparaissaient jeunes dans une calme parfait comme dans un sommeil ; ils ne connaissaient ni fatigue, ni vieillesse, ni maladie, ni souffrance. Sans réfléchir, sans amour. Monde vide de sensations et de sentiments. Que de changements effectifs avec l’arrivée des femmes ! Des tracas et des soucis certes, mais on oublie que le courage, et surtout la persévérance sont le plus souvent des qualités féminines. Eles peuvent embellir le monde et rendre la vie « originale ».

Ne critiquons pas aussi injustement Pandore ! Que serait le monde sans les femmes ?

Ces braves pandores !

Pandore, vous connaissez ? Pandore et sa boîte ? Pandore, celle qui a donné une si mauvaise réputation aux femmes. Curieuse et, bien sûr, coupable d’être à l’origine de tous nos maux humains. Les truands, eux, parlent de la boîte des pandores, autrement dit du « panier à salade ». Ce pandore-là est un mot récent venant d’une chanson de 1853 de Gustave Nadaud, dans laquelle un homme de la maréchaussée est affublé du nom de Pandore parce qu’en hollandais de l’époque, « pandoer » signifiait gendarme. Lire la suite

Certaines « taties » de l’île de la Réunion

C’est en pensant à Jacinte, que je fais un « copié-collé » d’un article du Journal de l’Ile de la Réunion.  Un problème en classe maternelle dans une école du sud de l’île. Il s’agit des méthodes surprenantes de certaines assistantes de classe, les Atsem, appelées « taties » à la Réunion qui ont des comportements… violents ? sauvages ? inadaptés ?

Ce n’est pas nouveau ; certaines sont là, on ne sait ni pourquoi, ni comment, et surtout ni « grâce à qui ? Il en est de fort dévouées, gentilles, maternelles. J’en croise d’anciennes, qui ont vu passer mes enfants dans leur classe, dans les rues de la ville, avec qui je suis contente d’échanger quelques mots, ne serait-ce qu’un bonjour souriant tant je les trouvais dévouées dans un métier qui n’est pas facile et surtout fort peu reconnu. Lisez donc l’article ci-dessous et vous verrez que les méthodes dénoncées sont rudes.

« Révélée mardi par Antenne Réunion et relayée dans le Journal de l’île, “l’affaire des taties scotcheuses” a rapidement fait le tour du petit village des Makes à Saint-Louis. Au point que la mairie s’est saisie du dossier et a décidé de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre des deux jeunes femmes. Entendues hier par le directeur des affaires scolaires et le directeur général adjoint de la commune de Saint-Louis, les assistantes maternelles accusées d’avoir appliqué du ruban adhésif sur les yeux, les mains et la bouche de 7 enfants d’une classe 1re section de l’école Paul-Hermann ont été mises à pied à l’issue de l’entretien. “Il s’agit là de faits inadmissibles. Étant donné leur gravité, la municipalité a décidé dès aujourd’hui de prendre des mesures conservatoires à l’encontre des deux jeunes femmes. Elles sont donc mises à pied pour une durée indéterminée”, a indiqué Bernard Filiao, le directeur général adjoint de Saint-Louis. Si la décision a été accueillie avec soulagement par les parents des enfants victimes de cette méthode pédagogique que l’on pourrait qualifier de “particulière”, ces derniers regrettent le manque de réactivité des autorités dans cette affaire. “Ma fille a commencé à me raconter que les taties utilisaient du scotch il y a environ 2 semaines. J’ai alors essayé de contacter la directrice de l’école afin qu’elle m’explique de quoi il en retournait. Tout ce qu’elle m’a répondu c’est que des sanctions seraient rapidement prises à l’encontre des personnes concernées”, se rappelle Eric Cadet, papa d’une petite fille de 3 ans. Une promesse que Clarisse Bertile, un autre parent d’élève, affirme avoir elle aussi entendu. “Nous avons essayé de porter plainte auprès des gendarmes mais ils nous ont renvoyés vers la mairie. Lorsque nous avons fait part et de notre inquiétude auprès des services municipaux, ces derniers nous ont assuré que ces agissements seraient très vite sanctionnés”, affirme-t-elle. Las, selon les parents, rien n’aurait été fait et les choses auraient pu continuer encore longtemps sans la médiatisation de l’affaire. Une affaire qui pourrait cependant s’accélérer pour les deux taties. La municipalité de Saint-Louis réfléchit en effet aux suites à donner à cette controverse.

Controverse ? Une controverse est une discussion argumentée engendrée par l’expression d’une critique quant à une opinion, un problème, un phénomène ou un fait. Ce qu’il faut résoudre, c’est le problème de ces « taties ». A mon avis,  il s’agit de maltraitance ni plus ni moins. Qu’en pensez-vous ?

Nota : L’adhésif utilisé était le gros « scotch » marron pour fermer les colis.

Prendre le mors aux dents

Prendre le mors aux dents, là, il est encore question de liberté : liberté de choisir sa vie.

Vous avez assimilé des tas d’idées pour être heureux, vous vous êtes enfin compris, vous avez réussi à remonter la pente quand vous aviez un coup de blues, vous arrivez à vivre un peu plus pour vous, et un peu moins pour et par les autres, vous savez dire ce que vous voulez, mais en face on ne vous entend pas, en face on ne répond pas… Que faire ?

Longtemps, vous arrivez à oublier cette incompréhension et vous avancez droit dans vos bottes, brave petit soldat. Et un jour, ça vous pèse trop, à nouveau. Un petit coup de blues, des épisodes de nostalgie et hop, on révise, on va relire l’article « estime de soi » (5 février 2011) et on continue.

Si l’autre ne répond toujours pas, ce n’est peut-être pas parce qu’il ne vous accorde aucun intérêt mais simplement qu’il a d’autres intérêts, souvent lui-même exclusivement, l’égoïsme est le problème essentiel.

On peut ajouter que certaines personnes veulent rester fidèles à leurs idées, à leur façon de vivre, à elles-mêmes et qu’elles se complaisent dans le mensonge et l’hypocrisie ; elles le nient ; c’est tellement plus facile de ne jamais se remettre en cause.

En plus, si pendant longtemps, vous n’avez pas osé vous manifester, c’est-à-dire que vous n’avez pas osé vous exprimer clairement, sans crier, sans hargne, sans colère, de peur qu’on ne vous quitte, qu’on ne vous aime plus, commencer à vous faire entendre va casser le rythme. On ne vous comprendra plus, mais on ne partira pas, on vous mettra la faute sur le dos jusqu’à vous accuser délibérément des travers que vous n’avez jamais eu. Là, je parle en connaissance de cause, je viens de m’entendre dire que j’avais oublié une information essentielle. Je n’ai pas crié, j’ai juste constaté un fait de plus de trente ans. Je ne développe pas davantage, ça n’en vaut pas la peine.

J’ai admis, enfin, que l’incompréhension ou le refus de l’autre ne m’enlève pas le droit d’avoir des désirs, de les exprimer et à terme, de les réaliser.

Personne ne peut m’empêcher de dire la vérité, même si l’autre veut la travestir, dans certains cas, c’est impossible : il y a des témoins et une seule vérité claire, nette, précise.

Je ne dois plus attendre  de recevoir ce que l’autre n’est pas capable de me donner. J’ai oublié de vivre pour moi, je vais y penser et le faire ! Au plus tôt !

Pourquoi donc titrer « prendre le mors aux dents » ? Parce que j’aime les expressions et que celle-là convient dans sa deuxième acception. Je m’explique.

Prendre le mors aux dents, c’est : soit se laisser aller à la colère, soit se mettre soudainement et avec énergie à un travail, à   une entreprise…

Le sens initial de cette expression vient du monde équestre. Le mors est un élément du harnais, une pièce qui traverse la bouche du cheval, qui repose sur une zone édentée à l’arrière de la mâchoire, et qui sert à le diriger. Si jamais le cheval prend le mors aux dents, c’est-à-dire si cette pièce s’avance au-dessus des dents, il devient impossible de diriger l’animal qui s’emballe. Autrement dit,  » le mors aux dents » a d’abord été le symbole de l’emballement.

Le deuxième sens de l’expression vient d’une autre manière de voir la chose : si le cheval prend le mors aux dents, il peut en faire complètement à sa tête et en quelque sorte décider de son sort. Il prend  une nouvelle bonne résolution et s’y tient.

Pour moi, elle confirme l’existence de la liberté d’action. Ca me rassure. Pas vous ?

Le chant des partisans

Etes-vous sensibles à certains chants que l’on dit patriotiques ? Moi oui. Je l’avoue, je pleure chaque fois que j’entends « La Marseillaise ». Certains me disent : « Mais comment peux-tu aimer cet hymne aux paroles si cruelles ? » Je réponds que je me sens citoyenne française. J’ajoute souvent que les Anglais aiment bien le « God save the Queen » et côté gracieuseté, la Reine a quelques kilomètres au compteur et un air pas particulièrement épanoui et, en ce qui concerne les Italiens, leur hymne « Fratelli d’Italia » (frères d’Italie), qui ressemble un peu trop air d’opéra, fait référence au sang et à la mort. Nous n’avons pas à rougir de nos sillons abreuvés d’un sang impur. Les Italiens  chantent  bien la fin espérée de l’Autriche.

L’aigle d’Autriche, déjà,
A perdu des plumes.
Il a bu le sang d’Italie
Le sang polonais
Et celui du cosaque.
Mais son coeur lui brûle.
Rassemblons-nous en une cohorte ;
Nous sommes prêts à mourir
L’Italie nous appelle.

Nous ne nommons pas nos ennemis, ils ont été nombreux et variés, essentiellement européens : Anglais, Prussiens, et même Italiens, peu importe d’où ils viennent, ils sont d’un sang impur.

Aux armes citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons.

Nous ne les nommons pas. Est-ce nécessaire ? Est-ce que le problème est là ? Non. Le véritable problème est la défense de la liberté.

Lors de la dernière guerre, les Allemands avaient interdit aux Français de chanter leur hymne national. C’était mal connaître les  Français que d’espérer les voir obéir sans rien dire et surtout sans rien faire. Geneviève Cotty raconte comment la résistance des Français était partout, dans des détails insignifiants : la créativité française était à l’oeuvre, partout, dans la cuisine ou la mode et ce, malgré les restrictions.

Une « Marseillaise de la Résistance » fut créée en 1943 à Londres, elle s’appelait « le chant des partisans » ; les paroles sont de Maurice Druon et Joseph Kessel, la musique d’Anna Marly. Chanté à voix basse, fredonné ou bourdonné, sifflé sourdement, le Chant des Partisans est fait pour narguer en douce l’occupant ; il évoque la censure qui est appliquée, comme une chape de plomb, sur le pays.  Il insuffle du courage à tous, rappelant que dans l’ombre, certains ont commencé à résister, il suggère les souffles, les murmures de la clandestinité, les ombres furtives, qui, la nuit, collent des affiches, sabotent les voies ferrées, rejoignent les maquis.

Les paroles  s’adressent au plus grand nombre (l’ami qui ne peut rester sourd à ce qui se passe, le compagnon, le camarade, le partisan, le frère) ainsi perdurent solidarité, fraternité, mais la lutte implacable des maquisards, des combattants de l’ombre s’accompagne de la nécessité absolue d’avoir recours aux armes ; les risques sont réels et grand le danger.

Ami entends-tu
Le vol noir des corbeaux
Sur nos plaines.
Ami entends-tu
Les cris sourds du pays
Qu’on enchaîne,
Ohé partisans
Ouvriers et paysans
C’est l’alarme!
Ce soir l’ennemi
Connaîtra le prix du sang
Et des larmes…

Montez de la mine,
Descendez des collines,
Camarades.
Sortez de la paille
Les fusils, la mitraille,
Les grenades.
Ohé! les tueurs
A la balle et au couteau
Tuez vite!
Ohé! saboteurs
Attention à ton fardeau…
Dynamite…

C’est nous qui brisons
Les barreaux des prisons
Pour nos frères.
La haine à nos trousses
Et la faim qui nous pousse,
La misère.
Il y a des pays
Où les gens au creux des lits
Font des rêves.
Ici, nous vois-tu
Nous on marche et nous on tue
Nous on crève…

Ici, chacun sait
Ce qu’il veut, ce qu’il fait
Quand il passe
Ami, si tu tombes,
Un ami sort de l’ombre
A ta place.
Demain du sang noir
Séchera au grand soleil
Sur les routes.
Chantez compagnons,
Dans la nuit, la liberté
Nous écoute…

Ami, entends-tu Les cris sourds du pays qu’on enchaîne ?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos Plaines ?

Immédiatement, le Chant des Partisans devint d’hymne de la Résistance française. C’est bien un chant de fraternité, et de combat, un appel intemporel à résister, un appel à la lutte fraternelle pour la liberté  (nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères). Il donne la certitude que le combat n’est pas vain (si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place), et si la fin de ce chant semble absorbée par la nuit et se perdre, c’est que la nuit est l’heure de tous les rêves, à commencer par le rêve d’une liberté à conquérir éternellement.

Comme nul ne peut confisquer La Marseillaise, hymne de la Révolution Française fondatrice des valeurs d’égalité et de démocratie, personne ne peut confisquer non plus le chant des partisans ou cette valeur qu’a la liberté à nos yeux de Français.

Je le répète, oui, je vous l’avoue, je pleure chaque fois que j’entends chanter « La Marseillaise ». J’ai l’amour de mon pays. Je suis chauvine. Oui et alors ? Qui oserait me reprocher d’aimer ces quelques mots :

Amour sacré de la Patrie
Conduis, soutiens nos bras vengeurs
Liberté, Liberté chérie
Combats avec tes défenseurs!

C’est bien cela que j’aime dans cet hymne et dans mon pays : l’idée de la liberté qu’il faut aimer et défendre. Quelquefois, je me crains que nous soyons privés, insidieusement, de ce bien. Réagirions-nous à temps si la menace se précisait ?