Encore des bourdes et des coquilles…

Encore des co(q)uilles et des difficultés d’expression. Ca arrive à tout le monde, mais à l’écrit, « ça craint » comme on le dit aujourd’hui.

Au fait, quelle est l’origine du mot « coquille » en typographie ?

La coquille Saint-Jacques, symbole des pèlerins de Compostelle, était l’emblème d’autres pèlerinages, de lieux saints comme le Mont Saint Michel ; elle apparaissait aussi dans les blasons familiaux et dans le filigrane de certains papiers d’imprimerie. Le mot  « coquille » employé comme synonyme de « faute d’imprimerie » apparaît pour la première fois en 1723.
Aucune explication n’est certaine.

– Un premier éclaircissement avance que les imprimeurs allaient, sur les chemins, de ville en ville, colporter les produits de leur art ; les attributs des pèlerins étaient donc  aussi les leurs : bourdon et coquille.  La coquille était l’emblème de la purification obtenue par le pèlerinage, de là à dire que la coquille désignait la faute à corriger.

– Une autre justification possible vient de la vieille expression « vendre ses coquilles » qui signifiait « tromper » quelqu’un en lui vendant des choses sans valeur comme une coquille vide. Or,  la coquille typographique est  « tromperie », une erreur en principe sans grande importance, encore que…

– Une autre explication encore fait allusion aux coquilles portées par les « coquillards », de faux pèlerins mais de vraies crapules bien décidées à tromper le monde tout le long de leur chemin. Des gens promis au gibet :  cela suggèrerait  la faute sans aucun doute.

– Une de plus ? Les imprimeurs lyonnais s’appelaient eux-mêmes Suppôts du Seigneur de la Coquille ; la coquille était une joyeuse farce. Selon l’une de leurs histoires, suite à une délibération sur le calibrage des oeufs de poule en France (ne riez pas, ça existe toujours), le Journal Officiel publia le texte avec une erreur typographique : la lettre « Q » fut omise dans le mot « coquille », avec le résultat (cocasse et gras au sens licencieux) qu’on imagine. Co(q)uille.

– Enfin,  des compagnons imprimeurs (toujours lyonnais) racontent la fameuse couille  de la Sainte Vierge qui avait elle-aussi perdu une lettre. Laquelle ? Devinez !

De couille à coquille, il n’y a qu’une lettre et dans l’argot du métier d’imprimeur, « couille » aussi bien que « coquille » sont restées pour parler d’une bourde, d’une erreur, même si le second mot est considéré comme plus convenable.

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La coquille selon Boris Vian :

« La suppression du Q entraîne presque immé­diatement la mutation du minéral inerte en un organe vivant et générateur. Et dans le cas d’une coquille initiale d’imprimeur, le résultat est encore plus spectaculaire, car la coquille en question est essence et abstraction, concept, être de raison, noumène. Le Q ôté permet le passage de l’essence à l’existence non seulement exis­tante mais excitable et susceptible de prolonge­ments ».

Boris Vian, in Cahier n° 19 du Collège de Pataphysique ; (4 clinamen 82 =26 mars 1955), « Lettre au provéditeur-éditeur sur un problème Quapital et quelques autres »

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J’ai retrouvé quelques autres exemples de bourdes (clic pour lire les précédents) notés à droite et à gauche pour vous amuser encore un peu, commentées par mes soins.

La Dépêche du midi
« Tous portaient une crêpe à la boutonnière. » Classique, fonte noire ou nouvelles Téfal couleur ? C’est pas un peu lourd et voyant ?

 

Le Dauphiné Libéré
« Très gravement brûlée, elle s’est éteinte pendant son transport à l’hôpital. » Dans l’ ambulance des pompiers, je pense. On sait qui est le coupable,  l’assassin.

Courrier picard
« Il y aura un appareil de réanimation dernier cri. » C’est pas trop tard après le dernier cri ?

L’Est Républicain

« Ses dernières paroles furent un silence farouche. » Un militaire, je suppose. C’est ça, appartenir à la Grande Muette. Fidèle, jusqu’au bout ! Muet.

Ouest France
« La conférence sur la constipation sera suivie d’un pot amical. » Dans l’intimité ?

« L’église étant en travaux, ses obsèques ont été célébrées à la salle des fêtes. » C’est tout de suite plus gai !

Le Parisien
« Comme il s’agissait d’un sourd, la police dût pour l’interroger avoir recours à l’alphabet braille.» Et c’est resté discret ? Pas trop de bruit, de cris ?

Nord éclair
« Ayant débuté comme simple fossoyeur, il a, depuis, fait son trou. » Juste un ? Vous parlez d’un employé efficace. Gros fainéant, va !

L’Alsace
« Détail navrant, cette personne avait déjà été victime l’an dernier d’un accident mortel. » La semaine sainte, on peut y croire. Résurrection et re-mort.

Le Matin, 1978

« La plus grande catastrophe ferroviaire de tous les temps en attendant mieux a eu lieu en France. » Guiness book en vue ? La fascination pour les records , ces trucs bizarres   qui ne sont pas vraiment amusants me surprend. Il n’empêche que c’est toujours la France qui détient ce triste record : 12 décembre 1917  à Saint Michel de Maurienne.

Catastrophe ferroviaire de Saint Michel de Maurienne : pour des raisons encore mal éclaircies, le déraillement d’un train de soldats revenant de la guerre a fait un grand nombre de victimes. Seuls quelques wagons étaient correctement reliés au système de freinage, la ligne de la Maurienne présentant une forte rampe, la locomotive ne put correctement freiner à l’approche d’une zone de vitesse réduite et dérailla au lieu-dit « La Saussaz ». Le bilan officiel est de 425 morts, mais plusieurs estimations arrivent à 675 morts, compte tenu des décès des suites de blessures et brûlures dans les quinze jours qui suivirent. En Inde, lors de la  catastrophe de Bihar,  le 6 juin 1981, un train tombe dans une rivière faisant des centaines de morts : chiffres imprécis entre  300 et 800. Record non homologué..

Le Monde, 9 septembre 1975

« Il faut reconnaitre le gibier avant de tirer. Surtout s’il s’agit d’un autre chasseur. » Extrait des carnets pratiques ? Ca s’appelle encore chasse lorsqu’on descend les copains ? Accident de chasse ? Pratique peut-être pour se débarrasser des encombrants.

Revue de la prévention routière, 1975

« Association jeune, forte, dynamique, nous pouvons atteindre le chiffre de 10 000 tués par an sur nos routes, ce qui est désormais notre objectif. » L’art et la manière de dire les choses.

Là, on ne peut contester l’efficacité de l’association  en France. Communication à revoir mais objectif atteint : 1975 : 16 445 morts   ; 2005 : 5 318 soit 3 fois moins en 30 ans. Il y a bien des choses qui baissent, alors !

Bonne fin de semaine , écourtée encore une fois.

Maintenant il va falloir attendre le mois de mai pour les jours fériés, mais c’est une année du patron » : premier et 8 mai, Noël, tous un dimanche…

3 réflexions au sujet de « Encore des bourdes et des coquilles… »

  1. le mot coquille implique qu’ il y a un contenu, d’ où peut être la côte un peu négative pour le contenant !
    Disons que la syntaxe n’ est pas le plus important, mais plutôt le message délivré !
    l’ idéal étant bien sur l’ harmonie !
    bonne soirée
    amitiés

  2. C’est génial cet article ! Je ne m’étais jamais interrogée sur l’origine de l’utilisation de la « coquille », or je l’utilise très souvent (ça passe mieux en réunion de parler de « coquilles » que de « fautes » quand on critique le communiqué de son boss).
    Merci 🙂

  3. Ping : Vous avez dit « molles » ? | FrancoiseGomarin.fr

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