Le vrai goût de la liberté

Je lâche le rouge un moment. Ca fait un peu poivrote d’écrire ça mais j’assume, moi qui carbure plutôt à l’eau et au coca. Et même que maintenant je vais chanter avec Boris Vian :

Je bois

N’importe quel jaja

Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinq

je bois

La pire des vinasses

C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps.

(Boris Vian, Je bois,)

Drôle de vie ! Ah, ces artistes !

J’ai retrouvé un poème sans ponctuation ou presque. dont l’auteur est Boris Vian. Encore un que j’aime comme Baudelaire ou Roda-Gil. Vian : bizarre, créatif, poète…

Voilà les vers (pas verts, ni verres du jour)

L’évadé ou le temps de vivre, ou encore un vrai goût de liberté.

L’évadé
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l’odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l’accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d’acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l’eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Il s’est relevé pour sauter
Pourvu qu’ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L’a foudroyé sur l’autre rive
Le sang et l’eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps de rire aux assassins
Le temps d’atteindre l’autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre.

 

Boris VIAN, Chansons et poèmes

Ce poème « Le temps de vivre » a été écrit, tout comme « Le déserteur », bien plus connu, en février 1954. Le thème de ces deux textes se rapproche d’un autre poème écrit en 1952 : « Je voudrais pas crever », publié à titre posthume, en 1962  et chanté par Serge Reggiani.  Cliquez sur le titre, au dessus  (J’écoute, et ça y est : des larmes, toujours).

Les idées exprimées par Boris Vian dans ces trois poèmes (tous les trois ont été mis en musique) tournent autour des plaisirs simples (boire à ce ruisseau), plus exotiques (voir les singes à cul nu dévoreurs de tropiques) ou même quelquefois plus étranges (les coinstots bizarres) que l’on peut trouver à vivre, et de l’inéluctable condamnation à mort, naturelle ou plus ou moins violente et à plus ou moins brève échéance..

Il faut se souvenir que Boris Vian, comme bon nombre de ses contemporains, était antimilitariste ; c’était tout juste après le Deuxième guerre Mondiale, pendant la guerre d’Indochine, au moment des guerres d’indépendance (Maroc, Tunisie et Algérie, la plus terrible des trois). Savoir ce qui s’était passé en Allemagne, en Pologne, au Japon et un peu partout à travers le monde avait rendu pacifiste une grande partie de la jeunesse.

Le Carpe Diem des latins, repris par Ronsard, est une nouvelle fois mis en exergue : la vie est un bien précieux qui peut nous être enlevé à tout instant, il faut donc profiter au mieux que chaque petit détail : un sourire, un rayon de soleil, une main tendue.

Boris Vian savait-il qu’il était malade ? Sans aucun doute. C’est pour cette raison qu’il nous encourage à profiter de l’instant présent et à nous révolter contre l’ordre établi. Si les gouvernants ainsi que leurs représentants détiennent le droit de vie et de mort sur la population, chaque citoyen peut se rebeller : déserter, s’évader au propre et au figuré.

Nous avons conscience que nous sommes tous condamnés à mort à plus ou moins long terme mais nous n’avons pas forcément conscience de la brièveté potentielle de certaines vies et de la fulgurance de la fin, inattendue ou non avec un départ immédiat ou différé. Ce qui compte, c’est d’avoir le temps d’accomplir ce que l’on souhaite et de profiter un peu de la vie. Sans brûler la chandelle par les deux bouts, il ne faut pas remettre au lendemain le bonheur qui peut se saisir maintenant. Carpe diem !

Le personnage de ce poème peut être un évadé de guerre, un prisonnier de droit commun, un prisonnier politique, un petit voyou et pourquoi pas un tueur ? La peine de mort était toujours en vigueur en ce temps-là et on peut donc imaginer que l’évadé était condamné à mort, à perpétuité ou du moins à une lourde peine (on était bien généreux en condamnation à cette époque). L’évadé a conscience que, de toute façon, maintenant qu’il s’est échappé il va mourir. Pour une peccadille, il pourrait s’arrêter de fuir, de courir, mais si on le rattrape la peine va croître, alors quitte à mourir, autant mourir heureux, en liberté. Mourir en prison, en attendant dans le couloir ou l’antichambre de la mort, ou mourir en s’échappant, le choix est vite fait.

La liberté, liberté d’aller et venir, de courir, de ne pas être enfermé, de pouvoir faire ce que l’on souhaite, des petites choses toutes simples (courir, regarder, respirer , boire l’eau du ruisseau), cette liberté là n’a pas de prix. Je suis prêt à sacrifier ma vie pour être libre, c’est ce que disent l’évadé et le déserteur qui ne se battront même pas et attendront la balle funeste qui mettra fin à leur vie.

Quand on sait que la fin est proche, le goût est plus intense.

 

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Traité sur la tolérance, Prière à Dieu

Aujourd’hui  dimanche, je laisse l’essentiel de la parole à un auteur que j’adore : VOLTAIRE. Ce texte est, à mes yeux, LA référence quand on parle de tolérance.

Pourquoi Voltaire ? Pourquoi Dieu ? Pourquoi tolérance ?

D’abord, parce que c’est dimanche et parce que j’ai envie (ce qui est une excellente raison) et parce que Voltaire me semble l’un des auteurs les plus aisés à comprendre (même si son ego était sans doute un peu hypertrophié), il me permet de mettre les choses au point entre vous et moi ; parce que j’évoque Dieu, de temps à autre, plus par habitude (ou tic ?) de langage que par réelle foi ; je suis une mécréante, ne vous choquez pas, je dis haut ce que d’autres pensent tout bas (je me comporte sans doute mieux que quelques bigots dits aussi hypocrites, pharisiens, ou tartuffes). Enfin la tolérance, parce que nous sommes de moins en moins indulgents, malgré nos grandes déclarations, envers l’autre qui n’a pas la bonne couleur de peau, mange, boit, s’habille  différemment. Peu m’importe  à moi, ses différences, tant qu’il n’empiète pas sur liberté des autres, ni (surtout) sur la mienne, qu’il se conforme à la morale reconnue dans mon pays. Il faut bien qu’un ordre soit établi ; pourtant combien de fois ai-je eu envie de crier « Ni Dieu ni maître » ? Ca, c’est un autre sujet. Revenons-en à Voltaire.

Bonne lecture

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Traité sur la tolérance, Prière à dieu, chapitre XXIII de Voltaire


Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible. Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

*****

Ce que j’aime dans ce texte c’est qu’il a l’apparence d’une prière à Dieu, mais qu’il s’adresse aux hommes.

Les premiers destinataires de la prière  sont les hommes : « Ce n’est donc plus aux hommes », c’est une figure de style efficace pour attirer l’attention : la prétérition (silence non tenu).

Puis tout en feignant de s’adresser à Dieu, Voltaire insiste sur l’infériorité des hommes face au Tout-Puissant. Les hommes sont si fragiles et stupides : « faibles créatures », « imperceptibles » , « nos débiles corps », « les atomes appelés hommes » qu’ils ne peuvent pas comprendre, or je pense que Voltaire avait foi en l’intelligence humaine.

L’adresse faite à Dieu est peu marquée il n’y a que deux verbes « daigne »  et « fais que », en revanche le contenu de la demande est très importante, mais, comme le « fais que » n’est pas répété, la demande s’adresse directement aux hommes.

Dieu est universel et bon,  Voltaire cite sa générosité absolue : « à toi qui as tout donné « , sa puissance et son éternité « dont les décrets sont immuables comme éternels »,  « ta bonté », son omniscience  « car tu sais », mais Voltaire est-il sincère ou ironise-t-il une fois de plus ?

Le contenu de la prière est propre à une prière : il renvoie à la compréhension. Dieu est-il compréhensif ? Il est Tout-Puissant et décide donc pas de compréhension, à la tolérance entre les hommes, « tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr et des mains pour nous égorger », il  écarte la responsabilité divine pour mettre en avant celle des hommes. Dieu a donné des capacités aux hommes qu’ils utilisent mal. Le Tout-Puissant ne l’est donc pas tant… tout puissant si les hommes font ce qu’ils veulent (ah, c’est le libre-arbitre !?).

Voltaire joue l’humilité pour ne pas trop choquer ses contemporains, son humble  demande souligne la soumission de l’homme devant Dieu : « s’il est permis à de faibles créatures » d’ « oser te demander », « daigne ». Dans quelle mesure ne joue-t-il pas au Tartuffe ?  Il s’adresse aux hommes et il insiste sur leur comportement destructeur, « haine et persécution », « haïr et égorger », « nos lois imparfaites », « vanité », « la tyrannie », « le brigandage « ,  » les fléaux de la guerre « …

La partie de ce texte qui me le fait aimer beaucoup, c’est cette condamnation des rites, des dérives religieuses, sectaires. Voltaire reproche aux ecclésiastiques leur goût pour l’argent, la fortune et le pouvoir.

Il utilise des périphrases pour désigner cette hiérarchie ecclésiastique, cette mascarade : « ceux dont l’habit est teint en violet » (évêques), « ceux dont l’habit est teint en rouge » (cardinaux), ou d’autres encore « sous un manteau de laine noire », ça ne vous rappelle rien d’actuel ces déguisements ? Je passe sous silence les « quelques fragments arrondis d’un certain métal » (argent), « un jargon formé d’une ancienne langue » (latin). Toutes ces périphrases  sont dépréciatives, elles dévalorisent volontairement comme le « petit tas de la boue », « ces petites nuances ».

Voltaire ne s’adresse pas au Dieu des chrétiens mais au Dieu de tous les hommes : « Dieu de tous les êtres, de tous les mondes, de tous les temps » « à bénir également en mille langages divers ». C’est celui-là mon éventuel Dieu.

Il faut arriver à dépasser toutes les pratiques religieuses rituelles qui divisent les hommes et rejeter toutes les formes de violence dans le respect d’autrui.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce possible ? A qui s’adresser ? A Dieu ? Aux hommes ?

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La poésie du vert

Pour ceux qui ont aimé le vert ; de la poésie de Rimbaud : un sonnet intitulé « Au Cabaret-Vert », qu’il écrit en 1870 alors qu’il n’a que seize ans, et publié dans le recueil Poésies.

Arthur Rimbaud raconte comment il arrive, fatigué et affamé dans un cabaret de Charleroi. Dès qu’il entre dans l’auberge, il s’installe, bienheureux, envahi par un profond sentiment de bien-être.

Au Cabaret Vert

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

– Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Il décrit le bien-être qu’il ressent au « Cabaret Vert » ; s’il le dit en vers, il n’en cache pas moins sa révolte contre l’ordre établi, lui pour qui le poète doit être «voyant» (dans le sens de double-vue, en avance sur son temps) et «résolument moderne» ; il choisit d’écrire un sonnet classique en apparence mais moins conventionnel qu’il n’y paraît. Je relève le « soleil arriéré ». Qu’en pensez-vous ? Moi j’y vois de la moquerie, de l’insolence.

Dans les  deux premiers quatrains, il s’installe, « allonge ses jambes et contemple le décor : il est détendu, c’est le repos, bien-être physique et moral. Puis, dans les deux tercets, comme il est affamé, la serveuse accorte (tétons énormes et yeux vifs) lui apporte des plats simples qui le réjouissent : « des tartines de beurre » et surtout du jambon «rose et blanc » accompagnés d’une « chope immense » de bière mousseuse et dorée : les nourritures sont résolument terrestres.

Bien que l’auteur conserve la forme traditionnelle du sonnet, la syntaxe n’est pas classique.

Le premier quatrain a un rythme régulier, simple, en revanche le second a des phrases complexes : beaucoup d’enjambements qui mettent en valeur le premier mot  isolé des vers : «vert », «rieuse », «d’ail», des rythmes irréguliers ; pas de coupure de rythme à la fin du second quatrain : enjambement encore. On constate là le rejet des conventions poétiques : liberté, bien-être.

Les mots utilisés sont simples : langage courant pour des ustensiles, des produits du quotidien : plat, chope, jambon, beurre, bière. On est loin du nectar et de l’ambroisie des poètes divinement inspirés.

Au Cabaret-Vert est une évocation vivante et joyeuse d’un moment de bien-être, voire même de bonheur, bonheur tranquille éprouvé dans un lieu populaire. Arthur Rimbaud transfigure, en quelques vers, une réalité banale en un véritable tableau  plein de vie et de couleurs,  comme un peintre de l’école hollandaise (La Buveuse (1658), de Pieter de Hooch) ou plus contemporain, comme un impressionniste (Degas, La Classe de danse).

Lumière et couleurs dans ce tableau de Pieter de Hooch.

La jupe rouge attire le regard sur celle qui a donné son nom à la toile : « La Buveuse ».

Est-ce une toile réellement gaie ? Lumineuse, oui, gaie, non. Sans aucun doute. A voir le visage las de celle qui est au centre du tableau.

C’est la vie !

« La classe de danse » de Degas est une toile lumineuse.

Un instant de vie pris au vol mais on entend presque le piano et les chaussons sur le plancher. Vie grouillante.

Impressionnisme.

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Hatchepsout, reine, l’unique Pharaon féminin

C’est en 1981 que j’ai fait la connaissance d’Hatchepsout grâce à Pauline Gedge et son roman « La Dame du Nil ».

J’ai tout d’abord cru qu’il ne  s’agissait que d’un roman plutôt bien écrit et passionnant, puis j’ai appris qu’Hatchepsout avait bel et bien existé, ce qui n’a rien enlevé au côté captivant de l’histoire. C’était l’Histoire de la XVIII° dynastie dont elle fut le cinquième souverain, l’Histoire qui devenait ainsi inoubliable.

Récit palpitant de la vie d’une femme qui s’est battue contre l’ordre établi. Elle était « bien née » ce qui lui donnait quelques chances de réussite. Et encore… Combien de filles de haute extraction ont eu des vies contraignantes, désespérantes, dans le luxe, en silence et sans joies ? Que vous dire de plus sur Hatchepsout ?

Avant d’aller dans la vallée des Rois pour découvrir son temple (le mieux conservé de cette région tant il était bien caché), j’ai lu un autre roman, celui de Francis Fèvre intitulé « La Pharaonne de Thèbes ».

J’essaie de résumer l’Histoire et ces deux romans en une seule fois.

Dans l’Egypte du XVe siècle avant notre ère, Hatchepsout, princesse royale, fille de Thoutmôsis I va réussir l’impensable : être femme et pharaon !

La princesse Hatchepsout  épouse son son demi-frère, Thoutmôsis II (fils illégitime), pour qu’il puisse succéder à leur père car elle seule est de sang royal. Ce n’est pas pour assouvir sa soif de pouvoir, comme on le raconte : elle a obéi  à son père, non sans être contrariée. Pourquoi le fils d’une  concubine accède-t-il au trône alors que le pouvoir vient de sa mère à elle ?

Pendant la durée de son règne : quinze ans, le pharaon, timide et pleutre, de faible santé se contentera de préserver l’empire et de devenir père de deux filles de son union royale  avec  Hatchepsout, et d’un fils d’une concubine, fils qu’il ne prendra pas le soin de marier avec une de ses filles comme l’avait fait son père.

Hatchepsout, héritière de la dynastie par le sang, ne milite pas pour la cause féminine mais pour le droit du sang dans les successions. Quand son époux meurt, elle n’usurpe pas  le trône de Thoutmôsis III qui reste associé aux manifestations royales ; officiellement, elle  n’est que co-régente  mais c’est incontestablement elle qui détient la réalité du pouvoir, en attendant que son beau-fils soit en âge de devenir Pharaon Elle s’arrange pour se donner un surcroît de légitimité en propageant le mythe de sa naissance divine. Elle obtient alors tous les pouvoirs en se faisant couronner pharaon grâce à l’appui du haut clergé d’Amon. De fait, l’héritier « légitime » se voit relégué au second plan et elle, elle  gouverne avec brio.

Le règne d’Hatchepsout constitue l’apogée de la  civilisation pharaonique, c’est une très longue période de paix avec des constructions sublimes : les palais somptueux de Thèbes rivalisent de beauté avec le grand temple de Karnak, des découvertes de contrées lointaines, l’aménagement de la vallée des Reines et l’édification du fameux temple de Deir el-Bahari dans lequel des fresques splendides content le bonheur de cette époque.

Après son couronnement, Hatchepsout a remplacé la robe fourreau et sa couronne de reine par le pagne court, le némès* et la barbe postiche, symboles du statut de Pharaon. Les bas-reliefs et peintures la représentant en homme attestent sa volonté d’être reconnue en tant que roi. Son beau-fils finira par prendre le pouvoir ; à la mort de la Pharaonne, il se vengera et  fera détruire  tous les cartouches parlant d’elle, effacer son image, casser ses statues et maudire son âme. Le temple est enfoui sous le sable, c’est ce qui le conservera.

Hatchepsout disparaît alors de l’Histoire…  pour plus de trois mille ans !

Voilà comment m’est apparu au petit matin, le temple d’Hatchepsout. Il semble intact ; il est composé de trois terrasses superposées, reliées entre elles par des rampes. Les peintures murales représentent des scènes uniques, comme le voyage au pays de Pount. Je vous en montrerai une prochaine fois.

* Source photo némès et commentaire : wikipédia

Le Némès est la coiffe la plus emblématique des pharaons qui la porteront de l’Ancien Empire jusqu’à la période ptolémaïque. 

Il est connu du grand public par ses nombreuses représentations et notamment le masque funéraire en or du pharaon Toutankhamon ou la tête du sphinx du plateau de Gizeh.

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Le pont Mirabeau

Aujourd’hui encore un emprunt : Guillaume Apollinaire.

Que de plaisir à lire, décortiquer son recueil « Alcools », quand j’avais dix-sept ans. Mais si, on peut être sérieux quand on a cet âge-là contrairement à ce que disait joliment Arthur Rimbaud. Souvenirs, souvenirs…

LE PONT MIRABEAU

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va
Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Guillaume Apollinaire

En cliquant sur le titre, vous pourrez lire un commentaire du poème, une analyse très intéressante qui me rappelle mes devoirs de français. Jadis… Si vous voulez soit faire revivre vos souvenirs, soit vous cultiver davantage, c’est un bon lien.Sous le pont Mirabeau coule la Seine…

Le quatrième vers nous rappelle qu’il faut souffrir avant d’être heureux, pour apprécier mieux le bonheur sans doute. L’alternance des joies et peines entretient l’espoir ou le désespoir, selon les individus. C’est la différence entre optimisme et pessimisme, voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Avec l’âge, moi j’ai tendance à voir le verre plutôt plein : sagesse des anciens sans doute après les écorchures de la jeunesse. Comme l’écrivait si bien Chamfort, pas Alain l’autre Sébastien dit Nicolas : « En vivant et en voyant les hommes, il faut que le coeur se brise ou se bronze. »

Pour en revenir au pont Mirabeau, quatre statues le décorent dont une qui est l’allégorie de l’Abondance. L’abondance sous les ponts de Paris… De nos jours, on peut imaginer des tas de choses sous les ponts, mais l’abondance… Et ça ne va pas s’arranger de si tôt.

Heureusement que les jolies courbes des statues ramènent à la beauté, à l’amour, au romantisme qui n’est pas forcément tourmenté.

Et si le ciel et la Seine étaient d’un bleu limpide…

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Charles Baudelaire né un 9 avril

Le 9 avril, c’est la date anniversaire de la naissance de Charles Baudelaire. Bien, me direz-vous et alors ? Je vous répondrai que beaucoup d’autres gens sont nés ce jour-là mais que je ne les connais pas et que j’aime Baudelaire, enfin que j’aime les écrits du bonhomme. Ah, que de bons moments passés entre les pages des « Fleurs du Mal ». Pas vraiment roses mais tellement belles !

Venez un peu vous promener et rêver avec moi.

« L’Invitation au voyage »

« Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Invité(e) pour une destination pareille, résisteriez-vous ? Mais où est donc ce pays de cocagne ? Une réponse possible : « Il est un pays superbe, un pays de Cocagne, dit-on, que je rêve de visiter avec une vieille amie. Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, et qu’on pourrait appeler l’Orient de l’Occident, la Chine de l’Europe, tant la chaude et capricieuse fantaisie s’y est donné carrière, tant elle l’a patiemment et opiniâtrement illustré de ses savantes et délicates végétations. »(Invitation au voyage, Petits poèmes en proses, Le Spleen de Paris).

Moi je le voyais au sud, ce pays de cocagne, dans le grand sud, le pays aux soleils mouillés, un pays tropical, peut-être. A dix-sept ans, je me demandais où il était allé pour rêver. L’île Bourbon, l’île de la Réunion. J’y suis et j’ai retrouvé ce pays où « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »,
« Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux »

Mais là aussi, quoi que vous en pensiez tout n’est pas rose, mais c’est une autre histoire…

Revenez à Paris, où les vers de Charles Baudelaire rendent beaux la grisaille et la contrainte. C’est là tout l’art du poète quand sa sensibilité arrive à vous émouvoir.

Le chant du coq au loin déchirait l’air brumeux ;
Une mer de brouillards baignait les édifices,

L’aurore grelottante en robe rose et verte
S’avançait lentement sur la Seine déserte,
Et le sombre Paris, en se frottant les yeux,
Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

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Ne vous résignez jamais !

J’ai très envie, après vous avoir dit mon envie d’aller voir « We want sex equality » de vous parler d’un livre que je conseille vivement de lire.

Il est de Gisèle Halimi. Je l’ai lu un peu trop vite et donc je vais le relire plus attentivement. Ce n’est pas un pamphlet mais un regard sur une vie de femme, une femme qui a mené un combat féministe sans devenir une furie bornée.

Elle s’inquiète de la condition féminine aujourd’hui et pense aux femmes européennes de demain.

Allez voir ce site où Madame Halimi répond à des questions qui permettent d’en savoir plus sur elle et le contenu de son livre.

http://www.nonfiction.fr/article-2265-p3-gisele_halimi__ne_vous_resignez_jamais.htm

Écrivaine, brillante avocate, soutenant la cause d’hommes et de femmes opprimé(e)s, députée, ambassadrice UNESCO, Gisèle Halimi a oeuvré pour défendre les droits des femmes : lutte contre le viol, pour l’IVG, pour l’égalité professionnelle, la parité… Toutes ces années d’engagement, cette femme d’exception, mais aussi d’une grande simplicité et d’une grande gentillesse, les raconte dans un ouvrage absolument captivant, prenant, surprenant : Ne vous résignez jamais ! (Plon, 22 janvier 09)

 

 

 

 

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Couchers de soleil

Comment vous sentez-vous quand le soleil se couche ?

Moi, j’ai l’âme romantique à ces heures-là, je me sens tourneboulée, souvent au bord des larmes. Je regrette une fois de plus de ne pas être peintre ou poète.  Heureusement, j’ai mon appareil photo pour immortaliser ces instants inoubliables. Dans ces moments-là, quelques poèmes me reviennent en mémoire.

Je ne résiste pas plus et j’en insère un dans ce billet. Il est de Charles Baudelaire, grand tourmenté devant l’éternel. J’aime ce poète. Même si le recueil « Les fleurs du mal » ne m’a pas permis d’avoir une excellente note au bac (trop brouillon mon commentaire ; ben oui, j’avais tant à dire !), je ne peux  en vouloir à son auteur. Vous reconnaitrez le style : beauté des mots simples, des images et chute finale… angoissante.

« Coucher de soleil romantique »

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,

Comme une explosion nous lançant son bonjour !

– Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

Je me souviens ! J’ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite…
– Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L’irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.

—-

Les couleurs sont si belles avant la nuit, je ne veux pas les laisser disparaître comme ça. Même en ville, la lumière magnifie tout. Toulouse, la ville rose est encore plus belle quand l’or du soir fond sur elle.

Place du Capitole à Toulouse.

La nuit tombe sur l’Océan Indien. Saint Denis de la Réunion.Là, le ciel a l’air un peu sali. Où était-ce ? Je ne note jamais. Mais, c’est beau, non ?

Bord de l’Océan Atlantique, Pater Noster en Afrique du Sud.

J’ai de nombreuses photos de couchers de soleil : en Afrique du Sud, sur Table Moutain au Cap, sur Robben Island (l’île où était emprisonné Nelson Mandela), aux Etats Unis… De partout, le soleil se couche en splendeurs. Petit à petit, je vous les montrerai.

En dessous, trois crépuscules sur le Nil, en Egypte.

En Afrique du Sud, près de Tsitsikamma, c’est sur la route en allant vers… Knysna (mais il vaut mieux ne plus parler de cette ville, si on pense à l’équipe de France de foot).

Je ne sais plus du tout d’où vient cette photo. C’est la grosse pagaille ! Je m’en fiche, l’important, ce n’est pas de savoir où c’était mais de se dire : « c’est beau ! »

A nouveau, l’Afrique du Sud à Pater Noster. Les couchers de soleil étaient splendides et les langoustes excellentes. Il ne faut pas oublier les nourritures terrestres.

Et quelques vers de plus, dédiés à Thibault, surtout celui en caractères gras.

Le coucher du soleil de Gérard de Nerval
(Recueil : Odelettes)

Quand le Soleil du soir parcourt les Tuileries
Et jette l’incendie aux vitres du château,
Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d’eau
Tout plongé dans mes rêveries !

Le plus beau contresens de l’histoire. Mort de rire !!! Les verbes être et suivre, à la 1° personne du singulier du présent de l’indicatif : JE SUIS ! Au lieu de suivre la grande allée, il a été la grande allée (sur les conseils non éclairés de sa mère, ce jour là). Licence littéraire, prosopopée, personnification des choses : je me demande ce que la prof de français a crû ? Un mystère éternel sans doute… Moi, je vous avoue le contresens le plus gros ! Désolée… Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas.

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N’écris pas

N’écris pas ! Tiens donc, il ne manquerait plus que ça ! C’est un peu comme si on me demandait de me taire, ceux qui me connaissent confirmeront.  Mais cette prière ne m’était pas adressée. C’est la première phrase d’un poème de Marceline Desbordes-Valmore, auteur du XIX° siècle.

Cette supplique est très émouvante. Elle est devenue chanson et a été intitulée « Les séparés » dans l’album du même nom. Parce que je ne lis pas le dos des boîtes de CD, j’ai toujours cru que le titre de cette chanson était « N’écris pas ».

J’écoute Julien Clerc,  et j’aime ça surtout quand la chanson a été écrite par mon parolier préféré : Etienne Roda-Gil ; il n’en reste pas moins vrai que j’ai adoré celle-là  (dont les paroles sont de Marceline Desbordes-Valmore et la musique de Julien Clerc). Je dois vous avouer que j’ai « quitté » Julien Clerc pendant toute la période qu’il a passée loin de Roda.

Pour vous faire partager mon plaisir d’entendre cette chanson et de voir Julien Clerc : la vidéo, merci YouTube ! Vous verrez des paysages que je crois être d’Irlande et le beau pull irlandais de Julien Clerc.


Tout ça, ce sont de jolis souvenirs et des petits bonheurs que j’apprécie.

Paroles : Les séparés.

N’écris pas ! Je suis triste et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés, sans toi, c’est l’amour sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre
Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

N’écris pas ! N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu, qu’à toi si je t’aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

N’écris pas ! Je te crains, j’ai peur de ma mémoire.
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.

N’écris pas ces  deux doux mots que je n’ose plus lire.
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur,
Que je les vois briller à travers ton sourire.
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

N’écris pas ! N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu, qu’à toi si je t’aimais.
Au fond de ton silence, écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

… N’écris pas !

Ajout du 23 juillet 2011 : Il faut noter que dans la version enregistrée dans le CD « Julien », le texte est erroné. Julien Clerc chante: « n’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire« . Le petit livret accompagnant le CD reproduira également la même erreur. Julien se rendit compte qu’il s’agissait bien de douceurs et non de chiffres, et se corrigea lors de sa tournée pour chanter: « N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire  » comme l’auteur l’avait initialement écrit.

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