Vivre avec 800 € par mois quand les banques enfument le monde

N’est-ce pas révoltant ?

Désolée, l’information du  jour n’est plus très fraîche et pas très gaie, mais ça n’a pas changé depuis le 15 avril 2011. Je vous l’envoie.

Par Jean Matouk | Economiste | 15/04/2011 | 16H00

Lundi 11 avril, France Inter reçoit, dans sa matinale, Christine Lagarde. Il s’agit d’un entretien suivi, comme à l’accoutumée, de questions d’auditeurs. Une retraitée expose : elle essaie de vivre avec 800 euros par mois et en réalité, sans les fortes privations qu’elle s’inflige, cette somme ne lui permettrait de vivre que quinze jours. Réponse de la ministre :

« Le gouvernement a tout a fait conscience de votre problème et c’est pour cela qu’il a décidé d’augmenter de 2% les pensions de minimum vieillesse. »

En fait, le gouvernement a augmenté le minimum vieillesse de 4,7% et les pensions, effectivement, de 2%. Notre retraitée va donc percevoir 16 euros de plus par mois. De quoi se plaindrait-elle ?

Le meilleur de l’entretien est à venir. Un autre auditeur s’inquiète de la capacité de l’Europe à continuer de venir en aide aux pays débiteurs en difficulté : Grèce, Irlande, demain Portugal, et ensuite ? Réponse (résumée) de la ministre : pas d’inquiétude ! L’Union européenne dispose d’un fonds de soutien de 500 milliards d’euros. Elle a de quoi aider. On en a encore sous le pied !

La petit dame à 800 euros n’écoutait peut-être plus la radio. Si elle l’écoutait, elle a dû être sidérée.

Christine Lagarde n’est pas en cause elle-même. Elle participe simplement d’un monde séparé par un vide effectivement « sidéral » de celui, réel, de millions de Français.

Quels discours a, en effet, entendu cette brave dame à 800 euros depuis trois ans ?

En 2008 puis 2009, notre chef de l’Etat lui a exposé que, pour éviter la récession, il injectait des dizaines de milliards dans notre économie ; vers la même époque, il lui a aussi expliqué qu’il était contraint d’avancer aux banques des dizaines d’autres milliards, pour éviter leurs faillites, tout en critiquant vivement, par ailleurs, leur gestion déplorable qui avait conduit à cette situation.

Il n’y a eu, en France du moins, aucune subvention aux banques : celles-ci ont remboursé les avances et versé des intérêts ; mais entre-temps, les démagogues d’extrême droite et gauche se sont époumonés à répéter qu’il y avait « de l’argent pour les cadeaux aux banques et rien pour les pauvres ».

Quand arrivent les résultats 2010, la même dame, puisqu’elle écoute France Inter, entend énumérer les résultats faramineux des banques, dont certaines étaient proches de l’agonie deux ans plus tôt :

  • 7,8 milliards pour BNP-Paribas ;
  • 3,6 milliards pour le Crédit Agricole ;
  • 3,2 milliards d’euros pour la Société Générale presque « ruinée » deux ans plus tôt par l’horrible Kerviel..

Elle entend aussi annoncer que les revenus des dirigeants des banques ont retrouvé à peu près leur niveau antérieur : 1,5 million pour l’un, 2,5 millions pour l’autre… Et aux Etats-Unis, de 10 ou 15 millions par an !

Mais ces malheureux dirigeants de banques ont un petit problème en Europe compte tenu des dispositions sataniques prises par les Etats qui les ont sauvés, deux ans plus tôt : elles leur interdisent de verser les mêmes boni qu’autrefois à leurs traders, ce qui fait fuir ceux-ci en Asie…

Il n’y a d’ailleurs pas que les banquiers. Les chefs des grandes entreprises aussi participent à la fiesta 2010 des millions :

  • Franck Riboud (Danone) : 4,4 millions ;
  • Bernard Arnault (LVMH) : 3,8 millions ;
  • Jean-Paul Agon (L’Oréal) 3,3 millions ;
  • Henri de Castries (Axa) : 3,2 millions ;
  • Larf Olofsson (Carrefour) : 3,1 millions, comme Gérard Mestrallet (GDF-Suez) ;
  • Martin Bouygues : 2,5 millions, à peu près comme Christophe de Margerie (Total) ;
  • Denis Kessler (Scor) : 2,3 millions, comme Henri Proglio, à l’époque à Veolia…

Comment ces gens, ou leurs délégués rémunérés à due proportion, peuvent-ils regarder en face et discuter le bout de gras, voire négocier, dans les comités d’entreprise avec les représentants de leurs salariés ? De telles différences de salaires créent des différences de nature. Ces interlocuteurs ne sont plus du même monde. Entre eux s’est créée une sorte de barrière des espèces

Par parenthèse, même lorsqu’on a, comme c’est mon cas, dirigé des banques, accueilli et fréquenté des clients très aisés, ayant de hauts patrimoines en gestion, on a quand même du mal à imaginer ce que ces hommes font de telles sommes une fois achetés l’appartement de 300 m2 au centre de Paris ou Bruxelles, la villa à Capri et le chalet à Davos, et consommées les vacances les plus luxueuses.

Ils font gérer les énormes surplus dans des fonds, ce qui accroît un peu plus la sphère financière en même temps que leurs revenus futurs. Rêvons ! S’ils avaient, depuis dix ans, investi chacun, chaque année, la somme – ridicule pour eux – de 300 000/400 000 euros par an, dans une ou deux petites entreprises technologiques en création, la France disposerait largement de sa Silicon Valley…

Les inventions attendent dans les labos, comme les docteurs ès sciences.

Et voici que notre même petite dame à 800 euros apprend, en mai 2010, que la Grèce est étranglée par sa dette, et que l’Europe et le FMI doivent voler à son secours, pour 45 milliards d’euros. Elle apprend, il y a un mois, qu’il faut d’urgence 24 milliards d’euros à l’Irlande pour racheter – devinez quoi – ses banques, et qu’aujourd’hui c’est le Portugal qui tend la sébile pour 75 milliards.

Comme le dit si prosaïquement madame Lagarde, heureusement que l’Europe « en a encore sous le pied ». Ce que la dame à 800 euros euros ne saura probablement jamais, c’est que ces Etats sont étranglés… par l’action des banques américaines et européennes. Celles-ci vendent à terme les dettes de ces Etats, provoquant la baisse effective du titre au comptant, engrangeant donc les bénéfices de leurs ventes à terme tout en faisant augmenter le taux que demandent les prêteurs pour renouveler le prêt.

Pire ! Dans le cas de la banque américaine Goldman Sachs, on découvre que c’est une de ses employées, particulièrement talentueuse, qui a aidé le gouvernement grec a maquiller les comptes de la Grèce avant l’entrée dans l’euro ! Compliqué ? Un peu ! Mais là est le secret de l’« enfumage » du monde entier par ces banques avec la complicité des Etats.

Conclusion : les Français sont vraiment très raisonnables. S’il ne l’étaient pas, aux élections régionales de 2010, comme aux dernières cantonales, le Front national et l’extrême gauche auraient dû à eux deux faire 80% des suffrages exprimés ! Avec la même abstention de 50% !

Mais notre petite dame à 800 euros, qui fait partie de ces Français bien sages, doit attendre bien tranquillement les 16 euros que lui a annoncés Christine Lagarde.

Share

Le jour où je me suis aimé pour de vrai

Si vous retournez à mes premiers articles de 2011, je « dissertais » sur l’estime de soi et sur bien d’autres choses. Je crois que la douleur transpirait. Je me libérais. Le temps a passé. J’ai maintenant envie de parler pour aider ceux qui se sentent coincés. Et le hasard fait bien les choses. Dans le blog de La Vieille Marmotte, j’ai trouvé ce texte de Charlie Chaplin qui m’a « parlé » : comment grandir à peu de frais, car finalement tout ne tient qu’à soi.

Je n’ai pas changé un seul mot, juste les caractères d’imprimerie, le format des paragraphes et la photo.

**********

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris qu’en toutes circonstances j’étais à la bonne place, au bon moment. Et alors, j’ai pu me relaxer.

Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Estime de soi.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai pu percevoir que mon anxiété et ma souffrance émotionnelle n’étaient rien d’autre qu’un signal lorsque je vais à l’encontre de mes convictions.

Aujourd’hui je sais que cela s’appelle… l’Authenticité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de vouloir une vie différente et j’ai commencé à voir que tout ce qui m’arrive contribue à ma croissance personnelle. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Maturité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à percevoir l’abus dans le fait de forcer une situation ou une personne, dans le seul but d’obtenir ce que je veux, sachant très bien que ni la personne ni moi-même ne sommes prêts et que ce n’est pas le moment… Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… le Respect.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai commencé à me libérer de tout ce qui n’était pas salutaire, personnes, situations, tout ce qui baissait mon énergie. Au début, ma raison appelait cela de l’égoïsme. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… l’Amour propre.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé d’avoir peur du temps libre et j’ai arrêté de faire de grands plans, j’ai abandonné les méga-projets du futur.

Aujourd’hui, je fais ce qui est correct, ce que j’aime, quand cela me plait et à mon rythme. Aujourd’hui, je sais que cela s’appelle… la Simplicité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de chercher à avoir toujours raison, et je me suis rendu compte de toutes les fois où je me suis trompé.

Aujourd’hui, j’ai découvert… l’Humilité.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai cessé de revivre le passé et de me préoccuper de l’avenir. Aujourd’hui, je vis au présent, là où toute la vie se passe.

Aujourd’hui, je vis une seule journée à la fois. Et cela s’appelle… la Plénitude.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, j’ai compris que ma tête pouvait me tromper et me décevoir. Mais si je la mets au service de mon coeur,  elle devient une alliée très précieuse ! Tout ceci, c’est… le Savoir vivre.

Nous ne devons pas avoir peur de nous confronter, du chaos naissent les étoiles.

Charlie Chaplin


Share

La fin d’un secret de famille

Je vous ai promis de parler de vérité et de mensonge.

« Le mensonge et le silence arrangent bien des drames de famille.  » Tristan Bernard

Peut-être Tristan Bernard a-t-il raison, moi je ne crois pas. Le secret de famille nuit et il resurgit.

Il resurgit toujours.

Il resurgit en chair et en os trente ans après. Ou plus, ou moins.

Avant, il resurgit dans les difficultés de communication.

Il resurgit dans toutes les difficultés, sans qu’on le sache vraiment. Chez un enfant, il peut expliquer l’échec scolaire, car si on n’a pas le droit de savoir d’où on vient ou ce qui s’est passé dans l’histoire familiale, on s’interdit de savoir ce que l’école enseigne.

Chez les adultes, le secret de famille resurgit dans les  difficultés à intégrer les expériences nouvelles, c’est l’angoisse face à la nouveauté, de même il empêche de mémoriser les expériences passées et d’acquérir de la lucidité face aux nouveaux événements. Il est fréquent qu’un individu victime du secret ait tendance à fuir la réalité, dans son comportement : abus de travail ou d’activités, recours à l’imaginaire, au mensonge, à croire que l’autre ment ou dissimule l’essentiel parce que lui-même souvent tait ou déforme la vérité. L’intimité pose problème, on ne sait comment se comporter soit on devient trop curieux, soit on reste totalement indifférent, soit on est incapable de parler et/ou d’écouter l’autre.

Les secrets de famille touchent différents domaines : tout ce qui peut salir, l’origine, la sexualité, la stérilité, la maladie mentale, le suicide, ou tout ce qui peut nuire à l’image qu’une famille a  ou veut  donner d’elle-même, tout ce qui n’aurait jamais dû exister (devoir, voire !).

Le secret de famille, c’est la victoire du silence, des non-dits, du mensonge par omission. C’est le règne des petits singes :

  • Ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème.
  • Ne rien vouloir dire de ce qu’on sait pour ne pas prendre de risque.
  • Ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire « comme si on ne savait pas ».

Ces comportements d’autocensure traduisent à mes yeux l’irresponsabilité et la lâcheté. Quelqu’un m’a fait remarquer que c’était la politique de l’autruche : se mettre la tête dans le sable pour ne rien voir, ne rien dire et ne rien entendre en même temps. S’il me semble possible d’adopter temporairement cette attitude face à un « coup dur », il faut toujours regarder la vérité en face, affronter la réalité.

Quand le secret de famille est-il révélé ? Lors d’un événement marquant pour la famille : mariage par exemple, et le plus souvent : décès. Un s’en va et un autre (plus ? ) arrive(nt). Pas forcément pour l’héritage mais simplement pour faire connaître leur existence. Légitime !

Mais que se passe-t-il quand le secret de famille s’étale au grand  petit jour ? Ca dépend du secret. Les abus sexuels peuvent faire éclater une famille par l’incompréhension réciproque et généralement des secrets en cascade. Une origine qui est dévoilée, c’est une famille qui s’agrandit et se disloque, ou s’agrandit et se soude.

Moi qui aime la franchise, qui suis un peu trop directe, trop brute à ce qu’il paraît, je n’aime pas les secrets de famille.

Il y a trente ans, j’ai vu, j’ai dit, on ne m’a pas entendu ; on a tu.  On m’a fait taire : j’étais dérangée, j’affabulais. Un (enfant) de plus ? Impossible. (Bien sûr… Ce sont des purs esprits dans cette famille.) Et maintenant, je dois faire comme si c’était une grande bonne surprise ? Couvrir la lâcheté  d’un ? Accepter le mensonge ? Cautionner des comportements qui me dérangent ? Oublier ? Ah, je manque de tact ?

Si le tact est une aptitude au mensonge alors, oui, j’en manque, souvent, j’aime trop la vérité.

Et vous ?

Share