Porter le chapeau

Avez-vous bien compris que ce serait la semaine du chapeau ?

A partir d’une expression par jour, je vais m’amuser à vous divertir. J’ai toujours aimé ce rôle d’amuseur public. Involontaire quelquefois, imposé à d’autres moments, choisi souvent ; choisi pour cacher… quoi ? Un clown vit ses émotions, à fleur de peau, il les accentue un peu pour que tout le monde comprenne (peine perdue bien souvent), il slalome, en permanence, aux frontières de l’humour, de l’euphorie et de la peur voire même de l’angoisse la plus terrifiante, d’où les grimaces et les mimiques.

Et si … et si Sarko, au fond, était un clown triste ?  Il nous raconte des histoires auxquelles lui-même ne croit pas. Le problème du clown, c’est la piste du cirque, les lumières dans les yeux, ça éblouit et ça le déconnecte de la réalité.

Vous voyez, une fois de plus, je m’éloigne de mon sujet. Porter le chapeau, j’ai dit.

Porter le chapeau, c’est devenir le bouc émissaire.

Pourquoi porter le chapeau a-t-il cette signification de responsabilité ? Est-ce parce que le chapeau protège habituellement celui qui est dessous ? Chapeau sur l’œil = incognito (Humphrey Bogart, non ?) Discret ? C’est à voir.

Si quelqu’un porte le chapeau à notre place, on s’en va « tranquille comme Baptiste ».  Courageux. Bravo !

Cette expression « porter le chapeau » est attestée à la fin des années 20, 1928 pour être précise. Autrefois, seuls les hommes portaient un chapeau (les Années Folles ont un peu changé la donne : coupe à la garçonne et chapeau cloche). L’homme était considéré comme le responsable de sa famille (normal, je vous rappelle que les femmes n’avaient pas le droit de vote, ni de travailler sans l’autorisation de leur mari, ni de gérer leur argent personnel).

On peut aussi noter qu’à l’époque de l’apparition de l’expression, les hommes du peuple portaient la casquette, et ceux qui portaient un chapeau avaient une fonction sociale élevée, donc des responsabilités. La récupération par l’argot de cette association a probablement contribué à faire le lien entre celui qui était responsable et celui qui portait le chapeau.

En 1669, « mettre un chapeau sur la tête de quelqu’un  » voulait dire « médire de lui, le calomnier, nuire à sa réputation ». L’association s’est faite entre les deux « images », et « porter le chapeau » est devenu synonyme d’« être responsable».

N’oublions jamais, qu’une fois qu’on a « mis le chapeau » à quelqu’un, donc qu’il le porte, sa réputation est ternie. Le problème majeur à mes yeux, c’est que même si la loi protège, si le secret est gardé durant les instructions, il est de plus en plus fréquent, de nos jours, que , pendant des affaires comme celle d’Outreau, des fuites aient lieu « grâce » aux journalistes. Les mis en examen deviennent des coupables et même les témoins finissent par être soupçonnés. Or c’est  un bon moyen de nuire à la réputation de quelqu’un, que de l’accuser d’une faute grave, même s’il est innocent. Quand on est « mouillé » dans une enquête, ça ne s’efface pas car, dans l’esprit des gens, il n’y a pas de fumée sans feu.

En ce qui concerne le chapeau qu’on fait porter à Sarkozy, il est un peu trop grand pour sa tête, non ? Le petit Nicolas est responsable d’un certain nombre de problèmes, de sa réputation, c’est sûr, mais tout ce qui va mal ne peut lui être imputé. Il faut toujours essayer d’être honnête et juste.

Avant de mettre le point final, je relève que le pater familias était responsable  de son foyer, il  « portait la culotte » puis par extension  « portait le chapeau » pour la famille.  Aujourd’hui , les  temps changent, personne ne veut prendre de responsabilités et combien pensent que leurs enfants doivent être pris en charge par la mère ou même par la société ? Les parents abdiquent et les hommes démissionnent, ils ne portent ni chapeau, ni culotte.

Les femmes, elles, portent de plus en plus souvent le pantalon. Elles se sont libérées, mais il y a beaucoup à faire pour qu’elles confirment cette libération et arrivent à l’égalité.

Le monde change, paraît-il, oui mais il change depuis longtemps, depuis toujours, semble-t-il quand on relit les auteurs grecs ou romains. Platon fait dire à Socrate, dans « La République » les mots suivants : « le père s’habitue à devoir traiter son fils d’égal à égal et à craindre ses enfants, le fils s’égale à son père, n’a plus honte de rien et ne craint plus ses parents, parce qu’il veut être libre ; le métèque s’égale au citoyen et le citoyen au métèque, et la même chose pour l’étranger. »

Il y a donc longtemps que ça va mal.

Etes-vous si sûrs que le temps changent ?

 

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Mai 68 : « On ne peut plus dormir tranquille lorsqu’on a une fois ouvert les yeux. »

 

« On ne peut plus dormir tranquille lorsqu’on a une fois ouvert les yeux. »

Pourquoi fermez-vous les yeux et surtout la bouche ? Jusqu’où allez-vous vous laisser emmener par des gouvernements plus ou moins mafieux ?

Je ne critique pas plus Sarkozy que Chirac ou Mitterand, je rappelle simplement que les Français ont la mémoire courte. Vous souvenez-vous de la république exemplaire promise par Nicolas ?  Et des écoutes téléphoniques de François ? Et des dépenses de son fils Jean-Christophe à Bujumbura : 20 463 268,89 francs – a estimé la Cour des Comptes – ont disparu ? Je laisse Chirac tranquille, mais, n’est-ce pas lui que les Guignols appelaient Super Menteur et qui a un procès en suspens ?

La rigueur, l’honnêteté, en France, aujourd’hui où en est-on ?

Revenons à mai 68. Le slogan qui a sans doute le plus marqué les esprits est le fameux « Il est interdit d’interdire. »

C’était au départ une simple boutade lancée par Jean Yanne (c’est lui aussi « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »). Ce slogan contestait la discipline autoritairement imposée, ce qui est une absurdité : il faut  expliquer, discuter et avoir foi en l’homme qui raisonne et se raisonne, comme je l’ai écrit dans l’article « Réussite, argent, bonheur ».

Et c’était là le sens de cette maxime : il est désormais interdit de nous interdire de vivre. Tout simplement. Nous voulions vivre libres en respectant cependant les autres. Mais ça a déraillé. Aujourd’hui où en est-on ?

Le mouvement étudiant, qui a stupéfié par son ampleur et sa durée, a réussi à entraîner les ouvriers, les travailleurs d’une manière générale. Et comme il faisait beau cette année-là…  Je vous laisse imaginer, il n’y avait pas que des émeutes, des barricades et des cocktails Molotov, des voitures en feu et des pavés qui volaient. Il y avait le soleil, le ciel bleu, la liberté, les rêves, les pelouses et les petits oiseaux qui volaient eux aussi. Au fond, les plus vieux ou les plus bourgeois enviaient ces jeunes enragés et leurs conneries, peut-être même qu’ils les admiraient un peu et qu’ils les enviaient beaucoup, ces jeunes  qui vivaient, contestaient, manifestaient dehors, alors qu’eux, jour après jour, à l’usine ou au bureau,  voyaient leur propre vie se consumer lentement, inexorablement, à des tâches répétitives, stupides, éreintantes et à mourir de désespoir quelquefois, devant des chefaillons plus ou moins bornés, en échange  de quoi ? Des bas salaires et de peu de considération. Et aujourd’hui, où en est-on ?Nous voulions abolir bien des interdits : plus de gardiens en uniforme, plus de chiens, plus de chaînes, plus de pointeuses, plus de chefs inquisiteurs, plus de soldats, plus de flics cogneurs… Plus, ce n’était pas davantage, c’était aucun ! Vive l’autodiscipline ! L’autogestion, voilà ce qui était dans l’air du temps. Nous ne voulions plus de l’attirail disciplinaire puisque nous avions atteint, croyait-on, un niveau de conscience qui nous en libérait. Moi, en septembre 1968, j’ai connu ma première désillusion. J’ai compris que nous n’avons pas tous les mêmes valeurs. Et aujourd’hui, où en est-on ?

Cette aspiration à une vie libérée de ses entraves gagna tous les domaines : l’Eglise qui reçut là un mauvais coup, l’institution éducative dans un premier temps,  puis les entreprises par la suite : souvenez-vous de l’utopie des LIP en 1973.  Dans les années 70, les écoles parallèles et les crèches « sauvages » fleurirent, organisées par les parents eux-mêmes sur le modèle autogestionnaire inspiré de Freinet, car au fond la recherche était la même : élever enfants et adultes à la conscience de soi, sans recourir, autant que faire se peut, à la discipline autoritaire.

Ne devrait-il pas en être ainsi de la démocratie ? Au cours des siècles, on a vu que c’est la loi  qui pallie le peu de sagesse, de conscience ou de vertu des citoyens et que pour faire respecter la loi un pouvoir de coercition (gendarmerie, police) est indispensable. Aujourd’hui les forces de l’ordre ne sont même plus respectées, c’est donc la loi de la jungle. L’autodiscipline, le respect, la conscience… Où en est-on aujourd’hui ?

Cette maxime est décriée aujourd’hui, même par ceux qui la braillaient alors. Trahison ? Perte de conscience, de lucidité, de pureté ? Où sont passés les incorruptibles (pas Eliot Ness mais Robespierre) ? A bien y regarder, « il est interdit d’interdire » n’est ni plus ni moins qu’un appel à la sagesse et à la vertu. Pas de quoi avoir honte. Au contraire.

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Juges et partis

En bonne Française, je vais commencer par rire à propos des juges qui font l’actualité du moment. Je peux les plaindre, ils sont débordés et n’ont que très peu de moyens, mais, je souris d’abord, ils sont coincés dans leurs tribunaux, ne prennent pas de vacances, c’est bien connu :

« Les juges ne voyagent jamais, parce qu’on ne peut être à la fois juge et parti. »

Revenons-en plus sérieusement aux juges, à Sarkozy et d’une manière plus générale à la France du moment. Beaucoup de nos concitoyens râlent, critiquent Sarkozy, n’oublions pas toutefois qu’il a été élu légalement avec une majorité. Ce n’est pas une majorité de 80 ou 90% ce qui tend à prouver que les élections n’ont pas été truquées et donc, que régulièrement élu, notre président doit être respecté le temps de son mandat. Il est vrai que ses attitudes, ses gestes saccadés en font une marionnette facile à imiter et prompte à nous faire rire. Mais pourquoi a-t-il été élu ? Qui le remplacera ? Y a-t-il quelqu’un en qui nous puissions avoir confiance ?

Quoi qu’il en soit, c’est Nicolas Sarkozy qui nous représente pour le moment et nous devons nous en accommoder. Certes, ses méthodes déplaisent : star system, bling-bling, et surtout grand guignol permanent, fuite en avant perpétuelle : « on va voir ce qu’on va voir» et puis on ne voit rien ou pas grand chose,… Aujourd’hui, toute la société fonctionne ainsi avec des effets d’annonce. Combien de temps peut-on avaler des couleuvres sans rien dire ? La colère gronde puisque tout  va de plus en plus mal et que la poudre aux yeux, si elle aveugle un moment, ne fonctionne pas ad vitam aeternam.

Moi, j’entends la colère des travailleurs aux salaires dérisoires qui savent combien on facture une heure de leur travail et combien on la leur paie, j’entends la colère des parents dont les enfants ne sont plus en sécurité dans l’enceinte des écoles, j’entends la colère des enseignants qui ne peuvent plus enseigner faute de moyens et de temps, j’entends la colère des infirmières, des médecins, celle des policiers, celle des CRS, celle des juges, des cheminots, des chauffeurs de bus,  des femmes,  j’ai peur d’entendre très bientôt la colère d’un peuple qui a faim, d’autant que plus personne ne pourra alors le raisonner ce peuple : «ventre affamé n’a pas d’oreille ».

Mais je m’éloigne de mon point de départ. La colère des juges.

En les rendant publiquement responsables de la mort de Laetitia, Sarkozy et ses ministres n’ont pas eu une bonne idée. Les justiciables français se plaignent de la justice et des juges, mais ils ne sont pas dupes. Ils savent comment toutes les grandes organisations : école , santé et armée sont mises à mal et ils prennent le parti des juges. Ils les entendent bien dire que le problème c’est Sarkozy avec ses réformes et ses lois sans moyens de les appliquer. Depuis plus de vingt ans (avant Sarko, donc), ils réclament les moyens de faire fonctionner le système, qui les a entendus ?

Il me semble (je suis une utopiste) que de grands chantiers devraient être mis en œuvre. Il faudrait refondre les systèmes scolaires, de santé publique, de la justice, des impôts… Comment mener à bien cette tâche quand on sait combien les individus s’attachent rapidement à la plus petite once de pouvoir qui leur est donnée. Il faudrait quelques incorruptibles pour tout remanier, pas forcément des énarques mais des citoyen(ne)s de bon sens et de bonne volonté. Mais c’est tellement plus simple de laisser couler. C’est le cas de le dire !

Revenons une dernière fois à nos juges.  La grève des audiences est l’un des signes du malaise de la société française de 2011 et comme je suis grenobloise, je me pose quelques questions. Je sais  que le 7 juin 1788  le tocsin a sonné dans la ville. La réforme du parlement (juges de l’époque) voulue par Louis XVI a eu de lourdes conséquence. Des Grenoblois, particulièrement fâchés de perdre leur Parlement, se sont emparés des portes de la ville, tandis que d’autres, montés sur les toits, jetaient des tuiles et divers objets sur les soldats. Le sang coula, et en fin de l’après-midi, les émeutiers, maîtres de la ville, réinstallèrent les parlementaires à l’intérieur du Palais du Parlement. La journée des Tuiles s’achevait et la Révolution française était en marche.

Attention, toutes ces contestations peuvent mettre le feu aux poudres. Où aura lieu la prochaine journée des Tuiles ? Sommes-nous seulement encore capables d’agir ?

Je souris encore, mais peut-être devrais-je avoir peur ?

«En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu et on persécute ceux qui sonnent le tocsin. » Nicolas de Chamfort, Maximes et Pensées, 1795

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