Vocabulaire choisi

J’évoquais, il y a quelques jours, en terminant mon article, l’élitisme lexical de Monsieur Macron. Il veut étaler son savoir, sa supériorité, son pouvoir. Ce qui me frappe (vous aussi peut-être) dans ses mots, c’est leur décalage avec les Français. Combien de mots inusités parce que désuets ou pompeux ? D’autres plus simples, trop « populo » me choquent tout autant par leur dureté, leur froideur. Tous témoignent de l’absence totale d’empathie du président avec les Français, de son mépris et de l’agacement qui sous-tend souvent ses propos. Je ne l’écoute pas attentivement mais je l’entends encore.

Nous avons devant nous le président le plus antipathique des quarante dernières années, le plus prétentieux, le plus méprisant. Il se prend pour le roi et se trouve bien loin de De Gaulle qu’il semble pourtant vouloir imiter.

Le Premier Président de la Ve République, Charles De Gaulle, n’a jamais lésiné sur le faste des réceptions d’hôtes étrangers à Versailles pour montrer la grandeur de la France mais il vivait fort simplement et payait même (dit-on) ses factures personnelles d’eau et d’électricité. Quant à Mme de Gaulle, elle ne faisait guère de frais de toilette, se montrait peu, partait souvent avec son cabas et sa 2 CV faire ses courses au marché de Chaumont près de Colombey (où ils vivaient plus souvent qu’à l’Élysée). Son Général de mari lui demandait combien elle avait payé le litre d’huile ou la livre de beurre, constamment à la recherche d’informations sur le quotidien d’une famille normale, une façon de briser l’isolement dont ont souffert les chefs d’État français depuis (même celui qui se disait « président normal »). Nos députés, ministres et autres sbires de la Présidence ne connaissent ni le prix du pain, ni celui du timbre, encore moins celui du ticket de métro. (Je pense – avec un peu de colère – aux « menus à 200 euros sans le vin » de Gérald Darmanin. Pff ! Je ne l’aime vraiment pas celui-là, encore un petit prétentieux. Combien de familles n’ont que 200 euros pour une semaine et pour quatre ? D’autres ont même moins encore.)

Je reviens à la rhétorique d’Emmanuel Macron, à ses mots surprenants et à ses expressions latines. (J’ai constaté que les personnes qui emploient des mots qui ne sont compris que par eux ou peu s’en faut, ont généralement une pensée confuse, mais que leur auditoire, de peur de passer pour des imbéciles, fait semblant de comprendre et dit « il est tellement brillant, intelligent ou cultivé »).

J’ai fait une liste (ordre alphabétique) de ce que j’ai relevé avec une  explication possible. Cette liste un peu longue est à utiliser comme un dictionnaire, à lire en cas de besoin ou pour passer un moment.

I – Mots relevés dans ses discours : en rouge ceux qui ne sont pas dans mon dictionnaire de référence celui du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales)

  • anomie : absence de normes ou d’organisation stable; désarroi qui en résulte chez l’individu.  Par extension : contestation de la société, soit par refus de toute société, soit par désir de la réformer. C’est lui qui a inspiré les Gilets Jaunes, c’est certain.
  • antienne : chant exécuté par deux chœurs se répondant alternativement. Par extension familier : refrain, propos que l’on ressasse (euh… « en même temps » ?).
  • apophtegme : parole mémorable, ayant valeur de maxime. Malheureusement  par extension et généralement dans un contexte péjoratif : formule concise sur un sujet considéré comme important par celui qui parle, mais en réalité banal.
  • barycentre : centre de gravité. En maths, c’est une notion qui semble embêter bien des élèves mais Manu est fort, c’est notre Chuck Norris, il sait tout (ou au moins, il essaie de nous le faire croire.)
  • chicaya : (qui n’est pas dans mon dictionnaire de référence habituel) vient de l’arabe qui signifie « plainte, lamentation » et signifie aussi querelle (une chicaya de basse-cour, ça existe fréquemment).
  • clivant : cliver signifie scinder un tout en parties ; fendre un minerai cristallisé dans le sens de ses couches lamellaires exemple le mica ou l’ardoise. La société française se clive de plus en plus, me semble-t-il. La faute à qui ? À quoi ?
  • coruscant : pas dans mon dico mais je l’ai trouvé dans le Larousse : c’est brillant, étincelant. Attention : Coruscant est une planète de l’univers de fiction Star Wars. Capitale de la République puis de l’Empire, siège du gouvernement et foyer des Jedi. Coruscant est la plus importante des planètes de la Galaxie.
  • crasse (adjectif) : c’est épais et sale. Au figuré littéraire et familier : grossier, ignoble. Par extension : inadmissible au regard des normes morales ou sociales. Exemple : ce mépris crasse avec lequel Manu s’adresse souvent à ses interlocuteurs.
  • croquignolesque : adjectif qui n’est pas non plus dans le dictionnaire comme «l’abracabrantesque» de Jacques Chirac. L’origine de ce néologisme se trouve-t-elle dans l’adjectif croquignolet ? Croquignolet qui désigne quelque chose de «mignon» ou de «charmant» mais employé dans un sens ironique devient le bizarre, l’étrange ou même le désagréable. Je ne peux m’empêcher de penser aux « Pieds nickelés » avec  Croquignol, celui qui a un très long nez, Ribouldingue, le barbu. et Filochard, le borgne, trois personnages interchangeables et tout aussi capables de préparer des mauvais coups. Tiens, tiens… Les Pieds nickelés au gouvernement ?
  • difficultueux : qui présente des difficultés ; trop simple de dire difficile. À moins que Manu ne parle de lui, dans un sens vieilli, en parlant d’une personne : qui cause des difficultés à autrui, est enclin à les faire naître. Alors c’est bien ça !
  • dirimant : se dit d’un empêchement radical, formel, absolu .
  • disruption, disruptif : toujours pas dans mon dictionnaire, en économie, la disruption désigne le bouleversement d’un marché sur lequel les positions sont établies avec une stratégie inédite. Mot anglais traduit en français par perturbation.
  • galimatias : discours confus qui semble dire quelque chose mais ne signifie rien (tiens, tiens… qu’est-ce que je disais plus haut avec ceux, pédants, qui tiennent des discours à la Thomas Diafoirus).
  • guêtres : qui connait encore ces éléments de costume masculin ? Pas beaucoup de jeunes. Mes enfants ont relevé. « Enveloppe de cuir ou d’étoffe qui recouvre le haut de la chaussure et le bas ou l’ensemble de la jambe ». Quand je vous disais que Macron est un vieux dans un corps de jeune. Moi les guêtres me rappellent ma grand-mère (toujours) qui parlait de son beau-père (mon arrière-grand-père) élégant à qui il  ne manquait jamais un bouton de guêtres. Je me souviens d’autres expressions :
    ♦ Traîner ses guêtres : flâner oisivement, errer misérablement.
    ♦ Laisser ses guêtres : mourir ou encore tirer ses guêtres : s’en aller. 
  • idiosyncrasie : en médecine, prédisposition particulière de l’organisme qui fait qu’un individu réagit d’une manière personnelle à l’influence des agents extérieurs. manière d’être particulière à chaque individu qui l’amène à avoir tel type de réaction, de comportement qui lui est propre. Synonyme ancien de anaphylaxie ou de allergie. C’est aussi en linguistique, un mot emprunté à l’anglais : tendance des sujets à organiser les règles générales de formation des mots d’une même langue de manière différente selon leurs dispositions intellectuelles ou affectives particulières(Mais c’est ça, bien sûr : Jupiter, le créateur de mots !)
  • ipséité : ce qui fait qu’une personne, par des caractères strictement individuels, est non réductible à une autre.; du latin ipse « [moi, toi, lui…] -même » ; unicité, c’est pareil en plus simple
  • irénisme ; qui apaise les querelles religieuses (sociales, économiques aussi ?).
  • irrédentisme : mouvement de revendication des nationalistes italiens apparu en 1877 et réclamant l’annexion des territoires considérés comme italiens et demeurés en la possession de nations étrangères, notamment l’Autriche-Hongrie. Par analogie : tout mouvement nationaliste se référant aux mêmes principes.
  • kwassa-kwassa :  nom comorien des canots de pêche rapides de 7 à 10 mètres de long pour 1 mètre de large, à fond plat et équipés aujourd’hui d’un ou deux moteur(s) utilisés pour le transport de passagers entre Anjouan et Mayotte. (Rappels : quatre îles : Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte forment l’archipel des Comores. Les trois premières forment l’Union des Comores, pays indépendant que de nombreux citoyens rêvent de quitter pour rejoindre Mayotte, aussi appelé Grande Terre, l’île la plus au sud-est qui après avoir été indépendante et collectivité territoriale d’outremer, est devenue un département français (référendum du 31 mars 2011 à Mayotte, qui a fait grincer les dents des Comoriens et encore plus celles des Réunionnais).
  • larcin : vol de peu d’importance, commis sans violence et sans effraction. Si cela ne concerne pas le Château et sa cour, ce n’est pas grave, ce n’est qu’un larcin, banalisons le vol, même si un proverbe dit « qui vole un œuf vole un boeuf ».
  • linéament : ensemble des lignes essentielles caractérisant l’aspect général d’un être, d’un objet (lignes de la main, mais oui). Au figuré, les lignes qui forment une esquisse ou une ébauche d’une œuvre (linéament : le rêve jupitérien ?).
  • logocratique : se dit d’un pouvoir qui repose sur une « parole » officielle, une vérité officielle constituée de phrases slogans et de discours prophétiques (d’où la nécessité d’intervenir dans les débats citoyens pour prêcher pour son gouvernement).
  • logorrhée ; bavardage intarissable et oiseux ; besoin irrésistible de parler, observé particulièrement dans les états d’excitation de certaines affections mentales. Autrement dit : diarrhée verbale.
  • palimpseste : manuscrit sur parchemin d’auteurs anciens que les copistes du Moyen Âge ont effacé pour le recouvrir d’un second texte.
  • parrêsia : le courage de tout dire au risque de fâcher (et de le payer cher) ; c’est la franchise mais pas un discours arrogant, il y a une grande différence.
  • rémanence : fait de se maintenir, de persister ; durée ou permanence de quelque chose (rémanence d’une superstition ; du pouvoir jupitérien ? ).
  • totipotent : latiniste jadis, je sais ce que veut dire omnipotent (qui peut tout), construit à partir de omnis (tout) et de potentia (puissance) mais pour totipotent construit à partir du latin totus, tout entier et potentia, j’imagine que c’est un synonyme d’omnipotent, et dans ce cas pourquoi ne pas utiliser omnipotent, connu de tous ou presque. Erreur, faute de langage ? Parce qu’en réalité, la totipotence est un terme de biologie : « se dit des cellules embryonnaires non encore différenciées ». Je persiste à penser que le mot omnipotent est beaucoup plus approprié à ce que veut dire Monsieur Macron. L’Etat ne peut pas tout, Manu non plus, il n’est pas omnipotent même s’il veut le croire.
  • truchement : interprète, traducteur qui sert d’intermédiaire entre deux personnes ne sachant pas la langue l’une de l’autre ou qui parle à la place d’une autre, qui exprime sa pensée, lui servant d’intermédiaire, de porte-parole.
  • Valétudinaire : qui a une santé chancelante, ceux qui passent par la case « pouvoir suprême » courent ce risque de se fatiguer avant l’âge.

Emmanuel Macron est créatif, il a utilisé deux fois, en parlant de la Syrie, un verbe qui n’existe pas  « impuissanter » qui vaut la bravitude de Ségolène

Pour tout vous dire, j’en ai assez de jouer l’interprète de la parole divine. C’est à Manu de se faire comprendre et à nous de lui dire qu’il doit nous parler et non se pavaner ; il faut lui rappeler que « Sur le plus haut trône du monde, on n’est jamais assis que sur son  cul ». (Montaigne)

Voilà encore ci-dessous des expressions et des phrases surprenantes, incompréhensibles dans les discours du président. Combien d’autres ? Est-ce que quelqu’un lui a fait la remarque ? L’intérêt du discours c’est d’être compris par l’autre.

II – Les expressions

  • in petto (à part soi ; dans son for intérieur)
  • Captatio benevolentiae (« recherche de la bienveillance [de l’auditoire] » : finie !)
  • ficher son billet
  • liste à la Prévert
  • poudre de perlinpimpin
  • « start up nation « 
  • Pacta sunt servanda.  (les accords doivent être respectés).

III – Les phrases surprenantes (ésotériques ou erronée)

  • J’ai un ethos de droite.
  • « la démocratie est le système le plus  bottom-up de la terre »
  • Si j’étais né avec une petite cuillère (je l’ai déjà relevée LÀ, clic)

Pour finir un tic de langage : « en même temps »… Voulait-il dire concomitamment ? De façon concomitante (qui se produit ou se présente en même temps qu’un autre fait considéré comme principal, ou qui lui succède immédiatement ; terme utilisé un jour par l’une de mes filles, en école d’ingénieurs et qui avait sidéré certains de ses camarades de classe qui ne connaissaient pas le mot). Monsieur Macron a expliqué son « en même temps » (qu’il ne va pas abandonner) qui « signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés.» Il veut donc résoudre les contradictions mais comment ?

Cet « en même temps » possède bien deux sens :

  • le premier exprime une similitude, employé comme synonyme de simultanément ou concomitamment (si vous préférez, je l’aime ce mot-là ),
  • le second, populaire, signifie « cependant », « toutefois », « en revanche » et marque donc  alors une opposition.

Manu utilise le deuxième sens, c’est sûr, alors n’est-ce pas plutôt que la résolution de problèmes, le signe d’un flou qui permettrait de faire croire qu’il va satisfaire tout le monde sans trancher vraiment. Président tiède ou dictateur en puissance ? Causez toujours !

Bon, que va être la suite ?

En même temps, c’est sûr, on ne peut pas plaire à tout le monde, ni déplaire à tout le monde, d’ailleurs. Manu se contente de plaire à quelques-uns qu’il gâtera au mépris de plus grand nombre.

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2 réflexions sur « Vocabulaire choisi »

  1. Le bonhomme et ses sbires me débectent tant, que leur seule vue me donne la nausée !
    Les mots anciens ne me sont pas étrangers
    J’ ai juste pensé à Boileau !
    Ce que l’ on conçoit bien s’ énonce clairement
    et les mots pour le dire arrivent aisément !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  2. Quel travail pour faire cet article !
    Bravo à toi et merci.
    Je ne connaissais pas certaines expressions que j’ai découvertes grâce à toi.
    Notre manu cherche à nous en mettre plein la vue mais il semble oublier que certains ont quand même une certaine culture et comprennent aisément tout ce qu’il dit, comme sa petite cuillère, abrégée !
    En tous cas, il ne m’épate pas du tout et si je n’emploie pas tous ces mots dans mon langage quotidien, c’est justement pour ne pas vouloir faire mon « intéressante » et me la péter plus haut que je n’ai le cul !
    Je lis souvent, sur des blogs, des explications qui emploient des mots « ampoulés » pour faire bien et ça m’énerve car si ce n’est que pour montrer sa culture et faire sentir son inculture à celui qui lit, ça ne sert à rien.
    La simplicité dans le langage reste le moyen le plus sûr de garder le contact avec ceux qui écoutent ou qui lisent.
    Sur « ceux » 😉 , je te souhaite un bon week end, avec la pluie et le vent.
    Y’en a marre !
    Quel drôle d’hiver …
    Bisoux, ma françoise ♥

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