L’euphémisme à la mode

L’euphémisme est un mot masculin, c’est surtout est une figure de style littéraire, une manière de pensée qui consiste à employer une expression adoucie pour évoquer une idée désagréable, triste ou brutale. L’antonyme de l’euphémisme est l’hyperbole (exagération ; expression marseillaise).

L’euphémisme est à la mode. N’avez-vous pas remarqué comme on entend souvent « un peu », « un petit peu » pour rendre moins violente une affirmation ? Les mots vrais semblent faire de plus en plus peur. Dans le Nouvel Obs du 22 novembre 2011, un article intitulé « Stupides et trop friqués ? Les footballeurs méritent un peu d’indulgence « , Edouard Cissé (un footballeur) déclare : «  je pense que les gens de ma profession méritent un peu d’indulgence, je ne comprends pas qu’on les enferme dans cette case, un peu trop facile. » Ecoutez bien et lisez attentivement. Pourquoi un peu ? Il faut dire franchement ce que l’on pense.

Pour adoucir une idée déplaisante, nous pouvons avoir recours à une litote ou une périphrase mais d’autres moyens existent : un mot pour un autre, le sens est le même mais ça ne se voit pas (Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir), c’est politiquement correct. Il n’y a plus de noir, encore moins de nègre, il y a un « black » qui remplace « homme de couleur ».

Pourquoi vouloir atténuer la réalité ? Pour la rendre plus douce ? Pour avoir moins peur ? Curieuse vision du monde !

Ainsi, on ne dit plus « Elle est morte » mais « elle nous a quittés », victime d' »une longue et cruelle maladie » pour dire un « cancer ». « On a alors remercié l’assistante de vie » signifie qu' »on a renvoyé la garde-malade. » (On n’oserait pas lui dire merci si elle avait aidé au départ). C’est ce goût de l’euphémisme qui fait appeler le sourd « mal entendant » (s’il est vraiment sourd, il n’entend pas mal, il n’entend rien du tout), l’aveugle devenu « non voyant » voit-il sa peine adoucie ?

Souffrira-t-on moins si une personne chère n’est pas morte mais :

«- a rejoint les étoiles » ;
«- a disparu» ;
–  » n’est plus » ;
– « s’est éteinte » (métaphore,  la vie est comparée à la flamme d’une bougie) ;
– « nous a quittés » ;
– « s’en est allé » ; (où ?)
– «est partie dans un autre monde » ; (meilleur ?)
– «est  passée de l’autre côté » ; ou « a passé l’arme à gauche » ;
– « a rejoint ses aïeux, ancêtres, etc.

La Mort devient alors « Camarde », « grande faucheuse »,« la voyageuse de nuit » (métaphore encore puisque la mort est comparée à l’obscurité de la nuit), qui entraine la disparition, le rappel à Dieu, la perte cruelle, le repos éternel et un séjour « boulevard des allongés » si vous n’êtes pas crématiste. Les derniers exemples ne sont pas très joyeux, rions un peu avec Anthony Kavanagh et l’hypocrisie québécoise.

« Balle perdue » pour désigner une erreur de tir (c’est aussi une synecdoque, puisque le tir est désigné par le projectile) ;
« Feu ami » (de l’anglais « friendly fire »), pour un tir blessant ou tuant ses propres troupes ;
« Solution finale » pour le génocide des Juifs selon le code des nazis ;
« Contrat » pour assassinat commandité.

Le recours à des néologismes latins ou grecs masque également des euphémismes de bienséance comme « phallus » pour « sexe masculin » ou des mots qui changent de sens, ainsi des verbes : « supprimer » pour « tuer », et des locutions verbales comme « chatouiller les côtes » pour « battre ».

C’est Geneviève qui m’a un peu inspiré cet article après avoir relevé des à-peu-près contrariants ; je la cite : « Il volait des prostituées avec un couteau à huîtres »…J’ai évidemment lu l’article dans lequel le journaliste racontait qu’un homme avait été arrêté au HAVRE, sur plaintes de 3 prostituées qu’il avait attaquées, « après affaires faites »… Lorsque le rendez-vous était terminé au domicile de la dame, il payait et récupérait beaucoup plus qu’il n’avait dépensé….après l’avoir menacée de son couteau à huîtres… »

On en arrivera par plaindre le pauvre homme qui n’était pas si lourdement armé. Et les p…. l’avaient bien cherché. On n’exerce pas le plus vieux métier du monde sans risque.  Vous ne me croyez pas ?

13 réflexions au sujet de « L’euphémisme à la mode »

  1. Et bien il y en a des euphémismes. Je n’en suis pas peu surpris et ce ne veut pas être un euphémisme de le dire. Pour parler « politiquement correct » on en abuse. Un exemple : le statut des femmes d’ouvrage s’est-il amélioré depuis qu’elles sont devenues « techniciennes de surface » ? Il est vrai que ça sonne bien.
    Je te souhaite de bonnes fêtes. Henri.

  2. bien vu chere Françoise, les euphémismes fleurissent partout ! non , attaquer des prostituées avec « un couteau à huitres », n’atténue rien son acte inqualifiable ! bonnes fêtes de fin d’année, bisous

  3. Bonjour Françoise,
    Je viens de piquer un « petit » mais non GRAND coup de colère sur mon blog, à l’instant
    à propos du foot justement et de Beckam qui arrive au PSG pour 800 000 € par mois !!! ce n’est pas un joli euphémisme ça ?
    Il y en a bien d’autres, par ex :
    – non voyant au lieu d’aveugle
    – mal entendant au lieu de sourd
    – de couleur au lieu de noir
    etc.
    On a peur d’affronter la réalité et de dire des mots justes, et les journalistes
    y sont pour beaucoup.
    su ce, je te laisse et t’embrasse.

  4. Merci de m’avoir citée ! Pour aujourd’hui, je n’ai pas le temps de lire votre article à fond ! je reviendrai !
    Bonne journée.

  5. Dire que j’éprouve un certain plaisir à venir tout le matin sur ton sur tout blog , ne serait donc qu’un doux euphémisme , vu le plaisir que j’en éprouve
    Sans toutes les figures de styles que serait la poésie , une banale prose rimée
    Notre société a tellement peur de la vérité qu’elle l’atténue tout, comme si les mots doux pouvaient édulcorés nos maux
    J’espère que les vacances de Noël se passent pour le mieux
    Douce journée
    Amicalement
    TIMILO

  6. Oui, vraiment très bien ton billet…..
    on a peur des mots qui disent trop bien la réalité….
    Amitiés
    Jean

  7. Il n’est pas toujours aisé de modérer nos propos, d’où l’utilisation d’euphémismes pour exprimer une vérité. Notre éducation, notre culture, notre relation à l’autre, font que, nous édulcorons nos dires, pour préserver, nos liens sociaux. Comment s’exprimer, faire comprendre à un patient en fin de vie, qu’il est condamné à mourir dans les jours voire les semaines à venir sans utiliser d’euphémismes ? Psychologiquement, prononcer une telle vérité, est une violence (et je ne parle pas du receveur). En utilisant des euphémismes, ne nous protégeons-nous pas en permettant de maintenir un lien satisfaisant ? A mon avis, seuls les jeunes enfants (< à 7ans), sont capables d'être francs, et sincères. Amicalement, Pimprenelle.

  8. Bonsoir Françoise
    je pense que dans le passé ces techniques d’expression étaient liées surtout au beau parler et à la belle écriture. Ajourd’hui ces mêmes techiniques cachent des visées politiques: il faut passer la brosse sur le dos des électeurs dans le sens du poil. De plus cela a envahi aussi le monde du travail et l’on voit ainsi sur les fiches de payes des metiers dont on a du mal a imaginer l’utilité, il en va ainsi du fameux technicien de surface. Certaine convention collective deviennent incomprehensibles pour un non initié.
    Dans le cas final que tu cites il suffisait de dire que le malfrat avait opéré en menaçant les filles avec une arme car franchement je ne vois pas trop la différence entre un trou dans le ventre fait avec un couteau à huitres et un trou dans le ventre fait avec un autre outil blessant!!!!
    Amicalement
    Antoine

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  11. Les euphemismes peuvent être mal perçus quand ils ne font que tenter de masquer une réalité pour mieux la faire digerer..Une assistante maternelle se verra ainsi plus valorisée (si elle ne réfléchit pas) que si on continue à l’appeler « nounou » (ce qui se fait d’ailleurs par les parents…)
    Mais dire à un patient qu’il va mourir est un peu trop cru, trop dur et c’est pourquoi on l’enrobe dans un manteau de fumée .
    Tout dépend de la manière dont on emploie les euphémismes..

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