Euphémismes

Dans notre monde qui se protège de tout, les euphémismes se multiplient, voilà une liste non exhaustive.

* Profitons encore quelques temps des « Pays en voie de développement », « pays du sud » ou « pays émergents » pour désigner les « pays sous-développés », en opposition aux « pays riches » de l’hémisphère nord. Ça ne va pas durer. On a déjà vu l’Asie, ses quatre Dragons et ses cinq bébés Tigres (la Thaïlande, la Malaisie l’Indonésie, les Philippines et le Vietnam).

* Essayons d’aider les nouveaux «SDF», sans domicile fixe… SDF, acronyme dans la terminologie policière et administrative, désignait auparavant : vagabond, mendiant, chemineau, clochard, clodo, cloche, pauvre hère, gueux, miséreux, poivrot, bohémien, romano, nomade… Maintenant le SDF est un sans abri, pas plus ; nous avons peur de la réalité gênante. Pourquoi ? Trop de pauvres ? Attention, il y a de plus en plus de SDF qui travaillent mais ne peuvent se payer un loyer. La barrière vers la grande pauvreté est de plus en plus fragile. Ça vous fait peur ? Moi, oui.

* «Le Troisième âge», «les seniors» remplacent les termes : vieillesse, vieux. Attention, on parle aussi de quatrième âge, comme il y a aussi le « quart monde » après qu’il y ait eu le tiers. Fichtre, nous moquons-nous du tiers comme du quart ? C’est ça l’égoïsme.

* Les défavorisés, les gens très modestes, ce sont les pauvres. Effrayants ? Sans doute. Ça leur est arrivé, pourquoi pas nous ? Défavorisés soit, mais modestes… Ça me rappelle les empoignades verbales avec certains de mes collègues enseignants qui écrivaient « médiocre » en commentaire d’une note de 5/20 (léger le commentaire !). Je persistais à dire que 5, c’est insuffisant et non médiocre. Médiocre, c’est « petite moyenne », un peu en dessous, 8 par exemple mais pas 5… Il ne faut traumatiser personne, donc on ne notera plus. Comment fera-t-on pour récompenser les brillants et les méritants ? Il n’est donc plus question du républicain « à chacun selon son mérite » mais « à tout le monde la même chose » (sauf bien entendu la nomenklatura).  Et vous acceptez en silence ? Moi j’ai du mal.

* Autre mot qui me dérange en ce moment : « Intégration » pour assimilation (volontaire ?) des populations allogènes (les « Indigènes » ?) aux autochtones. L’expression « assimilation forcée » a disparu, devenue taboue bien qu’ayant existé ; ce sont de mauvais souvenirs aux relents colonialistes en France métropolitaine, dans les colonies ou même encore dans les DOM. S’intégrer dans une population qui vous accueille, c’est faire quelques efforts et quelques sacrifices, accepter les traditions de celui qui est votre hôte et finir par vivre comme lui, au moins en société, chacun étant libre de faire ce qu’il veut dans ses murs, au sein de son foyer, à condition bien sûr de ne pas déranger les voisins. La liberté, c’est ça. La mienne s’arrête quand j’empiète sur la vôtre.

* Venons-en aussi au handicap (ça me fait penser aux courses de chevaux) pour « infirmité » ou « invalidité ». Le pape Jean-Paul II avait évoqué les « victimes de la vie » pour dire handicapés. Or les handicaps sont nombreux et pas toujours visibles. Être handicapé c’est être diminué pour certains tandis que d’autres sont augmentés, pardon enveloppés, forts, costauds pour ne pas dire qu’ils présentent une surcharge pondérale plus ou moins importante et sont quelquefois carrément obèses ce qui réduit aussi leur mobilité.

* Un domaine utilise beaucoup les euphémismes, celui de la guerre, des armées. Oui, la guerre, c’est pas beau alors on se cache.
– La pacification désigne une opération militaire (« si vis pacem, para bellum ») comme le ratissage, ou nettoyage (l’adversaire est considéré comme de la saleté, de la poussière ou du chiendent).
– La frappe chirurgicale  ou « frappe ciblée » est un bombardement propre et net (mais oui, bien sûr) qui peut causer des dommages collatéraux, la mort de civils ou des dégâts sur un pays voisin non belligérant.

Quels seront les dommages collatéraux de la guerre économique qui est bel et bien engagée depuis quelques mois ? Je me le demande. Pas vous ?

6 réflexions au sujet de « Euphémismes »

  1. Je suis comme toi, Françoise, je déteste ces expressions, cela fait mal à mon « français ». Je déteste par exemple aussi : « une guerre propre », comme si cela pouvait exister ! On est dans un monde de « faux-culs » et d’apparence, surtout ne creusons pas trop.
    J’espère que ton séjour se passe bien, à très bientôt de tes nouvelles.
    Bises.

  2. tu as raison chere Françoise, marre de ces euphémismes, « frappe chirurgicale », « dommages co-latéraux » , horribles !… et dans la guerre économique qui fait rage, ça risque de faire très mal ! aux pauvres du « quart monde » en particulier…bonne fin de semaine, bisous

  3. Même si on change la couleur des mots , ils ne rendent la vie Rose pour certains ,
    Les euphémismes ne sont en somme que de bien jolies formules pour nous voiler la vérité

    Douce journée ,Françoise
    Bisous
    TIMILO

  4. La langue française est ainsi … comme le lapsus est révélateur, l’euphémisme est trop souvent « doux »! Et pourtant …!
    Sinon le serveur de mon blog étant depuis un mois en cours de « modernisation », son accès est aléatoire. Persévérez pour me rendre visite.
    Bien cordialement.
    Jean-Michel

  5. Un point c’est tout 😉
    J’espère que tu passes d’agréables moments en famille.
    Je pense bien à toi.
    Plus que 2 jours…
    Bisousssssssssssss

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