Loi Blanquer

Après les grèves du jour, les enseignants malmenés par la police à Toulouse (et ailleurs, je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de suivre), je reviens à la loi Blanquer, celle qui met le feu aux poudres. Comme tous ses prédécesseurs, le ministre de l’Éducation Nationale veut laisser une réforme à son nom, une nouvelle qui a pour but d’achever de démolir l’école de la République, celle des Hussards Noirs qui voulaient des petits Français instruits. Aujourd’hui on préfère former des veaux, des abrutis, plus faciles à manipuler. Relisez rapidement « Le Meilleur des mondes » (en cliquant sur ces derniers mots, vous avez accès au texte intégral).

Si les enseignants du premier degré sont en grève aujourd’hui, c’est pour dénoncer le projet de loi Blanquer, en particulier un amendement : l’article 6 quater qui prévoit la création d’EPSF (établissements publics d’enseignement des savoirs fondamentaux), c’est-à-dire le regroupement des écoles primaires avec un collège de rattachement à l’initiative des collectivités territoriales et qui se ferait au détriment de la qualité et de la proximité.

Ce projet de loi a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale et sera discuté au Sénat en mai. Ce texte qui va modifier profondément l’organisation de l’école et la vie des communes rurales, a été adopté par 35 députés contre 7 sur 577 députés, seuls 45 étaient présents dont plusieurs ne se sont pas exprimés.

Je vous explique :

  • L’EPSF (établissement public des savoirs fondamentaux) est constitué des classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles du secteur de recrutement du collège.
  • Le regroupement des écoles dans un EPSF est décidé par le préfet et les collectivités locales après avis  de « l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation », par arrêté préfectoral. Il suffit que l’Etat et les collectivités locales le souhaitent pour que l’EPSF soit constitué.
  • L’avis des conseils d’école ou du conseil d’administration du collège n’a pas d’importance. Il n’est même pas nécessaire de le recueillir. (Bouclez-la, c’est dit.)

Attention acronymes dangereux : l’EPSF , c’est l’établissement public des savoirs fondamentaux mais aussi l’Établissement public de sécurité ferroviaire. Pour mettre enfin l’enseignement sur de bons rails ?

  • L’EPSF est dirigé par un principal de collège, seul chef de l’établissement. Ce principal exerce les fonctions de principal de collège et de directeur d’écoles. Il est le seul directeur d’écoles de l’établissement.
  • Il y a un ou plusieurs « chefs d’établissement adjoints » dont un dirige les professeurs des écoles. Ce directeur-adjoint en charge des professeurs des écoles ne peut pas être un directeur d’école ; c’est un chef d’établissement, un nouveau personnel de direction, reçu au concours de personnel de direction qui devra avoir été professeur des écoles dans une carrière antérieure (Ah la,la.. la hiérarchie compliquée et la multiplication des postes de non-enseignants ; c’est comme dans les hôpitaux où l’on manque de personnel soignant mais pas de directeurs.).
  • L’établissement est géré par un conseil d’administration comme n’importe quel EPLE. La composition du CA devra intégrer les représentants des enseignants du 1er degré mais pas de représentants des écoles qui n’existent plus comme unité administrative. On trouvera des représentants des communes, à côté de ceux du département.
  • Le conseil pédagogique, qui dans un collège aide le principal pour les questions d’organisation pédagogique, sera ouvert aux enseignants du 1er degré à raison d’un par niveau (pas un par école).

Que deviennent les directeurs d’école ? Le texte ne le dit pas car en fait ils n’ont aucune place dans l’EPSF car les écoles n’existent plus administrativement.

Attention : en regroupant administrativement les classes on économise beaucoup de postes. Si une école accueille actuellement 105 élèves et que le ratio fixé est d’un poste d’enseignant pour 25 élèves, l’école dispose de bons arguments pour obtenir non pas quatre mais cinq postes d’enseignants, ce qui permet un nombre moyen d’élèves par classe dans le primaire public actuellement de 23,6 élèves mais si on change d’échelle et que l’établissement pris en compte est plus important, on élève les seuils d’attribution de postes. Pour beaucoup de communes rurales, ce texte va entrainer la fermeture de l’école et contraindre les enfants (dès 3 ans) à de longs trajets en car pour rejoindre l’établissement central. Pour tous il aboutira à relever le nombre d’élèves par classe mais permettra à l’État de faire de substantielles économies. Qui va financer  les nouveaux établissements ? Les écoles étaient à la charge des mairies, les collèges du département, les lycées de la région.

La loi Blanquer est la seule loi sur l’Ecole qui ne traite pas de question pédagogique ou éducative. Les articles 6 quarter et quinter traitent de gestion, de propriétés, de chefs et sous-chefs mais à aucun moment des finalités de ces établissements ou de pédagogie. 

Autre point notable : à aucun moment le ministre ne s’est occupé de consulter les élus du personnel, les syndicats , le conseil supérieur de l’éducation et encore moins les parents. En clair, on se fout de leur avis qui n’a de doute façon aucune valeur.

L’école est un jouet dont dispose le ministre à sa guise. (Ou est-ce un grand projet gouvernemental ?  Dans quel but ?)

Par contre quand il faut payer ou participer à des actions nécessitant des bénévoles, là on pense aux parents. Seront-ils encore nombreux à se laisser prendre pour des cons ? Voilà comment on en arrive à vous dégoûter du bénévolat.

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2 réflexions sur « Loi Blanquer »

  1. c’ est comme le premier ministre et ses 80 km/h, on ne consulte personne, et on impose !
    Au départ blanquer paraissait plutôt intéressant par rapport aux insanités de bel kacem, mais c’ était trop beau, non seulement il veut laisser son empreinte, mais il le fait à la mode en marche !
    Un président élu par une minorité de français, puis une majorité absolue qui fait passer les lois qu’ elle veut, même quand il n’ y a presque personne à l’ assemblée !
    Franchement, la 5ème république ne vaut plus rien !
    Une chose cependant !
    Quel dommage que tous ceux qui ne sont pas satisfaits, n’ aient pas profité du mouvement des gilets jaunes pour contraindre la dictature de ce gouvernement
    Bientôt le bonimenteur pourra reparler des illettrés en France
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  2. chere Françoise, merci pour ces eclaircissements, je ne crains plus pour mes enfants ou mes petits enfants qui ont tous terminé leurs études, mais quel avenir nous prépare t on ? comme tu dis des veaux ou des abrutis !…aucunes consultations, le fait du Prince ! circulez il n’y a rien à voir ! on affole les populations en montant les violences « organisées » en epingles et en excusant celles des policiers, mais je crois que le reveil sera brutal, ça ne peut continuer ainsi …en attendant on subit ! bonne journee chere Françoise, bisous

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