Les Hussards noirs

Les Hussards noirs de la République sont les instituteurs publics de la III°ème République après le vote des lois scolaires dites «Loi Jules Ferry» qui fixent les règles du fonctionnement de l’instruction publique : laïque, gratuite, obligatoire. Attention l’instruction est obligatoire pas l’école (il y a eu des dérives depuis). Par ailleurs, la laïcité ne consiste pas à combattre les religions, elle empêche leur influence dans l’exercice du pouvoir politique et administratif.

Outre la volonté d’inculquer aux jeunes Français (tous les garçons et toutes les filles âgés de 6 ans révolus à 11 ans) un patriotisme fervent (qui manque aujourd’hui), Jules Ferry avait également comme ambition de freiner la progression des idées socialistes et anarchistes.  Il voulait que l’enseignement soit donné en français, diffusant ainsi à l’échelle nationale l’usage d’une même langue, ainsi tout enseignement dans les langues locales (breton, savoyard, auvergnat, créole, arabe ou kabyle puisque l’Algérie était française), qualifiées de patois, était interdit. Les lois Ferry ont eu pour conséquence une scolarisation quasi-complète et donc une alphabétisation et une «francisation» des enfants de toutes les provinces ou régions françaises. Si l’on veut un  pays uni, il faut s’en donner les moyens et cesser d’accepter les demandes de reconnaissance des particularités des uns ou des autres ; c’est un exercice difficile mais gérer un groupe n’a jamais été chose aisée.

Le nom de «hussards noirs» a été donné aux instituteurs par Charles Péguy.  quand il raconte ses souvenirs d’écolier en culotte courte, à l’école primaire, annexe de l’Ecole normale de garçons d’Orléans, école qu’il fréquenta de 1879 à 1885 et où venaient enseigner, en uniformes noirs, les élèves-maîtres en formation professionnelle : « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes, sévères, sanglés, sérieux et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. » Puis, décrivant leur uniforme noir à pantalon, gilet, longue redingote et casquette plate noirs, il précise que « cet uniforme civil était une sorte d’uniforme encore plus sévère, encore plus militaire, était un uniforme civique. » Pour lui, ces jeunes élèves-maîtres, âgés en fait de 17 à 20 ans, « étaient  vraiment les enfants de la République, […] ces nourrissons de la République, […] ces hussards noirs de la sévérité… », « cette École normale semblait un régiment inépuisable. Elle était comme un immense dépôt, gouvernemental, de jeunesse et de civisme. Le gouvernement de la République était chargé de nous fournir tant de sérieux […]. Ces instituteurs étaient sortis du peuple, fils d’ouvriers, mais surtout de paysans et de petits propriétaires […]. Ils restaient le même peuple… », des maîtres et maîtresses d’école pénétrés de la dignité de leur mission, dans un esprit de dévouement obscur, de sacrifices librement consentis dans le respect des hiérarchies et de l’ordre social, une véritable infanterie enseignante.

Les «hussards noirs» avaient reçu une véritable mission : instruire la population française. Ainsi, le jeune Charles Péguy, d’origine modeste, put bénéficier d’une solide instruction primaire de 1879 à 1885 puis d’une bourse lui permettant d’être admis au lycée d’Orléans à partir de 1885. Cependant leur statut de fonctionnaire, à partir de 1889,  les fit rentrer dans la catégorie des petits bourgeois (petite bourgeoisie d’État) : élite de la nouvelle république, autorité morale, civique et intellectuelle.

Elogieux ce surnom ou critique ? Une chose est certaine, le maître et la maîtresse d’école étaient respectés et faisaient partie des notables dans les villages avec le maire et le curé. Et comme pour tout, il y en avait des bons et des mauvais.

3 réflexions au sujet de « Les Hussards noirs »

  1. L’école de Jules Ferry n’existe plus depuis longtemps…
    Bon week-end
    Jean

  2. il me semble que de considérer le capharnaüm actuel de l’ enseignement, comme le pitoyable niveau de nos chérubins, donne la réponse !
    et ce n’ est pas l’ actuel gouvernement qui va améliorer la situation !

  3. L’école de la république a bien changé ! Les enfants respectent-ils encore leurs maîtres ou maîtresses ? Leur apprend-on à les respecter ? Il est vrai qu’ils sont tellement loin des « hussards noirs »…d’aspect s’entend …

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