Faire le zouave

N’avez-vous jamais entendu crier « Arrête de faire le zouave » ? Moi, je me souviens des institutrices ou des professeurs qui le disaient.

Faire le zouave signifie simplement faire l’idiot, l’imbécile, le fanfaron, le pitre. C’est être indiscipliné, faire des bêtises, prendre des risques inconsidérés, agir déraisonnablement ou  encore se livrer à des excentricités de tenue ainsi que faire le beau, l’important.

De la même manière que « faire le courageux » n’est pas synonyme d’être courageux, faire le zouave n’est pas être zouave, c’est au contraire contrefaire le zouave, le caricaturer, imiter son courage… faire croire à son courage, alors qu’on n’en a pas. On pourrait dire : faire le faraud, le fanfaron (ou même fanfaronner), se conduire comme Tartarin… ou comme un Matamore.

D’où vient cette expression « Faire le zouave » ?

A l’origine, les zouaves faisaient partie d’un corps d’armée mixte (corps d’infanterie légère de l’armée française), formé à Alger en 1830, composé en grande partie de Français, d’Algériens et d’Israélites d’Afrique du Nord. Ce régiment s’illustra notamment par des actions d’éclat lors de la guerre de Crimée (1854-1856). Ce corps était très dur, très discipliné, au point de faire des hommes qui y entraient, des abrutis, des idiots d’où l’origine de l’expression.

Le mot zouave vient du nom d’une tribu arabo-berbère « zwawa », anciennement « zwaghi ».

Voilà le costume des zouaves (document trouvé sur le site http://www.voyageurs-du-temps.fr)

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Les zouaves était remarqués pour leur uniforme assez compliqué et apparemment inconfortable. Les zouaves portaient un chéchia avec un gland coloré (généralement jaune, rouge, bleu ou vert) et un turban, une veste courte et ajustée sans boutons, une large ceinture de toile longue de trois mètres enroulée autour de la taille, des culottes bouffantes, des guêtres blanches et des jambières. La ceinture était l’élément le plus difficile à mettre, le zouave devant souvent appeler à l’aide un de ses compagnons.

L’uniforme zouave était cependant particulièrement adapté aux climats chauds et rudes de la montagne algérienne. Les culottes bouffantes permettaient une meilleure circulation de l’air que le pantalon, et la veste courte était plus fraîche que les longues chemises de laine de la plupart des armées contemporaines. Une des raisons du petit nombre d’unités de zouaves dans les armées de l’époque était le coût supplémentaire de cet uniforme si particulier, coût bien supérieur à celui des uniformes à la coupe simple et produits en grande série des autres unités.

Ce costume démarquait donc les zouaves bien malgré eux pour les transformer en rigolos et ridicules.

Ces jours-derniers, si le zouave est à l’honneur c’est à cause de celui du Pont de l’Alma et des paroles d’une chanson me reviennent :

Nous avons plutôt tendance
A prendre la vie tristement
Et dans bien des circonstances
On s’affole inutilement
Qu’elle que soit notre malchance
Dites-vous que ce n’est rien
Tout ça n’a pas d’importance
Car si on réfléchit bien

Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine
Ça vaut mieux que d’avaler de la mort aux rats
Ça vaut mieux que de sucer de la naphtaline
Ça vaut mieux que de faire le zouave au Pont de l’Alma

Les crues de la Seine et de ses affluents inquiètent les Parisiens et remettent sous les feux de l’actualité le célèbre soldat du Pont de l’Alma. Mais savez-vous qui a fait le zouave ?

C’est Georges Diebolt. Il sculpta deux des statues de soldats commandées pour rendre hommage à l’armée de la  Guerre de Crimée (1854-1855), le Zouave et le Grenadier, statues inaugurées en 1856. Ces œuvres monumentales ont été retirées lors de la réfection du pont en 1963 et réaffectées. Le Zouave de Diebolt a été réérigé près de la berge droite de la Seine sur pont de l’Alma modernisé et continue à servir de repère pour les crues du fleuve (mais il n’est plus à la même hauteur qu’auparavant, certains disent plus haut, d’autres disent plus bas mais il n’y a pas eu de réponse officielle). (Le Grenadier a été transféré à Dijon, ville natale de Georges Diebolt, installé en bordure du lac Kir en 1970).

Le fameux zouave du pont de l’Alma sert de repère à la montée des eaux, c’est un comble pour ce soldat qui servit sous les ordres du général Mac Mahon, oui celui-là même qui aurait dit « Que d’eau, que d’eau ! ».

Et pour terminer en chanson, voilà Octave, le zouave de Serge Reggiani :

 

 

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1 réflexion sur « Faire le zouave »

  1. arrête de faire le pitre ou le zouave, j’ y ai eu droit dans ma jeunesse, et il m’ arrive encore d’ utiliser l’ expression !
    Ce corps d’ infanterie montre à quel point on peut formater des hommes, jusqu’ à en faire des machines disciplinées !
    Merci à toi pour ces renseignements concernant ce fameux Zouave du pont de l’ Alma, et jolie trouvaille musicale !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

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