Latin et caetera

En songeant à Monsieur Cambadelis et ses faux diplômes (encore une drôle d’histoire de copinage), j’ai  pensé au latin, le latin qui n’est plus une matière scolaire appréciée ni enseignée comme jadis. Dire que j’en ai « fait » de la sixième à la terminale. J’ai vu la différence entre ce que je devais étudier et ce qu’ont appris mes enfants.

Le mot diplôme, emprunté au latin diploma, désigne à l’origine une « pièce officielle (primitivement pliée en deux et scellée) émanant d’une autorité souveraine, établissant un droit, un privilège » et au sens moderne du terme un « titre, grade émané d’une université, d’une faculté, d’une société savante, d’un corps, d’une école publique, etc., pour attester les connaissances et les aptitudes de quelqu’un » (Lexilogos).

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadelis, aurait usurpé une partie de ses diplômes avant de présenter sa thèse de troisième cycle de sociologie à Jussieu alors même qu’il n’avait pas les diplômes antérieurs requis. « En 1984, il n’a ni licence, ni maîtrise, ni, a fortiori, DEA », affirme le journaliste de Médiapart.  M. Cambadélis est parvenu à faire fabriquer un « faux » dans une université parisienne et à s’inscrire à l’université de Paris VII-Jussieu, en disposant « d’un allié dans la place », Pierre Fougeyrollas, résistant communiste, sociologue et anthropologue enseignant à Jussieu.

Quelle histoire ! Comment peut-on encore faire confiance à un parti politique qui ne fonctionne que par magouilles, mensonges et copinages ? J’y croyais avant, à la gauche (à celle des Leo Lagrange, Pierre Mendès France, le seul député à s’opposer jusqu’au bout à la participation française aux J.O. de Berlin en 1936…) mais ça c’était avant comme le dit la publicité (que je ne comprends pas vraiment).

Tiens, je préfère maintenant parler du latin (et du grec) à l’école une matière qui apportait beaucoup : du travail supplémentaire, certes mais surtout une gymnastique intellectuelle qui formait les esprits à la capacité d’analyse et de synthèse ; une connaissance approfondie de la langue maternelle sur le plan du vocabulaire et un aide précieuse à l’orthographe ; et si l’on en avait envie un accès direct à la lecture des textes fondements culturels de notre civilisation occidentale.

Maintenant au collège et même au lycée, on ne fait plus  grand-chose, en tout cas fort peu de latin. On « parle » de « civilisation », ce qui va des recettes de cuisine, aux tenues des dames romaines, aux us et coutumes des citoyens, à la lecture de la mythologie et des légendes, en français (des traductions déjà toutes faites). C’est bien mais ce n’est pas essentiel, et l’essentiel, c’est traduire soi-même un texte : des versions latines. On peut oublier le thème (je n’aimais pas ça) mais on on fait semblant de faire du latin si on ne traduit plus. Aujourd’hui, les textes proposés aux élèves sont remplis de notes de bas de page, à chaque phrase, quelquefois même à chaque mot. Un élève doté d’un peu de bon sens se rend vite compte qu’on veut lui faire croire qu’il a appris quelque chose mais qu’il n’en est rien : il n’a plus le sentiment de réussir, de progresser. Il sent bien que le latin, c’est de la poudre aux yeux.

Il suffirait d’ajouter quelques heures à l’enseignement du latin pour ceux qui ont fait ce choix (de l’effort et du savoir) mais la France est un drôle de pays où l’on préfère distribuer un peu de tout à chacun, autrement dit beaucoup de vent à tout le monde. On saupoudre les connaissances.

Les changements dans l’enseignement sont de plus en plus souvent des reculs. Il suffit de regarder de près cette réforme des rythmes scolaires faite à la va-vite cette année. Combien d’enfants ont simplement gagné des heures de liberté supplémentaires ? De la connaissance en moins.

Alors, bientôt ces expressions latines encore utilisées seront totalement incomprises :

Ad hoc : approprié
Ad patres : vers les ancêtres ( envoyer quelqu’un ad patres : le tuer ).
Ad vitam aeternam : pour toujours ( pour la vie éternelle ).
Alea jacta est : le sort en est jeté.
Alter ego : un autre moi-même.
Carpe diem : profite du jour présent.
Casus belli : cas de guerre ( un événement pouvant provoquer la guerre. )
Cogito ergo sum : je pense donc je suis.
De facto : de fait
De visu : pour l’avoir vu
Deo gratias : grâces à dieu.
Dura lex, sed lex : la loi est dure mais c’est la loi.
Errare humanum est : il est humain de se tromper.
Ex nihilo : à partir de rien
Fiat lux : que la lumière soit.
In fine : à la fin
In situ : sur le lieu même
Ipso facto : par le fait
Mea culpa : ma faute ( faire son mea culpa : avouer… )
Modus vivendi : manière de vivre. ( adopter un modus vivendi… )
Urbi et orbi : à la ville et au monde
Vox populi, vox dei : voix du peuple, voix de dieu.

Nous vivons une époque de paraître, de mensonges et d’enfumages. J’en ai repéré plus d’un « doctus cum libro«   (savant avec le livre ; avec ses notes ou son oreillette), qui se targue de diplômes honoris causa  (pour l’honneur, des diplômes conférés sans examen), or nous savons tous que Ex nihilo, nihil  : Rien ne vient de rien…

O tempora ! o mores !  : ô, temps ! ô, mœurs !

Il y a de quoi s’inquiéter et même pleurer.

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2 réflexions sur « Latin et caetera »

  1. Que valent les diplômes aujourd’ hui, plus grand chose, et si on ne réussit pas en France on va en Roumanie !
    Aujourd’ hui, c’ est  » asinus asinum fricat  » !
    Ma fille qui voulait être huissier m’ avait fait remarquer que les épreuves laissaient apparaitre les noms, et je ne connais pas beaucoup de fils de clercs ou de notaires, qui ratent leurs examens.
    c’ est fou ce qu’ il y a de diplômés en politique, et je crois que Taubira a aussi un peu  » inventé  » quelques diplômes !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  2. J’ai toujours regretté de ne pas avoir « fait » de latin, contrairement à mon frère ! (pas d’école « secondaire » de filles à JUVISY où j’habitais) . Mon frère m’en faisait faire un peu et…j’adorais ! Je regrette la « poudre aux yeux » actuelle qui trompe les jeunes et ne les rend pas plus instruits (ni intelligents !).
    Quant à nos dirigeants…sans commentaires !

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