Gentil

Je me souviens avoir écrit, il y a des années, sur un bulletin scolaire « Élève gentille. » Ce n’était pas méchant de ma part, ni gentil d’ailleurs, c’était l’expression de la réalité que je ressentais devant cette jeune femme aimable mais aux capacités intellectuelles limitées. Elle revenait sur les bancs du lycée, à vingt-sept ans (dix ans de plus que les autres élèves), par un mystère inexpliqué (ou presque). 

« La proviseuse », au moment du conseil de classe, m’avait fait une vive remarque à propos de cet adjectif dérangeant (gentille) que je n’ai pas effacé ni changé car il disait bien ce que je voulais dire : gentille mais pas au niveau. Le bulletin était lu par l’élève seule, elle était majeure depuis un moment déjà. (En disant la vérité, j’étais méchante ; c’était ce qu’on a voulu me faire comprendre. J’ai entendu.)

Dire de quelqu’un qu’il est gentil le fait bien souvent passer pour une personne trop naïve voire un peu bête. Je le sais car je suis foncièrement gentille, une gentille dont on a abusé et dont on abuse encore, et pourtant je n’ai pas vraiment envie de changer. De temps en temps, j’explique qu’il ne faut pas exagérer, qu’il y a des limites à tout, certains sont surpris que je réagisse « méchamment » bien sûr. Je viens d’en faire l’expérience récemment face à un artisan qui n’a pas compris où se situait la frontière entre la gentillesse et la stupidité. (Je vous raconterai une autre fois comment seule une lettre recommandée lui a permis de comprendre que je ne le laisserai pas me marcher sur les pieds plus longtemps).

Être gentil ne rend pas forcément heureux. La gentillesse semble même devenir de plus en plus un handicap. C’est dommage.

Dès la maternelle, les parents veulent que leurs enfants soient forts, compétitifs, en un mot, les meilleurs, pas des gentils mais des battants ! Des « warriors » ou des tueurs, diront même certains. Pour ce faire, douceur et altruisme sont bannis : « Tu vas te faire marcher sur les pieds !», « On va profiter de toi », « Défends-toi, bats-toi »… Ainsi les enfants ont tendance à se replier sur eux-mêmes, à perdre leur spontanéité à aller vers les autres, à cesser d’être naturellement gentils.

La gentillesse n’est plus la clé du bonheur et pourtant, nous en avons tous besoin de cette générosité, nous devons la diffuser et la recevoir de différentes manières : par la douceur des mots, le sourire et la caresse d’un regard, l’indulgence, l’attention aux autres, l’empathie, une attitude compréhensive et réconfortante, un geste tendre… Malheureusement la plupart du temps la gentillesse est souvent incomprise et considérée comme étant naïve, bête, ou fourbe, faible, malveillante, inutile, sournoise, intéressée…

Serions-nous devenus individualiste au point de ne plus être capables de diffuser autour de nous de la gentillesse ?

Etre gentil, c’est oublier que l’on dit souvent « trop bon, trop con », c’est dépasser les frontières de son ego, c’est devenir fort du bien que l’on fait et c’est, sans aucun doute, poser les pierres d’une société meilleure. Cependant un gentil tout seul ne peut pas grand chose et finira mal, on l’a déjà vu avec Jésus. Il faudrait lancer la mode de la gentillesse pour tous au quotidien.

Mais je rêve…Une fois de plus.

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4 réflexions sur « Gentil »

  1. coucou
    être trop gentil de notre temps ce n’est pas l’idéal nous vivons dans un monde de brutes ou c’est celui qui est le plus hargneux qui arrive a quelque chose hélas
    bonne soirée Françoise
    bisous
    Marcel

  2. on dit aussi gentil n’ a qu’ un oeil !
    Donc, il faut tout d’ abord comprendre si la gentillesse est réelle, ou une façade pour mieux endormir !
    Ce dont je me suis rendu compte, c’ est qu’ on abuse vite de la gentillesse, ce qui finit en trop bon, trop con.
    En ce qui me concerne, je ne regrette pas d’ avoir été souvent trop gentil, cela m’ aura au moins permis d’ être plus circonspect

  3. Mon collègue (et ami!) Alain m’a prêté un livre : Les mots sont des fenêtres (ou bien ils sont des murs) : introduction à la communication non violente
    Livre de Marshall Rosenberg.
    Il parle surtout de bienveillance et non de gentillesse.
    Je n’en suis qu’au second chapitre, mais en gros, si tout le monde était bienveillant, on serait plus heureux !
    Ca fait du bien de faire du bien aux autres !

  4. Ping : Journée de la gentillesse | FrancoiseGomarin.fr

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