Ostracisme

Il y a quelques jours je vous parlais de Bécassine, de son absence de bouche et j’évoquais vaguement l’identité bretonne mise à mal par Bécassine et revendiquée dans les années 1960-70 quand la mondialisation a commencé à devenir réalité. (Plus la mondialisation s’étend, plus les frontières s’ouvrent et plus les gens ont besoin de s’enraciner pour ne pas être emportés par le processus d’uniformisation.)

Aujourd’hui les revendications identitaires me font peur, elles sont liées le plus souvent à la religion et à l’origine ethnique, tout le monde semble avoir oublier que nous sommes les citoyens d’un même pays qui se voulait être celui de la liberté. Être une nation implique des règles et des symboles communs acceptés par tous les membres du groupe. Il faut un ciment, celui de l’école ou du service militaire. Pour en revenir  aux années 70, la revendication bretonne était politique ; les Bretons, comme les hippies rêvaient d’un mode de vie alternatif et de la reconnaissance de leur liberté, de leur identité. ÊtreBretons avant d’être Français. Cette période a vu l’essor sans précédent de la musique bretonne, à l’initiative d’Alan Stivell. Pourtant le chanteur et écrivain Milig Ar Skanv dit Glenmor fut le premier à réveiller la culture bretonne. Artiste engagé du nationalisme breton, Glenmor affirme fortement dans ses chansons l’identité et les spécificités bretonnes. Il ouvre la voie de la conscience bretonne et fut l’un des premiers chanteurs dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton.

D’innombrables musiciens et chanteurs lui emboîteront le pas, comme Gilles Servat, Tri Yann… C’est le début d’une véritable révolution culturelle qui passe par Pierre-Jakez Hélias et son livre «Le cheval d’orgueil». L’auteur raconte minutieusement comment on vivait dans une «paroisse bretonnante» de l’extrême ouest armoricain, dans la première moitié du XXe siècle. Il montre pourquoi les paysans passaient pour des êtres grossiers et il affirme qu’il y a eu des siècles de mépris culturel mais qu’il existait  une société qui vivait selon un code strictement établi, différent de celui de Paris, certes.

L’humble paysan Alain Le Goff, qui n’avait d’autre terre que celle qu’il emportait malgré lui aux semelles de ses sabots de bois,  disait à son petit-fils (devenu l’auteur P.-J. Hélias) : «Trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins «le Cheval d’Orgueil» aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie.» Il ajoutait : «Quand on est pauvre, mon fils, il faut avoir de l’honneur. Les riches n’en ont pas besoin.» L’honneur consiste à tenir et à faire respecter son rang, si humble soit-il. Au pays Bigouden, on ne redoute rien tant que la honte qu’on appelle « ar vez ».

Que de leçons jamais reçues ou alors parfaitement oubliées dans la France d’aujourd’hui. Multiculturelle disent certains. Aculturée sans aucun doute.

Le mépris culturel a fini par déclencher jacqueries et révoltes chez les paysans français d’antan. Le mépris actuel, à peine camouflé, envers le peuple français, laborieux, honnête et trop souvent soumis et silencieux déclenchera-t-il une révolution ? Ah si, un jour,  un «Cheval d’Orgueil» secouait très fort sa crinière!

Mais, et cela n’engage encore que moi, si tout était mis en œuvre pour nous faire taire le plus longtemps possible ? Pressurer le peuple par des impôts et des taxes, limiter les droits acquis au maximum et surtout appauvrir les savoirs en démolissant l’école de la République, celle qui offrait le savoir à tous et encourager les meilleurs. Les hussards noirs de la République, les instituteurs étaient sortis du peuple, fils d’ouvriers, mais surtout de paysans et de petits propriétaires […]. Ils restaient le même peuple… »

Pour aider la France à se sortir vivante et encore de la crise qu’elle traverse depuis 1974 et encore plus depuis le début des années 2000, il faut véritablement donner à chaque enfant sa chance.

Pour cela, il faut :
1 – donner à tous les jeunes une bonne formation de base (maitrise de la lecture, de l’écriture et du calcul), car elle est la clef de tout, quitte à refaire des classes de niveau. Personne ne peut nier qu’il est difficile de progresser quand la moitié des élèves d’une classe ne parle pas français ;
2 – assurer aux maîtres une bonne formation avant de les lâcher face aux élèves ;
3 – assurer à chacun des élèves une solide formation professionnelle en bâtissant l’enseignement technique comme une véritable «filière de réussite» et non comme une voie de garage,
4 – permettre véritablement à tous les élèves, indépendamment de leur origine sociale, d’aller au bout de leurs possibilités. Pas de discrimination envers les uns ou les autres. Égalité des chances. Pas d’ostracisme !

«Ce qui manque aux sociétés humaines pour aller de l’avant, c’est la confiance en elles-mêmes.» écrivait Pierre Jakez Hélias…

Ce que je constate malheureusement c’est que la démagogie règne. Les enfants de la classe moyenne ne pourront plus être instruits correctement (le vrai problème), les mal-lotis auront un os à ronger : des places réservées dans certaines filières et des diplômes sans valeur et les enfants de la « Nomenklatura » nationale (de droite ou de gauche) auront une place qu’ils soient instruits, capables ou non. N’est-ce pas la mise en application du « diviser pour mieux régner » ?

2 réflexions au sujet de « Ostracisme »

  1. j’ ai dans l’ idée que notre ministre de l’ éducation veut  » socialiser  » dès l’ enfance, en noyant l’ enseignement dans le multiculturalisme.
    on en est quand même à raccourcir l’ histoire de France, jusqu’ à supprimer De Gaulle.
    Par contre, on va tenter de supprimer père et mère pour les remplacer par parents !
    Triste époque.
    Si la France ne garde pas ses racines, elle se perdra irrémédiablement.
    bonne journée Françoise
    bisous

  2. Bonjour
    Suis bien d’accord avec ta conclusion…. pour moi c’est comme ça…
    Bon week-end, à lundi
    Jean

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