Le fossoyeur

A force de vous promener dans les cimetières de Saint-Paul ou de Saint-Pierre et de m’attarder sur certains de leurs occupants, voilà que je n’arrive plus à en sortir. Je pense maintenant au(x) fossoyeur(s). A dire vrai, je chantonne : Monsieur Marcel est fossoyeur

« Monsieur Marcel« , vous connaissez ? La chanson de Renan Luce, l’histoire du fossoyeur narcoleptique. Moi j’aime beaucoup. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Des questions  dans cette chanson, mine de rien ! Le problème de la narcolepsie, le remplacement des fossoyeurs par des machines, pioche contre pelleteuse (opposition artisanat-industrie) et les pouvoirs de certains personnages en vue, influents capables de ruiner la vie d’un homme pour leur bon plaisir

La mort et les cimetières, c’est la vie. (Ceci dit, je suis crématiste et je me dis que la terre est faite pour les vivants, pas pour les morts.) Les cimetières ne sont pas des lieux dangereux et la mort, on peut en parler sans peur, sans crainte et même en rire.

Je me souviens avoir vu, il y a bien longtemps, les premiers épisodes d’un feuilleton télévisé Six feet under (Six pieds sous terre) qui s’est arrêté très rapidement à la Réunion. Il est des sujets qui dérangent… mais ça, c’est une autre histoire.

Bref, je résume : il s’agissait d’une série résolument anticonformiste brisant plusieurs tabous. Le premier tabou, celui de la mort : l’action de la série se déroule dans une entreprise funéraire familiale, Fisher & Son, après la mort accidentelle du père, Nathaniel Fisher Senior. Ses deux fils héritent de l’entreprise basée à Los Angeles et l’existence de tout le reste de la famille bascule. Le deuxième tabou, l’homosexualité : un des fils est homo mais ce n’est pas le joyeux gay de service, il est indécis, mal dans sa peau, un peu angoissé. Si le contexte parait lugubre, sinistre, il s’agit en fait d’une série pleine d’humour… un peu noir il est vrai, mais réellement hilarante par moments. Je me demande d’ailleurs si, le jour où j’aurais plus de temps libre, je ne vais pas chercher les DVDs pour voir l’intégrale de ces fameux « Six feet under ».

Le filon mortuaire existe, je ne parle pas des assurances décès, obsèques, des services de pompes-funèbres, il y a un véritable marché plus ou moins… clair ; non, je pense à d’autres qui ont un sens de l’humour différent comme le catcheur « The Undertaker », (Undertaker signifie fossoyeur)  ou le dessinateur Marc Hardy et le scénariste Raoul Cauvin, créateurs de Pierre Tombal, personnage éponyme d’une série de bandes dessinées.

Me revient en mémoire une chanson de Boris Vian « les joyeux bouchers » ou la valse des fossoyeurs. Ecoutez bien les paroles si vous ne les connaissez pas. Intéressant.

Le sens de l’humour, parlons-en. On peut vous taxer d’en être dépourvu (ne pas savoir manier et/ou accepter l’humour, l’ironie), mais le sens de l’humour est variable, changeant selon les époques, les pays et les individus. Il me semble qu’aujourd’hui la vulgarité tente de passer pour de l’humour et j’avoue que je ne ris pas de ces histoires crues, grivoises, vulgaires. Ce n’est pas de l’humour à mes yeux.

Au sens strict, l’humour , forme d’esprit railleuse  attire l’attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité, c’est souvent une manière de faire rire de soi qui se distingue de lesprit, une manière de faire rire des autres.

Je me souviens que Beaumarchais avait écrit « Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » et d’une manière bien plus pessimiste, Nietzsche affirmait « L’homme souffre si profondément qu’il a dû inventer le  rire». Retour vers les cyniques.

Je dois vous avouer que j’ai un faible pour l’humour noir. Est-ce mon passage dans le milieu médical, une clinique, qui m’a influencée ? On rit pour se protéger.

L’humour noir consiste à évoquer avec détachement les choses les plus horribles ou les plus contraires à la morale en usage, il n’a pas de tabou. C’est le décalage entre le sujet dont on parle et la matière d’en parler qui fait sourire, rire et dérange. L’humour noir est empreint de fatalisme, pathétique par certains côtés ; forcément le rire qu’il provoque doit gêner, voire donner honte, faire hésiter celui qui rit entre sa réaction naturelle : le rire et sa réaction réfléchie : l’horreur ou le dégoût ; c’est potentiellement une arme de subversion.

On peut rire de bien des manières, heureusement, sans tomber dans la grossièreté et la vulgarité et l’on peut simplement sourire…

6 réflexions au sujet de « Le fossoyeur »

  1. c’ est vrai que le monde médical fait voir la vie, comme la mort sous un angle différent !
    je peux te dire qu’ il en va de même, pour les pompes funèbres et les marbreries.
    j’ entends encore un thanatopracteur, m’ expliquer le cocard qu’ il avait à l’ oeil !
    en voulant allonger le bras d’ un défunt qui s’obstinait à rester en l’ air; ce même bras s’ est détendu comme un ressort, le frappant à l’ oeil !
    bonne journée
    bisous

  2. Bonjour
    C’est vrai que la première fois que j’ai vu dans le cimetière une petite machine qui avait fait la tombe, dans laquelle nous apportions le cercueil, ça m’a fait un choc…
    C’est drôle n’est-ce pas…
    Sincèrement
    Jean

  3. Le rire a toujours engendré de grandes cultures. Grâce à Aristophane, la Grèce est devenue le paradis de la culture. Avec Plaute et Térence commence la culture latine. Que deviendrions-nous sans Rabelais et sans Molière ? Et l’Espagne sans Cervantès ? Sans rire, pas de pensée libre, sans rire, pas de pensée du tout. Je distingue l’ironie d’un coté, l’humour de l’autre. Parce que le rire est parfois libérateur, et parfois meurtrier. Et il est vrai que le rire ironique et critique me fait peur. En soulevant Socrate dans un panier, Aristophane a fait tout rire Athènes, mais Socrate en est mort devant les tribunaux. De même Voltaire s’est moqué du Dr Akakia, mais Maupertuis a sans doute mis fin à ses jours. Les journaux de la presse fascite ont, avant la guerre, peut-être que Geneviève s’en rappelle-t-elle, caricaturé Roger Salengro, le député socialiste de Lille, qui se suicida. De quel rire mourut Bérégovoy ? Mais revenons à l’humour doux. C’est d’abord s’en prendre à soi-même. S’en prendre légèrement à soi-même. Un livre qui m’a permis de pouffer de rire, est celui de Jean Teulé « le magasin des suicides ». A lire absolument cette chronique familiale, pendant ces prochaines fêtes. Bonne soirée. Amicalement, Pimprenelle.

  4. Douce nuit, des étoiles plein les yeux, des rêves en or, tout ce que tu veux et plus encore…
    J’espère que tu vas bien et que demain va être une belle journée remplie de gentillesse et de joie de vivre.
    Un oreiller de gros bisous pour bercer ton cœur Françoise.

  5. Ping : Bonnets rouges | FrancoiseGomarin.fr

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