Hommes célèbres de la Réunion (10) : La Buse

Je vous ai emmenés en promenade au cimetière marin de Saint-Paul où l’on peut voir des tombes de célébrités. Je vous avais présenté les deux poètes Eugène Dayot et Charles Leconte de Lisle mais il manquait le pirate «La Buse». Voilà, ce sera chose faite avec ce long portrait.

Olivier Levasseur dit « La Buse », surnommé ainsi en raison de sa rapidité à fondre sur sa proie  (ou encore « La Bouche ») est un boucanier qui écumait l’Océan Indien. Né le 11 février 1672 à Calais, il fut pendu le 7 juillet 1730 à Saint-Paul, sur l’île Bourbon (aujourd’hui île de La Réunion), pour ses crimes de piraterie. Tout à la fois personnage historique, figure folklorique de la Réunion et héros de fiction, La Buse, ainsi que son supposé trésor, font partie du patrimoine culturel de l’océan Indien.D’autres pseudonymes lui sont attribués : Louis Labous, La Bouse, La Bouche, et Louis de Boure.

Les origines d’Olivier Levasseur ne sont pas très claires. On a dit qu’il était originaire de Calais ou encore des Antilles françaises. En tout état de cause, la seule source d’époque que nous possédons sur le pirate nous vient de Charles Johnson (sans doute un pseudonyme de Daniel Defoe) qui l’évoque à plusieurs reprises dans son History of the Most Famous Pirates (Histoire des plus fameux pirates)  publiée à partir de 1720.

La Buse est fils de flibustier ; son père, qui possède un navire nommé «La Reine des Indes», lui enseigne les bases de la navigation.

A la fin des guerres en Europe, la flibuste est bannie des océans. L’Indian Queen  (la Reine des Indes) reste une longue période à quai, sans naviguer.

A la mort de son père Olivier reprend la mer, direction : les Caraïbes, il écume ensuite l’océan Indien. Il y aurait caché un trésor estimé à 4,5 milliards d’euros quelque part… à La Réunion ?

Revenons à son histoire.
En 1716, La Buse rencontre le pirate Benjamin Hornigold, ils aident Samuel Bellamy, dit Black Sam à entrer dans la piraterie. Ensemble, ils commencent à piller des navires marchands de toutes nationalités. Les trois pirates participent à la réunion de Providence, aux Bahamas, où les grands capitaines pirates des Antilles prennent, pour la plupart, la décision de fuir les Caraïbes, devenues trop dangereuses depuis que les différentes marines nationales y mènent des campagnes anti-pirates.

Il aurait ensuite croisé dans le Golfe de Guinée, en compagnie des pirates Thomas Cocklyn et Howell Davis et y aurait fait plusieurs prises mais un jour, faisant route vers les Seychelles, les choses se gâtent. La Buse est pris en chasse par deux vaisseaux de guerre, il ne peut que fuir, son navire finit sa course échoué à Mayotte, il perd la Reine des Indes. C’est là que le capitaine pirate Edward England l’aurait pris à son bord, et avec le capitaine John Taylor ; ils décident de s’associer pour une campagne dans la mer des Indes.

Au retour vers les Mascareignes, Taylor et La Buse auraient décidé d’abandonner, à l’île de France (île Maurice), England avec qui ils se sont fâchés.

Le capitaine John Taylor commande le Fantasy, l’ex-Cassandra pris de haute lutte aux Anglais, lors d’un combat à Anjouan ; le navire est armé de trente-huit (38) canons et compte deux-cent-quatre-vingt (280) hommes d’équipage.

Le capitaine Olivier Le Vasseur commande le Victorieux armé de trente-six (36) canons et deux-cents (200) hommes d’équipage.

La chance sourit à nos deux pirates ; la rade de Saint-Denis de l’île Bourbon est une proie facile avec ses quelques pièces de canons pour seule défense, c’est pourtant un carrefour maritime majeur de la route des Indes Orientales, un axe du commerce des épices et des matières précieuses. Ils doivent y aborder le 20 avril 1721, là, ils découvrent un navire en réparation, la Vierge du Cap (« Virgen de Cabo »), navire de huit-cents (800) tonneaux et de soixante-douze (72) canons, qui vient d’essuyer une tempête et se trouve contraint de relâcher pour réparer ses très importantes avaries : sa mature et son gouvernail sont endommagés, sa coque a souffert, il ne lui reste plus qu’une vingtaine de canons seulement, les autres, près d’une cinquantaine, sont passés par dessus bord pendant la tempête ou sont inutilisables.

Le navire transporte une très riche cargaison d’or, d’épices, d’étoffes, de bois précieux, des pierres fines, des bijoux d’or ou d’argent… ainsi que des passagers de marque : Luís Carlos Inácio Xavier de Meneses, comte d’Ericeira, vice-roi des Indes ainsi que Dom Sebastian de Andrado, archevêque de Goa.

Les deux pirates qui naviguent sous le pavillon britannique, viennent de repérer leur proie. Ils hissent le pavillon noir.

Prévenu et en proie à un sombre pressentiment, le comte d’Ericeira regagne en hâte la Vierge du Cap avec une demi-douzaine de compagnons. La foule se masse sur le Barachois de Saint-Denis tandis que les intrus se rapprochent.

Les pirates ouvrent le feu ; galvanisés par le comte d’Ericeira, les Portugais répliquent. Ce qui devait s’annoncer comme une victoire facile devient un combat acharné. Taylor décide d’en terminer et tente l’abordage ; les hommes du comte accueillent les assaillants à coups de mousquets, de pistolets, de haches et de sabres et les repoussent malgré leur supériorité numérique. Le Fantasy s’éloigne et les échanges de bordées reprennent. A bord de la Vierge du Cap, la situation est désespérée et les munitions viennent à manquer. La mort dans l’âme, le vice-roi doit admettre sa défaite et il fait amener son pavillon.

Les pirates découvrent alors le butin. Olivier Le Vasseur prend le commandement de la Vierge du Cap ; il descend à terre et déclare le comte Ericeira, vice-roi de Goa son prisonnier, il exige une rançon pour la libération du vice-Roi. Le gouverneur de Bourbon, refuse de payer. La Buse ayant en sa possession le trésor de la Vierge du Cap : rivières de diamants, bijoux, perles, barres d’or et d’argent, meubles, tissu, vases sacrés et cassettes de pierres précieuses, dont une croix incrustées de plus de dix kilogrammes de diamants, un trésor que les historiens estiment à quatre millions et demi d’euros, abandonne l’idée de la rançon. (On prétend qu’il s’agissait de la plus grosse prise de l’histoire de la piraterie océane.)

Depuis le port de Saint Denis, le Vice-roi assiste au départ de son vaisseau.  La Buse prend en remorque la Vierge du Cap, tandis que Taylor plus rapide, gagne la rade de Saint Paul. Olivier Levasseur rejoint Taylor quatre (4) jours plus tard.

Le 30 avril en fin de journée, le Victorieux et le Cassandra attaquent et prennent le Ville d’Ostende en rade de Saint-Paul. Après cette nouvelle prise, ils reprennent la route vers l’île Sainte Marie à Madagascar.

En décembre, John Taylor et Olivier Le Vasseur prennent et incendient le navire la Duchesse de Noailles, un vaisseau de ravitaillement des Mascareignes en vivres et  en esclaves. La colère du Gouverneur de Bourbon envers les pirates en est renforcée.

Les deux pirates se disputent ensuite et rompent l’association ; chacun des deux, avec son navire, fait route de son côté. La Buse et ses hommes se retirent dans la Baie d’Antongil sur la cote Est de Madagascar non loin de Sainte Marie. Taylor, préfère prendre la direction de Porto Bello (Panama) à bord du Cassandra où une promesse d’amnistie l’attend.

La Buse décide de s’installer à Madagascar. Le roi de France et le gouverneur de Bourbon offrent une amnistie aux pirates et flibustiers qui renonceraient à leur activité et qui s’installeraient à Bourbon. Il semble que La Buse réponde à cette proposition, mais pas totalement en n’allant pas à Bourbon, mais en restant à Sainte Marie, mais il ne commet plus d’actes de piraterie.

Le 23 septembre 1724, le conseil de Bourbon réitère la promesse d’amnistie aux pirates. L’équipage d’Olivier Le Vasseur accepte et se rend à Bourbon mais La Buse, flairant un piège, temporise avant d’accepter la Charte. Il ne restitue que les vases sacrés, mais ne peut se résoudre à rendre la totalité du butin de la Vierge du Cap, condition de la clémence. Le Vasseur reste donc à Madagascar.

Vers 1729, La Buse exerce le métier de pilote dans la baie d’Antongil, il offre ses services aux navires européens de passage. C’est ainsi qu’il monte à bord de « La Méduse », de la Compagnie des Indes, qui souhaitait entrer dans le port. Le capitaine Dhermitte, négrier notoire, commandant de bord, le reconnait et le fait prisonnier. Il semble que la capture du pirate était l’un de ses objectifs.

La Buse est conduit, les fers aux pieds, à l’île Bourbon pour y être jugé. Là, il refuse de parler au nouveau gouverneur. Le procès est rapide, il est condamné à être pendu et exécuté le 7 juillet 1730.

A l’issue de son procès,  il aurait lâché à ses gardiens : « avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île. »

La légende raconte que lorsqu’il était sous le gibet, la corde au cou, il aurait jeté un cryptogramme dans la foule en s’écriant : « Mon trésor à qui saura comprendre ! ». Qui ramassa le message secret ? 
Nul ne saurait le dire, mais depuis plus de deux siècles, l’océan Indien, des îles Seychelles à la pointe de Madagascar, est le centre de recherches incessantes et foisonne de documents à clés, de rébus et de signes gravés qui tous, selon la tradition, se rapportent aux prodigieux trésors de La Buse. Il est certain qu’il cacha son trésor…mais où ? On a avancé le nom de six îles : Maurice, La Réunion, Frégate, Mahé, Rodrigues, Sainte-Marie.

La plupart des écumeurs des mers cessèrent toute activité et devinrent d’assez paisibles citoyens en profitant de la Charte de clémence offerte par le roi de France. Leurs bateaux pourrirent dans les anses et la piraterie disparut.

Avant de terminer, je dois vous faire une REVELATION : ce n’est pas la tombe de La Buse que je vous ai montrée. Le corps de La Buse, après son exécution, a été exposé vingt-quatre (24) heures sur le bord de mer puis simplement jeté à la fosse commune. Il s’agit d’une tombe symbolique, La Buse n’y est pas enterré : ce cimetière a été créé en 1788, soit 58 ans après la mort du pirate.Historiquement, souvenez-vous, les suicidés et les condamnés à mort (et les comédiens) ne pouvaient pas être enterrés à l’intérieur des cimetières.

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3 réflexions au sujet de « Hommes célèbres de la Réunion (10) : La Buse »

  1. on ne devrait pas prendre plaisir à lire les exploits d’ un pirate, et pourtant cela ressemble tellement à une grande aventure, qu’ on ne peut s’ en empêcher !
    et puis, il y a ce fameux trésor !
    bonne journée
    bisous

  2. Bonsoir Françoise,

    Quelques notes de douceur pour te souhaiter un beau soir.
    J’espère que ta journée ne t’a pas trop fatiguée.
    Que tu vas prendre à cet instant, pour toi, un bon moment.
    Que bien au chaud tu vas rester, et pouvoir enfin rêver.

    Que s’en suive une belle nuit.

    Bisous doux.

  3. j’ai adoré lire ton article sur la buse que je connais très bien ( j’ai beaucoup lu sur lui )à bientôt

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