Bas clergé

Dans un de mes derniers billets, je me demandais pourquoi on disait  « comme la misère sur le bas clergé » et je me posais encore plus de questions sur les précisions apportées quelquefois « bas clergé espagnol » ou « bas clergé breton ». C’était véritablement une question que je me posais et que je vous posais. Comme Trublion attend une explication, je dois dire que je n’ai rien trouvé, je me contente donc de faire des suppositions.

J’accepte bien entendu toutes les idées explicatives que vous pouvez proposer.

En réfléchissant bien, une autre expression m’est revenue, ce n’était plus de misère mais de la vérole dont il était question : « Comme la vérole sur le bas clergé ». Là, c’est un peu différent : en effet, pourquoi le bas clergé espagnol ou breton aurait-il plus droit à son épidémie infamante que le bas clergé russe, suisse, parisien, auvergnat, alsacien ou provençal ? Pour la misère, je crois que partout, elle était la même.

« Comme la vérole sur la bas clergé », l’expression date certainement de la période révolutionnaire (1789) et son succès a duré ; sans doute a-t-elle été créée par des personnes peu bienveillantes envers les hommes de Dieu car elle met en évidence un anticléricalisme certain.

Le « bas clergé » désignait les prêtres et vicaires issus du peuple ou de la petite bourgeoisie et affectés aux paroisses urbaines et rurales sans gros revenus d’où la misère commune au bas clergé et à leurs ouailles. Était-ce une critique sociale supplémentaire ? Vu d’en haut, le bas clergé, proche du peuple, aurait les défauts du peuple forniquant comme des bêtes, à outrance, sans cesse et avec n’importe. Pourquoi préciser tout particulièrement en Espagne ou en Bretagne ? Les révolutionnaires avaient-ils des griefs particuliers contre les Espagnols et les Bretons ? Sans doute, ces « régions » étaient restées plus fidèles à l’Église, à la monarchie (de droit divin) et les membres du clergé étaient plus protégés, cachés par les gens du peuple, Je ne sais que dire de plus. Je n’ai rien trouvé de précis qui justifierait ces expressions.

Pour être plus exacte toutefois, des précisions s’imposent : contrairement aux moines, les prêtres ne font que vœu de célibat et non pas de chasteté. Seuls les moines font ce voeu-là : être chaste. Il faut noter que l’Église est contre les relations sexuelles hors mariage ; en théorie un prêtre devrait également pratiquer la chasteté puisqu’il est officiellement célibataire. Aucun membre du clergé (bas ou haut) ne devrait être le vecteur de maladies vénériennes.

Savez-vous aussi que, en 1789, le clergé régulier (vivant suivant des règles  strictes, contrairement aux religieux qui vivent dans le siècle, comme les prêtres, avec les laïcs) comptait un très grand nombre de personnes ? Il y avait environ 25 000 religieux et 40 000 religieuses répartis dans de très nombreux ordres de moines et de nonnes : certains se consacraient à la méditation et à la prière, d’autres à l’assistance aux malades, aux pauvres, aux enfants, d’autres encore à l’éducation (ma grand-mère se souvenait de l’école publique de Saint-Martin-la-Porte en Maurienne, dans laquelle sévissaient deux bonnes sœurs qui n’étaient pas tendres, sans doute même un peu sadiques).

En 1789, la crise des vocations se faisait sentir et dans beaucoup de couvents les religieux étaient peu nombreux et âgés. Les couvents servaient à caser des filles trop délurées, des filles-mères, des moches et difficiles à marier, ainsi que des fils sans titre et peu argentés. Le clergé régulier était bien riche mais le tiers de ses revenus était distribué à des commendataires (qui n’étaient même pas des religieux). Quelle époque ! Ce n’était pas mieux avant… en ces temps-là.

Que dire des années qui suivirent ?

Les révolutions sont des temps où le pauvre n’est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune et l’innocent de sa vie.

                                                    Joseph Joubert
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Désolée, trublion, de ne pas en savoir davantage sur l’origine de l’expression « comme la misère sur le bas clergé espagnol ou breton »
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2 réflexions au sujet de « Bas clergé »

  1. ça me fait penser à ces nobles qui avaient le choix entre la politique, le militaire ou la religion !
    et bien sur les nobles devenaient évêques ou cardinal !
    Quand on voit aujourd’ hui le mépris de la classe dirigeante pour le petit peuple , on peut faire le rapprochement avec le bas clergé !
    On sait que même les moines avaient parfois des relations sexuelles avec des religieuses, et que bien des bébés sont enterrés dans les jardins de couvent

  2. Pas grave, on ne saura pas épicétout …
    Merci pour ta recherche, quand même.
    Bisoux.

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