Tout va bien (1) : Enedis

“Il est minuit, braves gens, dormez en paix…” Au Moyen-Âge, des guets nocturnes, armés de hallebardes et de flambeaux, clamaient ces mots rassurants dans les rues désertes de nos villes d’antan. Aujourd’hui, nos cités sont équipées de caméras de vidéo surveillance. et leur œil noir scrute sans relâche nos déplacements. Oui, dans notre monde tout va bien. Tout va même de mieux en mieux disent certains. Et pourtant, j’ai envie de vous faire part des couacs possibles dans cette société loin d’être idyllique. Je commence par Enedis.

Enedis, qui était ERDF (pour Électricité Réseau Distribution France) jusqu’au 31 mai 2016 est une société anonyme filiale à 100 % d’EDF chargée de la gestion et de l’aménagement de 95 % du réseau de distribution d’électricité en France. Elle ne doit pas être confondue avec RTE qui est le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en haute tension supérieure à 50 kV (HTB).

Enedis a été créée le 1er janvier 2008, sous le nom d’ERDF, par la scission des activités de distribution d’électricité d’EDF avec les activités de production, de transport et de commercialisation de l’électricité.

Bref, on complique le système, on ajoute des couches au millefeuille pour augmenter les coûts donc les prix (et peut-être pour créer de l’activité et des emplois ; je vous l’ai déjà dit, au fond je suis une optimiste).

Donc Enedis gère le réseau de distribution d’électricité et vous prévient (quelquefois, pas toujours) des coupures : deux fois une demi-journée en moins d’une semaine. On peut l’accepter si c’est pour le bien commun mais il faut reconnaître que les coupures électriques compliquent la vie quand on est au tout électrique : je passe sur l’absence de télévision (qui n’est pas indispensable pendant une demi-journée) mais que dire de :

  • l’absence de téléphone puisque maintenant sans électricité nous n’avons plus de téléphone, ni d’internet,
  • l’impossibilité d’ouvrir ses volets, son garage, son portail,
  • l’impossibilité de préparer un quelconque repas
  • l’impossibilité de se chauffer, de laver son linge, de coudre, de repasser, et même de travailler parfois…
  • les « déréglages » des appareils électriques programmables.

Ce qui devient encore plus inacceptable c’est la légèreté avec laquelle Enedis traite les clients malgré les mails s’inquiétant de notre satisfaction. Je vous raconte. Voilà ce que j’ai reçu :

visuel_erdf

Bonjour,
Suite à la coupure d’électricité effectuée pour réaliser des travaux d’entretien du réseau à ………. nous souhaiterions recueillir votre satisfaction sur nos services. Votre avis est important, il nous permettra de nous améliorer.
Moins de 5 minutes vous seront nécessaires pour répondre à notre questionnaire :
DONNEZ VOTRE AVIS
Je vous remercie de votre participation et de votre confiance.

Cordialement,

Le chef d’agence de la Haute-Garonne

 

Ça commençait bien et j’étais contente de pouvoir répondre à Eneids mais le lien ne fonctionnait pas. Mes tentatives successives n’aboutissaient pas et les cinq minutes annoncées sont devenues un long quart d’heure. J’ai donc envoyé le mail suivant :

**********

Vous venez de m’adresser un questionnaire de satisfaction et pour vous répondre (en moins de 5minutes ???) il fallait cliquer sur un lien « DONNEZ VOTRE AVIS » qui ne fonctionne pas.

Comme je suis une bonne citoyenne, je vous fais part de cette information mais elle confirme l’opinion que j’avais de vos services puisque, à la fin de la deuxième coupure d’une demi-journée, en moins d’une semaine, ce lundi 22 mai 2017, plus d’une heure après l’heure prévue de retour de courant, rien ne fonctionnait.

Après avoir téléphoné à vos services, on m’a répondu que tout allait bien, que tout fonctionnait, que j’étais la seule à me plaindre alors que mes voisins, eux aussi sans électricité et de ce fait sans téléphone, étaient dans la même situation que moi.

Avez-vous des problèmes de communication ou vous moquez-vous de vos clients ?

*********

Voilà, tout va bien ! Personne ne vous écoute, vous avez le droit de vous taire, de payer et de vous taire. J’avoue que ça me contrarie. Si au moins je pouvais faire comme si tout allait bien.

Pour me réconforter et continuer ma mission d’instruction, j’ai conseillé à la préposée au téléphone (Quel est son titre ? Conseillère ? Écoutante ?) de lire pendant ses moments de loisirs « Ravage » de René Barjavel pour q’elle réfléchisse et prenne un peu peur.

Ravage est un roman paru en 1943. L’histoire : dans Paris, en l’an 2052, les avancées de la technique et de la science ont délivré l’homme de toute tâche physique ; la machine fait tout jusqu’au jour, au soir où l’électricité disparaît.

Alors que les véhicules se déplacent dans les airs, les robinets distribuent de l’eau et du lait, les écrans géants ont envahi les logements, les aïeux sont conservés à domicile dans des vitrines réfrigérées, une gigantesque panne d’électricité paralyse le monde. Rapidement, la vie devient compliquée et il faut même se battre pour rester en vie. Un jeune parisien, originaire de la campagne, décide de fuir la capitale pour survivre et construire un monde meilleur ; il rassemble quelques affaires et des provisions, regroupe ses amis et  Blanche, une jeune fille qu’il aime en silence depuis longtemps. Tous ensemble ils partent pour le sud dans un long et difficile voyage compte tenu des conditions météorologiques et des difficultés matérielles multiples. Arrivés à destination, ils fondent une « société nouvelle » basée sur le modèle patriarcal : François, le jeune à l’origine de l’exode, en est le chef. Il a instauré la polygamie pour permettre le  renouvellement des générations, il a interdit toute machine pour ne pas retomber dans les travers du monde qui vient de s’écrouler. Retour à la nature. Cependant à la fin du roman, un homme présente au groupe une machine qu’il vient de construire. Fou de rage, le patriarche fait détruire la machine et ordonne la mort de l’homme.

La fin est brutale, cruelle.

Pessimisme vis-à-vis du progrès scientifique ? Vis à vis des hommes ? Comment sauver une humanité qui cherche à se détruire ?

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4 réflexions au sujet de « Tout va bien (1) : Enedis »

  1. Ces entreprises sont des montres impersonnels avec tant de personnel qu’ on ne s’ y retrouve plus, et qu’ il devient impossible d’ avoir un rapport humain !
    Cela commence avec le robot qui est censé nous diriger selon notre demande !
    On imagine quel pouvoir ils détiennent !
    Imaginons que pour nous mettre au pas, le gouvernement leur ordonne de couper la fourniture !
    On a déjà vu ça avec la Cgt qui nous prenait en otage.
    On se rend compte aussi à quel point le modernisme nous rend esclave !
    IL fut un temps où on pouvait se passer de la  » fée  » électricité !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

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