Malheurs de femmes

Jusque dans les années 1970, le viol relevait du tabou, du silence. Les victimes étaient considérées comme étant plus ou moins consentantes et les violeurs, non pas comme des criminels mais comme de simples délinquants, en quelque sorte des voleurs de poules ; le viol n’était pas un crime mais un délit. Toutefois, durant l’été 1974 , une affaire « d’agression sexuelle en réunion » va changer le regard de la société. Malheureusement aujourd’hui encore rien n’est gagné, en France et encore moins dans le monde : les femmes violées l’ont, sans doute, bien cherché.

En août 1974, Anne Tonglet et Araceli Castellano, des touristes belges, homosexuelles, plantent leur tente dans une calanque de naturistes, à Marseille. Le lendemain, à l’aube, elles sont réveillées par trois hommes qui les tabassent et les violent cinq heures d’affilée. Grâce aux signalements fournis, les agresseurs sont vite interpellés. Les jeunes femmes portent plainte. Un véritable calvaire commence pour elles, un calvaire pour obtenir que les coupables soient jugés et punis.

Le dessin du jour de Nina Luec © Radio France / Nina LuecLe dessin du jour de Nina Luec

Me Gilbert Collard, tout jeune avocat, assurait alors (sans honte) la défense des prévenus. Gisèle Halimi prendra celle des jeunes femmes après que l’affaire ait été requalifiée en simples coups et blessures.

A l’ouverture de leur procès, quatre ans après les faits, le 2 mai 1978, les agresseurs d’Anne et d’Araceli se retrouvent face à une trentaine de journalistes. Le président du tribunal refuse d’entendre les témoins prestigieux amenés par GisèleHalimi (l’académicien Pierre Emmanuel, Arlette Laguiller, par exemple). À chacune de leurs sorties, l’avocate et son assistante sont insultées et les nombreux partisans des prévenus leur crachent dessus ; elle et les plaignantes sont « bousculées, injuriées, molestées » sans que les forces de l’ordre n’interviennent.

Les trois hommes, qui n’ont cessé de clamer leur innocence, sont finalement condamnés à six ans de prison pour l’un et à quatre pour les deux autres.

Il faut se souvenir qu’à cette époque (pas si lointaine) l’instruction d’un dossier de viol débutait par une enquête de moralité de la plaignante ; si elle avait eu, antérieurement au viol, des relations sexuelles, elle était soupçonnée de mentir et d’avoir été consentante.

Heureusement les choses ont changé petit-à-petit et en décembre 1980, une loi définit exactement le viol comme toute forme de pénétration et le criminalise.

Aujourd’hui, en France, 10 000 femmes portent chaque année plainte contre 1 500 en 1974. C’est un progrès sauf que ces plaintes ne représenteraient que 10 % des cas de viol. Il est toujours difficile aux victimes de viol  de parler comme l’aveu est aussi difficile aux femmes battues.

Ah la condition féminine !

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Selon un rapport d’Amnesty Interational publié en 2007, 50 000 à 90 000 femmes ont été violées en France en 1999 et, selon l’Observatoire national de la délinquance, entre 50 000 et 75 000 femmes en 2012 (soit 206 viols chaque jour en moyenne) et 198 000 tentatives de viols.

Quelques chiffres :

  • 90 % des violeurs ne présentent aucune pathologie mentale
  • 90 % des condamnés venant des classes populaires
  • 96 % des auteurs de viol sont de sexe masculin
  • 91 % des victimes sont de sexe féminin
  • 74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime ;
  • 25 % des viols sont commis par un membre de la famille ;
  • 57 % des viols sont commis sur des personnes mineures (filles et garçons) ;
  • 67 % des viols ont lieu au domicile (de la victime ou de l’agresseur) ;
  • 45 % des viols sont commis de jour.
  • les viols collectifs (qui incluent les « tournantes ») représentent 10 % du total.

En France comme partout dans le monde, le nombre de victimes est estimé et reste approximatif, les hommes et les femmes victimes révélant peu ces crimes.

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2 réflexions sur « Malheurs de femmes »

  1. on ne peut qu’ être satisfait de voir qu’ enfin le viol est considéré comme un crime, mais je pense qu’ il ne faut pas attendre des années avant le procès, et qu’ il faut accentuer les peines, d’ autant plus quand des mineures sont concernées !
    Quel monde !!!
    Bonne fin de semaine Françoise
    Bisous

  2. Tiens, tu as fait deux articles …
    Oui, il est toujours difficile de faire reconnaître un viol.
    Il semblerait qu’il faille en faire la preuve par une moralité à toute épreuve, mais je ne suis pas d’accord : même une prostituée peut être violée !!!
    Et même une femme, par son mari !
    Mais comment faire comprendre ça à des juges bornés qui se contentent de suivre des lois qui datent … du moyen-âge ou presque. Lolll
    Allez, bon week end, malgré tout, avec des bisoux !

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