En France en 1989

En 1989, le monde changeait : Tim Berners Lee (britannique anobli en 2004) proposait au CERN de développer le World Wide Web, une innovation qui allait révolutionner le monde. Dans le même temps, le bloc de l’est s’effondrait et la voie de la mondialisation allait s’ouvrir. Le monde changeait et en France on fêtait le Bicentenaire de la Révolution française et on inaugurait…

Oui, on inaugurait et on faisait la fête, pas que le 21 juin, jour de la fête de la musique dont la première édition a lieu le 21 juin 1982, officiellement déclarée le 21 juin 1983 mais chaque fois qu’on le pouvait. Nous étions riches en ce temps-là. Enfin, on le croyait mais nous vivions au dessus de nos moyens ; le montant des dépenses publiques ramené à la richesse nationale est passé d’environ 35 % au début des années 1960 à environ 50 % au début des années 1980, niveau qu’il dépasse depuis une vingtaine d’années.

Les dépenses sont dues en partie à la mauvaise gestion de l’administration par exemple les doublons qui existent entre l’Etat et les collectivités locales, doublons créés par la décentralisation de 1983 et ça continue encore et encore. Ce sont les gaspillages de postes dans la fonction publique, comme dans l’Education Nationale avec une administration pléthorique au Ministère, et dans les établissements où des filières sont créées pour assurer des débouchés… aux formations de l’enseignement supérieur mais pas aux élèves.

J’en reviens à la grosse fête de l’année 1989, le Bicentenaire. J’étais heureuse de fêter ça avec mes enfants et leurs petits copains, à La Réunion, dans l’après-midi, un thème aux réjouissances pour les petits : « bleu, blanc, rouge ». Ce fut une réussite. Il faudrait que je retrouve les photos. Ah que de souvenirs…

Le 14 juillet  1989, sur les Champs-Elysées, se déroule une immense parade intitulée « La Marseillaise ». Trois heures durant, préparé par Jean-Paul Goude avec la participation de Philippe Decouflé, ce défilé est suivi par un million de spectateurs massés le long de l’avenue et 800 millions de téléspectateurs à travers le monde. Je me souviens avoir vu quelques images.

Six-mille artistes et figurants mettent en scène douze tableaux vivants dont l’un représente des étudiants chinois, vélos à la main,  en mémoire des manifestations de la place Tien-An-Men qui ont eu lieu au début de la même année. D’autres tableaux, moins politiques, mettent en scène des valseuses géantes drapées de robes noires portant dans leurs bras des enfants du monde entier, un autre honorant les régions au travers de leurs chants et leurs orchestres. Une gigantesque locomotive en bois avec aux manettes un sosie de Jean Gabin roule sur les pavés parisiens, en hommage au film « La Bête Humaine » de Jean Renoir en 1938, comme si on désirait créer un nouveau mythe français : la solidité du peuple, peut-être, des hommes bien virils. Allez savoir !

Pour faire plus classe, sur la place de la Concorde, la cantatrice américaine Jessy Norman, vêtue d’une robe aux couleurs du drapeau français (et américain… et anglais et australien et même russe maintenant et d’autres encore), entonne notre hymne national.

François Mitterrand, le François Ier de la République, est fier et comme il a voulu laisser une trace de son passage, il a lancé de grands travaux. Il vient de décider la construction de la B.N.F.. (En juillet 1989, le projet architectural de Dominique Perrault est retenu, avec ses quatre tours  de 79 mètres chacune ; coût final 7,8 milliards de francs).

mais déjà en 1989 , François Mitterrand peut inaugurer :

le Grand Louvre :  l’aile Richelieu, qui abritait le ministère des Finances, lequel a été relogé dans un bâtiment neuf à Bercy (pas bon pour nos sous en feng-shui un bâtiment sur l’eau, les sous s’en vont) est revenue au musée. D’importants travaux ont été réalisés sous la direction de Ieoh Ming Pei (architecte américain d’origine chinoise)pour créer une nouvelle entrée en forme de pyramide vitrée.

la Grande Arche de la Défense conçue par l’architecte Johann Otto von Spreckelsen.

l’Opéra-Bastille.  Imaginé par l’architecte canadien d’origine uruguayenne, Carlos Pott, le bâtiment se caractérise par la transparence de ses façades et sa capacité d’accueil de 2700 places. Le coût total : 2,8 milliards de francs.

Dans cette même année1989, c’est la dissolution du PSU. En novembre, après des années de déclin et un score médiocre (2,09%) de son candidat aux présidentielles de 1988, le PSU est dissout.

Zinédine Zidane joue en Première division pour la première fois.

Débute l’affaire des «foulards islamiques»… Voir l’article de Wikipédia qui commence ainsi « À la mi-juin 1989, les médias français commencent à parler de filles qui portent « le Tchador à l’école». Dans Le Quotidien de Paris, Ghislaine Ottenheimer, en tant qu’« envoyée spéciale » à Épinal, relate le , une querelle entre des instituteurs et des parents d’élèves. « Les premiers, écrit-elle, au nom des principes laïcs, proscrivent le port du foulard traditionnel. Les seconds invoquent le droit d’afficher leur religion. » L’article est illustré par une photo de 4 enfants de 5 ou 6 ans (trois garçons et une fillette non voilée) d’origine étrangère ; la légende titre : « Tout le problème de l’intégration. ».« 

Cette affaire n’est toujours pas terminée vingt-cinq ans après.

Charbonnier n’est plus maître chez lui et comme la peur du gendarme n’existe plus (au moins pour certains), pouvons-nous croire que la sagesse arrivera ?

Beaucoup de questions en une seule.

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7 réflexions au sujet de « En France en 1989 »

  1. Les jours se suivent comme les années
    Pas grand chose de changé 🙁
    Le monde tourbillonne
    ça fait mal
    Bon vendredi @ toi

  2. c’ est bizarre, mais du bicentenaire, c’ est surtout jessie Norman qui me revient en mémoire !
    C’ est vrai que Mitterrand a voulu laisser son nom dans des projets coûteux, et, concernant l’ opéra, réservé à une élite.
    La droite avait compris qu’ il fallait réduire le nombre de fonctionnaires, hélas, la gauche qui y trouve son électorat en a remis une couche !
    Peut être que comme toutes les grandes civilisations sommes nous sur la pente de la disparition !
    Bonne journée Frznçoise
    bisous

  3. Je reviens
    OUI, Lapte est en Haute Loire en Auvergne
    La Cantal offre aussi de merveilleuses balades mais c’est vrai qu’il faut être née par là pour vraiment adhérer à ce côté sauvageon mais moi, j’aime beaucoup
    Pour ma part, moi, non , mes souvenirs ne sont pas toujours roses mais c’est de positiver et de garder le meilleurs qui permet d’apprécier les bonnes choses de la vie
    Je te souhaite une bonne journée

  4. Notre monde fonctionne à l’envers…
    Il ne marche pas à sa perte, il y court….
    Sincèrement
    Jean

  5. @ Jean

    Pour sûr, le monde court à sa perte, presque plus personne n’a le respect de soi et de l’autre, ni homme, ni bête, ni nature, rien. La notion d’amour du prochain disparait. L’égoïsme devient roi en même temps que le je-m’en-foutisme le plus absolu. Quelle tristesse !

    Il suffirait de si peu pour que tout aille mieux, appelons cette petite flamme Jésus, Dieu, morale, intelligence, je ne sais pas… ou plutôt je n’ai plus cette foi qui sauve de tout. Avoir la foi chrétienne et la vivre est sans doute une chance : « ne plus vivre pour nous-mêmes, mais pour Lui, et avec Lui pour les autres » a dit l’ex-pape Benoit XVI. Encore faut-il y parvenir à cette foi. Sans aucun doute, la science qui ouvre les yeux fait perdre la foi.

    Certains sont aveuglés par leur foi et retombent dans l’obscurantisme. Il existe au moins une religion monothéiste qui aveugle et bannit l’amour.

    Espérance, foi, amour : des mots oubliés au profit de jouissance immédiate, matérialisme, égoïsme. Il y a de longs débats possibles sur ce sujet set sur tant d’autres.

  6. @ Rose,
    C’est bien vrai que garder les meilleurs souvenirs en mémoire rend la vie plus douce. Pour cela, il n’y a pas d’efforts à faire, l’inconscient se charge d’effacer ce qui dérange, il y a des moments où, pfft, un souvenir triste passe, on l’aperçoit, il a été et il repart.
    Quand j’ai été malade, il y a sept ans de ça, mon cerveau a effacé des pans entiers de souvenirs, ce sont mes proches qui, en évoquant cesmauvais moments, les ont remis au jour. Je sais donc ce qui a été et je ne rumine pas ; ça a existé, c’est fini. Point.

  7. @ trublion
    Moi le peu de souvenirs que j’ai de ce défilé (que nous n’avons pas vu en direct à La Réunion), c’est ce qui était frappant, étonnant, ce côté un peu « grand Guignol » que j’ai retrouvé avec la cérémonie d’ouverture des J.O. d’Albertville de Philippe Decouflé. La mémoire est sélective.

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