La valeur de l’effort

« Sous les tropiques, la chaleur humide rend les gens paresseux, par conséquent le niveau de civilisation est resté faible longtemps ». C’est avec des idées pareilles que les iliens ont la réputation d’être paresseux, irresponsables. Ce n’est ni plus ni moins que du racisme. Il est vrai que la chaleur ne pousse pas à l’activité, il est vrai aussi qu’il est indispensable de se reposer aux heures chaudes mais les Réunionnais ont eu le goût de l’effort, certains de leurs dictons le prouvent.

Espèr trouve boudin kui dann vante koshon (Espérer trouver du boudin cuit dans le ventre du cochon) c’est-à-dire espérer trouver quelque chose tout prêt sans faire beaucoup d’efforts est un rêve irréalisable.

Ti asch i koup gro bwa (une petite hache coupe du gros bois). Avec de la persévérance on arrive à ses fins

Konte pa su bato mon frère pou sote la rivière (Ne compte pas sur le bateau de mon frère pour traverser la rivière). Il ne faut pas compter sur les autres pour avancer, pour faire son chemin.

Des tas d’autres idées reçues nuisent à l’image des « indigènes ». Une collègue arrivant à La Réunion avait désigné ainsi les élèves. « Je viens enseigner aux indigènes » m’avait-elle dit. J’avais bondi ; le terme peut-être adapté était visiblement péjoratif. Je lui ai répondu que j’étais mère de trois indigènes et que j’en connaissais quelques- autres. Ah, les idées reçues ont la vie dure. Croyait-elle aussi que :

les indigènes sont paresseux. Faux. Beaucoup de sociétés indigènes couvrent leurs besoins matériels en quelques heures de travail quotidien, le reste du temps étant consacré aux relations sociales et familiales. Ils connaissent bien leur milieu naturel, la faune et la flore, ils les exploitent dans les meilleures conditions, sans engrais et sans machines sophistiquées. Ils sont soucieux et surtout respectueux de leur environnement.

 – les indigènes sont sales. Faux. La plupart des habitants des tropiques sont d’une grande propreté, se baignant souvent plusieurs fois par jour, bien plus que certains « civilisés » ayant l’eau courante et le confort moderne. à domicile.

– les indigènes sont sexuellement dépravés et ignorants. Faux encore ! Tous les peuples indigènes éduquent leurs enfants par l’exemple, l’apprentissage des règles et des tâches ainsi que par les récits mythiques, les légendes diverses. Les enfants se familiarisent plus tôt avec la naissance, la maladie, la mort. Ils apprennent progressivement et dès leur plus jeune âge ce qu’ils doivent savoir et faire selon leur sexe. Si beaucoup de sociétés dites primitives ne connaissent pas l’écriture, la mémoire collective porte et transmet une grande richesse de savoirs grâce à la tradition orale.

C’est malheureusement une chose qui se perd : éduquer et transmettre son savoir à l’intérieur du groupe familial. L’école et la télévision ont pris le relais et le résultat fait un peu peur. Je crois qu’aujourd’hui dans le monde civilisé, tout se relâche ; les enseignants font de plus en plus de la garderie ou des « animations » qui ne transmettent plus rien que du verbiage, des lieux communs, des clichés ; ils n’encouragent ni la réflexion ni le sens critique. Qu’est devenue cette volonté d’instruire qui était celle de notre République ?

Marguerite Yourcenar se plaignait de la caissière du supermarché, incapable de rendre la monnaie sans la machine, et elle mettait cela sur le compte de l’école américaine. Nous avons fait mieux et de quoi trembler : à l’hôpital, combien de soignants ne peuvent pas calculer sans machine la dose d’une injection ? Ils n’ont pas idée de ce que peut être un ordre de grandeur et une erreur de deux ou trois zéros est possible, je me souviens d’une erreur de calcul qui fut fatale à une patient ; de la colchicine à trop forte dose et hop… dernier voyage.

 

 

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3 réflexions au sujet de « La valeur de l’effort »

  1. Ton article me fait penser à cette agence de travail du Nord de la France, qui avait remarqué que les patrons du sud, préféraient embaucher des gens du nord, plus motivés sans doute.
    J’ ai bien remarqué en Italie, que les rues ne commencent à être animées que tard dans l’ après midi.
    Quand il fait trop chaud, je n’ ai pas trop envie de travailler non plus !
    Je suppose donc, que les horaires diffèrent selon les pays.
    L’ assistanat est le mal du siècle, puisqu’ il encourage à la paresse intellectuelle.
    Et le modernisme, est certainement en partie à l’ origine du chômage.
    bonne journée Françoise
    bisous

  2. Bonjour Françoise, J’aime ces formules des Réunionnais…A relire ! là, je ne suis venue qu’en survolant votre texte, mais je reviendrai !
    Un peu de mal à me concentrer ces temps-ci…ma jambe agit sur mon cerveau !!! A bientôt.

  3. Bonjour
    Les Réunionnais que je connais vivent en France et ils sont bosseurs…
    Sincèrement
    Jean

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