Les 400 coups

Faire les quatre cents coups, en chiffres ou en lettres c’est une expression qui signifie s’amuser, profiter de la vie, mener une vie un peu désordonnée, s’amuser en faisant les fous ; c’est aussi le titre d’un film français de François Truffaut, sorti en 1959.

Premier film de ce cinéaste, Truffaut, et de la « Nouvelle Vague », son succès révèle le jeune réalisateur au grand public et l’acteur Jean-Pierre Léaud, alias Antoine Doinel.

Largement autobiographique, le film raconte l’enfance difficile d’Antoine, ses relations avec ses parents (une mère peu aimante et un beau-père futile), ses petits larcins qui lui vaudront d’être enfermé dans une maison de redressement où on le prive même de la visite de son ami René. Profitant d’une partie de football, Antoine s’évade. Poursuivi, il court à travers la campagne jusqu’à la mer. La spirale dans laquelle le jeune Antoine s’enfonce est décrite avec sensibilité. La constante bonne volonté maladroite du héros est évidente et touchante. C’est « Monsieur Pas d’bol », cet Antoine Doinel. Le spectateur s’identifie aisément à lui car le désarroi affectif de l’adolescent est de toutes les époques ; ressentir ce désarroi c’est rester jeune d’esprit.

Mais d’où vient cette expression « faire les 400 coups » qui a servi de titre au film ?

D’un mythe récent. Depuis presque quatre siècles, les trous dans la brique de l’église Saint-Jacques rappellent au passant une histoire tout aussi mouvementée que glorieuse : celle du siège de Montauban par Louis XIII, en août 1621…

Au début du XVIIe siècle, après l’assassinat d’Henri IV en 1610, la France catholique de Louis XIII se lance à l’assaut des parpaillots (protestants). L’Édit de Nantes, en 1598, avait permis à ces derniers d’obtenir un certain nombre de libertés comme la pratique du culte et des avantages politiques : assemblées, députés à la cour… Le jeune roi n’entend pas conserver cette situation qui brave son autorité ; l’armée royale est mobilisée pour faire face à la résistance huguenote. Les places fortes protestantes sont systématiquement assiégées. Montauban est l’une des villes qui subit les foudres des canons du Roi, comme La Rochelle ; la ville est même baptisée la petite Genève française. Entièrement huguenote, sa population d’environ 15 000 habitants compte 10 000 calvinistes. La vie sociale est très avancée, une bourgeoisie éclairée fait fructifier le commerce, la gestion de la ville est aux mains de consuls qui jouissent d’une grande autonomie. Le collège et l’académie de la ville recrutent des élèves dans toutes les provinces du royaume et à l’étranger. Montauban-la-protestante donne l’image d’une véritable république huguenote.

Louis XIII, après avoir soumis Agen, décide, le 10 août 1621, de mettre fin à la fronde montalbanaise. Le 17 août, le roi entame le siège de la ville qui ne cessera que quatre mois plus tard avec la victoire des Montalbanais. La légende veut que face à l’opiniâtreté des assiégés, les 25 000 hommes de l’armée de Louis XIII aient été mis en déroute à chaque assaut ; les pertes dramatiques pour Louis XIII, le roi aurait fait appel aux services d’un sorcier espagnol très connu qui aurait dit au Roi : « il faut faire peur aux habitants de la ville. Une grande peur qui les fera se rendre ». La chose entendue, le monarque aurait demandé à son artillerie de tirer simultanément quatre cents coups de canons. Dans un vacarme assourdissant, les quatre cents boulets auraient été projetés sur les murs de la cité. Le silence retombé, les assaillants, attendant la reddition, ne virent rien venir.

Dès lors, diverses interprétations sont données.

La version la plus répandue (pas forcément vraie) veut que les Montalbanais soient en train de faire la fête alors que les boulets royaux pleuvaient sur la cité ce qui aurait conduit à la création de l’expression.

La version la plus farfelue est celle qui affirme qu’après les quatre cents coups de canons, les Montalbanais, en panne de métal pour fondre les boulets nécessaires à leurs canons, utilisèrent du sucre pour pallier ce manque. Des centaines de boules noires sucrées auraient été fabriquées dans la nuit du 17 au 18 novembre 1621. L’empilement de ces boulets aux côtés des batteries montalbanaises aurait dépité Louis XIII à tel point qu’il décida de lever le siège.

C’est un fait que les Montalbanais ont pu résister avec un petit nombre d’hommes contre la pléthorique armée royale. Il est vrai aussi que le Ier Consul de la ville, Jacques Dupuy (1591-1621) avait pris soin de préparer la ville au siège en constituant d’imposantes réserves de vivres et durant tout le siège, les Montalbanais ne souffrirent à aucun moment de la faim. La légende a, sans doute, tiré son origine de cette aisance alimentaire qui put être aux yeux des assaillants une ville en fête et pourtant « faire la fête » n’est caractéristique des mœurs austères calvinistes, prônant plutôt l’ascétisme que l’hédonisme.

L’élément définitif qui met à mal le mythe, ce sont les «quatre cents coups de canon» qui ne purent être tirés simultanément. L’armée de Louis XIII n’eut jamais en sa possession 400 pièces de canon prêtes à tirer en même temps. Trois batteries dispersées étaient installées dans les quartiers de Montmurat, Villenouvelle et du Moustier, soit en tout et pour tout 38 canons : les 400 coups de canons sont invraisemblables même si durant toute la période du siège, on comptabilisa environ 20 000 boulets.

De l’Histoire en passant à l’anecdote « faire les 400 coups » est devenu synonyme de conduite rebelle et de réjouissances aussi.

Aujourd’hui les seuls boulets que l’on trouve en ville, sont les fameux « Boulets de Montauban » (une noisette grillée enrobée de chocolat noir et d’une fine couche de sucre) proposés par les pâtissiers et confiseurs. Ces bonbons célèbrent la vaillance des habitants de Montauban et leur goût pour les bonnes choses.

15 réflexions au sujet de « Les 400 coups »

  1. je l’ignorais;
    pour la couleur des vêtements, je pense que c’est lié au climat et aux paysages, être vus de loin et montrer sa gaité;
    bonne journée, Françoise;

  2. Dans toute histoire il y a toujours plusieurs versions. Certaines sont peu plausibles. Celle des boulets en sucre est la plus succulente.

  3. Bonjour Françoise
    désolé de te contredire, mais le mah-jong est plus simple que le go, ou les règles son un peu floue
    Je te souhaite un très bon mercredi
    Nos amitiés bises
    Qing&René

  4. Peut importe si au final on n’est sûrs de rien, moi j’ai adoré te lire et si j’aime l’Histoire, j’aime aussi les petites histoires ! Il me plaît aussi connaître l’origine des expressions qu’on utilise tous les jours !
    Très belle journée !
    Grosses bises
    Cathy

  5. je l’ignorais aussi, pour moi les 400 coups c’est faire de mauvais coups…..je serais moins bête en me couchant ce soir, merci et passe une bien agréable journée

  6. @ Henri et Golondrina
    Comme Golondrina, la gourmandise je connais bien alors les bonbons… ce qui fait de cette affaire sucrée ma version favorite aussi. Nous voilà au moins trois.

  7. @ moqueplet,
    Pour être sincère jusqu’au bout, j’ai longtemps pensé que faire les 400 coups c’était faire de mauvais coups et c’est en découvrant des explications différentes de mes « croyances » que je me suis dit qu’il était sans doute nécessaire de faire une mise au point. Je crois que bon nombre de personnes doivent avoir utilisé et compris l’expression comme nous l’avons fait.
    C’est comme ça qu’on se rend compte des difficultés de compréhension entre les individus : les mots n’ont pas la même valeur pour les uns et pour les autres. Nous pouvons nous en rendre compte chaque jour. Alors faut-il se taire ? Je ne crois pas car « de la discussion jaillit la lumière » ou plutôt « C’est au choc des idées que jaillit la lumière » écrivit Nicolas Boileau, au 17e siècle.

    Je m’éloigne un peu mais ceci démontre aussi que dans l’échange de mots et surtout d’idées, on en trouve de nouvelles pour les autres et pour soi-même ; nous sommes loin de l’idée d’écraser l’interlocuteur en admettant aucune contradiction mais que nous désirons un réel échange enrichissant pour tous les partis en présence.

  8. @ CathyRose,
    Contente de t’avoir fait plaisir en te racontant les petites histoires de l’Histoire. J’aime ça, tu l’as compris.

  9. @ René/pierre,
    Tu peux me contredire sur le jeu de go ou de mah-jong, c’est ton avis, j’ai donné le mien. Je peux jouer au go et je n’arrive pas à suivre une partie de mah-jong entre les tuiles (les fleurs, les bambous, les épées…) et les vents ; il faut être chinois pour tout connaître ou en avoir envie. Je préfère le face à face du jeu de go qui fait appel à la stratégie et à l’envie de gagner que je comprends mieux.

  10. …bonjour Françoise, en tant que gourmand, je me rallie forcement à la dernière version ! bonne journée et grosses bises

  11. @ Jeanine et René,
    Un gourmand de plus ! Merci pour l’aveu, René. Chic, nous voilà quatre à le reconnaître.

  12. j’ ai bien aimé lire ce bout d’ histoire relié à cette expression.
    Cela confirme la force des apparences !
    Le prétexte de la religion, et l’ apparence des boulets !
    bonne journée Françoise
    bisous

  13. Bonjour Françoise,
    Je ne connaissais pas les boulets de Montauban, mais gourmande que je suis, j’y goûterais volontiers.
    Bon mercredi
    Amitiés

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