Résistance indispensable

Je re-publie mon article du 11 mars 2011maintenant que j’ai un peu plus de lecteurs.

“La parole n’a pas été donnée à l’homme, il l’a prise. ” Louis Aragon

Une fois de plus, je prends la parole, je m’exprime. Tant que je peux le faire.

S’insurger ne signifie pas casser ou détruire mais manifester sa désapprobation, son indignation par le moyen que l’on juge bon. La désobéissance civile en est un.

La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation, un pouvoir jugé inique. Ce terme de désobéissance civile fut créé vers 1850 par un Américain, Henry David Thoreau dans son essai « Résistance au gouvernement civil », à la suite de son refus de payer un impôt destiné à financer la guerre contre le Mexique.

En Europe, même si le recours au concept de désobéissance civile a tardé à être formulé, l’idée de la résistance à une loi inique existe depuis longtemps, il suffit de penser à la Révolution Française, à Robespierre (qui a une mauvaise réputation, injustifiée à mon sens ; pour moi, il est « l’Incorruptible » de l’époque), et  plus près de nous, au Général De Gaulle. Quand il lança son appel, le 18 juin 1940, il ne faisait rien d’autre que s’insurger contre une décision du gouvernement, décision qu’il jugeait infâme, déshonorante.

« L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! …. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. » Extraits du discours du général, consultable dans son intégralité, sur internet à l’adresse suivante http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/1940-1944-la-seconde-guerre-mondiale/l-appel-du-18-juin/documents/l-appel-du-18-juin-1940.php

Aujourd’hui, nous devons nous révolter contre un ennemi plus insidieux puisqu’il est partout et que nous l’avons accepté sans rien dire, ni rien faire, que nous l’avons même aidé et encouragé, espérant ainsi gagner une place au soleil un peu plus confortable. Nous avons pensé «c’est le Progrès », mais cet ennemi que nous avons fini par repérer, c’est le capitalisme sauvage : faire du fric sur tout, pas n’importe comment, mais de manière radicale sur les opérations bancaires, boursières et commerciales. En fin de course, les très riches sont encore plus riches, les pauvres plus pauvres et les classes moyennes en voie de paupérisation. Devons-nous nous laisser faire ?

NON. Il faut nous révolter. « Indignez-vous ! a écrit Stéphane Hessel. (Il va falloir que je lise dès que possible cette brochure.) Indignons-nous, manifestons-nous, soyons des désobéissants.  Le concept de désobéissance civile s’est étendu notamment par les actions très médiatiques des « altermondialistes » ou par celles des mouvements écologistes ou anti-publicité. Certains ne voient dans ces actions que la dégradation de biens, d’autres un acte salutaire, visant à faire modifier la politique des autorités. Et nous qui ne sommes pas inscrits dans un parti, dans une association, que pouvons-nous faire pour être entendus ?

Je pense que, puisque le vote n’a que peu d’effet, il faut en arriver à la résistance fiscale. C’est un acte politique consistant à refuser de participer à la fiscalité de son pays au nom de valeurs morales.

Mon argent étant gaspillé par une bande d’irresponsables qui sont accrochés à leurs sièges comme des sangsues (je me retiens car d’autres images moins élégantes me viennent à l’esprit), je refuse de donner davantage d’euros à des élus qui vont les dépenser pour de la frime, de la poudre aux yeux (cocktails, voyages en première classe…).

Je suis à la fois gênée, car cette idée n’est pas neuve, et contente parce que, finalement, mon raisonnement n’est pas si tordu. Bien sûr, vous pouvez dire aussi qu’entre tordus, on se comprend. D’accord et vous, vous proposez quoi de constructif ?

Voilà un précédent dans cette idée de résistance fiscale : dans les années 1960, un groupe d’Américains (USA) a élaboré un prototype de loi qui permettrait aux objecteurs de conscience de payer leurs impôts à l’UNICEF au lieu du Trésor américain. Proposé depuis 1972 sous le nom de Peace Tax Fund, elle se nomme aujourd’hui Religious Freedom Peace Tax Fund Act .

Je crois que ce n’est pas le seul. Il me semble que Ghandi avait proposé la même chose pour lutter contre l’oppression britannique.

Et nous, aujourd’hui que pouvons-nous faire pour être entendus et comment ? Comment être des résistants fiscaux ?

1 – Nous pourrions verser notre argent (nos impôts) à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), qui est un « établissement financier public créé en 1816 pour gérer en toute sécurité des dépôts d’origine privée réclamant une protection particulière et les employer à des finalités sociales ou économiques d’intérêt public. »  Je m’explique, en cas de désaccord avec son propriétaire, le locataire n’a pas le droit de ne plus payer son loyer, mais il peut le verser à la CDC pour faire entendre ses doléances. Nous pourrions agir de la même façon. Notre argent n’étant pas utilisé comme nous le voulons, nous le « consignons » à la CDC . C’est toujours l’Etat qui encaisse mais ça met un peu la pagaille : transfert entre deux organismes publics. Tiens, ça pourrait être créateur d’emplois…

2 – Nous pourrions refuser de payer certains impôts (comme les impôts locaux, le pourcentage correspondant à la partie de l’impôt qui ne nous plait pas : défense par exemple, ou la journée de travail « gratuit » pour les personnes âgées) car l’utilisation de notre argent ne correspond pas à ce que nous sommes en droit d’attendre.

3 – Nous pourrions faire comme les plus nantis, de l’évasion fiscale en mettant de côté notre argent ailleurs que dans des banques françaises (encore faut-il pouvoir épargner !).

4 – Nous pourrions écrire des lettres de protestation avec notre déclaration de revenus, notre chèque de paiement. Personne ne lit les lettres et personne ne répond. Alors, bof…

La solution 1 me paraît la meilleure, mais qui serait d’accord avec moi pour entamer cette procédure ? Et comment s’y prendre ? J’attends des idées.

Je bous toute seule dans mon coin en regardant ce monde qui va de plus en plus mal. Que vais-je laisser à mes enfants et petits-enfants sinon le poids d’un endettement monstrueux de mon pays qu’il leur faudra rembourser ?

Comme je ne suis pas encore morte, je peux peut-être faire encore quelque chose.

Et comme disait Charles F. Kettering « Je m’intéresse à l’avenir parce que c’est là que je vais passer le reste de ma vie. »

14 réflexions au sujet de « Résistance indispensable »

  1. Comme tu y vas ! Je comprends ta colère, car elle est aussi la mienne. Mais, j’avoue ne pas me sentir assez courageux pour appliquer peronellement les mesures que tu préconises. Nous sommes sans doute, les uns et les autres, trop formatés, pour aller au bout des actions qui seraient souhaitables. Pourtant, en 68, je m’étais dit qu’il y a des choses que je n’accepterais plus jamais. A plus. Flo.

  2. Je passe rapidement juste avant que commence le match de l’équipe de France , et crois ,moi ,Françoise , ton article ne me laisse pas du tout indifférent
    Je m’occupe d’une association , pour aider des jeunes en détresse , je vois les dégâts sur ces oubliés là , je publie aujourd’hui , un poème sur eux ,
    Quand je pense à tous ces milliards qu’on dépense et que notre association a du mal à avoir quelques centimes
    Bonne journée

    Bisous
    timilo

  3. Bonjour Françoise,
    Je suis aussi révoltée que toi et moi aussi, je bous dans mon coin !
    Cependant, tant qu’on ne sera pas des milliers voire des millions à dire non, à se soulever contre ce monde absurde, on n’y arrivera pas. L’union fait la force et c’est vrai ! Nos jeunes dans l’ensemble se laissent faire, car ils sont complètement dépolitisés, ne connaissent pas l’histoire et ont peu de références. L’école a grandement participé à ce manque de savoir ! Il n’y a que la faim qui fait sortir le loup du bois et là aussi c’est vrai, tant que quelques subsides seront donnés aux plus démunis, ils ne bougeront pas. Si un jour, ils sont coupés, tu vas voir ! c’est pour cela que le gouvernement colmate, pour avoir la paix sociale.
    Quant à ceux qui travaillent, la plupart d’entre eux croulent sous les crédits et ont la trouille qu’on leur prenne le peu qu’ils ont !
    Dans l’ensemble, les gens sont lâches et préfèrent crever dans leur coin que de faire quelque chose, hélas !
    On peut en dire là-dessus, mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui !
    Bon samedi et gros bisous.

  4. Quel sujet de réflexion (s)…! Il s’agit de résistance. Comme beaucoup de personnes, je trouve qu’il faudrait « faire quelque chose »…Mais c’est ce quelque chose qui pose problème ! « Y a qu’à »….Tout est là. Les sommes que nous donnons à l’Etat et pour lesquelles nous nous privons souvent du nécessaire ou de l’indispensable, servent à qui et à quoi ?….
    L’Etat se sert et distribue sans compter, sans discernement souvent….
    Et moi aussi, je pose cette question : quoi faire ? Si possible, ne pas se laisser plumer…Mais nous n’avons plus de De Gaulle….

  5. c’ est un sujet compliqué !
    la résistance peut vite mener à l’ anarchie, et lorsqu’ on profite d’ aides qui profitent à tout le monde, il est difficile de ne pas participer à la redevance commune !
    De plus, tu le sais bien, l’ état possède des arguments dont l’ huissier est le plus anodin.
    Alors, lorsqu’ on constate que nos politiques se moquent des bulletins blancs et de l’ absentéisme, faisant semblant de croire que leur pourcentage de voix est celui de tous les français, je me dis que c’ est une erreur de voter à gauche comme à droite comme on le fait depuis des décennies.
    Pour une fois, votons pour un autre parti, ou refusons de voter, mais tous !
    et c’ est là que le bâts blesse, puisqu’ il est impossible d ‘obtenir l’ unanimité !
    bonne journée
    bisous

  6. Refusons de voter, mais tous !

    Bonjour trublion et merci pour la réponse.
    Bien voilà une proposition concrète. Refusons tous de voter. C’est vrai que l’unanimité ce n’est pas possible. Ce que je voudrais c’est que les gens arrivent enfin à réfléchir pour de vrai. Voilà pourquoi au début de mon blog, j’avais écrit beaucoup sur la révolte et la résistance.

    Comme le porte-monnaie est un élément important dans la vie des gens, je me dis que la résistance fiscale est un bon plan.
    Nous ne sommes pas d’accord avec les dépenses, refusons de payer pour celles-ci, celles avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord.
    Nous payons nos impôts mais à la caisse des dépôts. L’huissier ne peut rien. C’est la structure de la collecte qui est revue, puis celle des dépenses. Ce n’est pas l’anarchie, même si ça désorganise l’existant.
    L’idée a fonctionné aux Usa et en Inde.

    Comme tu le dis c’est un sujet long et compliqué.
    Mais comment accepter que des personnes âgées et des jeunes, Français ou ayant travaillé en France, n’aient pas de quoi vivre alors qu’on dépense pour des avantages et des indemnités d’élus plus ou moins irresponsables, et des cadeaux aux despotes, tyrans, et dictateurs, africains, malgaches ou d’ailleurs ? Sans compter les restrictions sur certains postes de dépenses, santé et éducation, mais pas au bon niveau : taper sur les profs qui sont face aux élèves, alors que des fonctionnaires au ministère (en nombre inconnu ou incalculable) sont payés à ne rien faire… critiquer les médecins urgentistes, les infirmières alors que les administratifs sont plus nombreux à la tête des hôpitaux, du Ministère, des commissions de santé, etc, avec les succès que l’on connait…

    Participer à la redevance commune comme tu le dis, soit, mais à chacun selon son mérite et ses revenus. Le problème c’est que l’Etat ponctionne un maximum sur la tranche intermédiaire des citoyens : ceux qui ne sont pas assez riches pour être des nantis et pas assez pauvres pour être aidés, ceux qui s’accrochent à des valeurs devenues désuètes : le travail, l’effort, l’honnêteté, l’honneur…

  7. Bonjour Françoise
    que dire sur quelque chose d’aussi compliqué! Je suis sur que à un moment ou un autre nous devrons arriver à une forme de résistance en France, mais aussi dans d’autres pays d’Europe, car la démocratie dans laquelle nous vivons a complétement été dévoyée de son sens originel.
    Je crois qu’une action de résistance individuelle n’a aucune chance de réussite et que s’il faut faire quelque chose cela doit se faire de manière coordonné au sein d’un mouvement de résistance qui affiche clairement son objectif et son indépendance par rapport aux partis actuels et au pouvoir.
    Nous avons déjà vu des tentatives avec des défenses de……… mais comme il y avait des buts politiques ou des visées personnelles cachés cela n’a rien donné.

    L’intérêt d’un mouvement est d’abord celui d’une force qui peut avoir un impact sur les opinions publiques. En 2nd lieu il peut avec le soutien et le concours de chacun trouver des bases juridiques pour soutenir la résistance, sans quoi l’état, avec la connivence de tous ceux qui profitent de sa manne, finira par écraser les résistants.
    Je pense que nous devons continuer à élargir le débat au plus grand nombre et entreprendre ensuite une action: et nous n’aurons aucun soutient ni de la presse ni de l’establishment en général.
    Bonne journée

  8. Le premier commentaire s’est affiché plus tard. Je l’ai reçu mais je l’ai supprimé : pas besoin de doublon, je n’en ai laissé qu’un seul.
    Merci Antonio.
    A bientôt.

  9. Proposition « idéologiquement » idéale mais « pratiquement » impossible à mettre en oeuvre , hélas …

  10. moi aussi je préfèrerais donner mes sous à l’UNICEF (déjà qu’on me les prends alors que je vis du RSA). Malheureusement dur dur de lutter contre l’administration française

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