Elections démocratiques

Est-il encore légitime de désigner les hommes d’Etat par le suffrage universel ?

Je ne me mêlerai ni des élections en Algérie, ni en Tunisie, ni au Maroc, ni en Lybie, ni en Côte d’Ivoire, ni à Madagascar… Chacun devrait essayer  de faire tourner correctement le système démocratique de son pays  avant d’aller voir chez le voisin. Je vais parler de ce qui se passe chez moi, en France.

Lors des élections, les citoyens sont de moins en moins nombreux à venir aux urnes. Qui se déplace ? Pourquoi certains seulement ? Pourquoi pas tous ? Pourquoi les Français râlent-ils pendant cinq ans et ne se rendent-ils pas aux urnes ?

Le système démocratique français actuel consiste à demander à la population en âge de voter (les plus de 18 ans), toute entière, de choisir. Est ensuite prise en compte la majorité des suffrages exprimés comme étant représentative des voeux de la population. Or, cette majorité ne représente plus rien.  Pour exemple, le référendum sur le quinquennat du 24 septembre 2000 a vu le plus fort taux d’abstention (69%) jamais enregistré. En chiffres,  population française totale : 58 796 000 ; inscrits sur les listes électorales  : 39 941 192 ; votants : 12 058 688 ; suffrages exprimés : 10 118 348 ;  ont répondu OUI : 7 4704 697 votants soit en pourcentage  : 18,54% des inscrits et  (le chiffre est bon, mais le calcul un peu tendancieux) : 12,59% de la population française. Que faire si un tout petit nombre de citoyens s’exprime ? Est-ce légitime de prendre une décision dans ces conditions ?

Une autre question se pose, celle des votes blancs. Ils ne sont jamais comptabilisés mais ils devraient l’être. Ils sont l’expression d’un désaccord fondamental. Lors de ce referendum qui avait drainé si peu de monde, 1 940 340 votes blancs soit le quart des OUI…

Où en est donc la démocratie en France aujourd’hui  ? N’est-elle plus que le moins mauvais système ? Juste le dernier rempart contre la dictature, la tyrannie ? Comment faire pour que la démocratie soit représentative, satisfaisante ? Que penser d’une décision prise avec l’accord de moins de 20%  et même moins de 15% de la population ?

Comment faire ensuite pour qu’un élu ne monopolise pas les pouvoirs  ? Comment faire pour qu’il ne décide pas  sans écouter les citoyens ?

Faudra-t-il rendre les votes obligatoires ? Un jour de semaine ? Pendant les heures de travail ?

Peut-être faudrait-il simplement commencer par trouver des candidats dans lesquels les Français pourraient se reconnaître et en qui ils pourraient avoir véritablement confiance. La difficulté commence là.

Plus la société est « évoluée », plus la parole est monopolisée par des petits groupes au profit de quelques-uns. Les partis et les hommes politiques sont suspendus aux sondages et, pendant les campagnes électorales, ils font des promesses  qu’ils ne tiendront jamais, simplement par pure démagogie. Flatter les uns et les autres, pauvres gogos qui n’auront rien en fin de course si ce n’est de belles paroles, des promesses, voire une photo dédicacée de leur champion. Ceci est très loin de la volonté générale du contrat social rêvé par Rousseau.  Le peuple est ridiculisé, on se moque de lui : l’intérêt particulier prend le pas sur l’intérêt général ; attention ! Si l’on reprend les mots de Robespierre « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple le plus sacré et le plus indispensable des devoirs . »

Attention, donc la révolte grommelle. Elle pourrait gronder. Il suffirait qu’une loi liberticide  supplémentaire  vienne bâillonner le peuple un peu plus (la goutte qui fait déborder le vase) et  que des démonstrations de force de la police interviennent dans un quartier calme habituellement, pour que les rues se transforment en terrains d’émeutes pour des bandes et des groupuscules extrémistes dont le seul but est de mettre en péril la démocratie elle-même.

Attention : la démocratie est fragile. Bon nombre de citoyens étrangers peuvent en témoigner aujourd’hui. Souvenez-vous aussi que les périodes d’insurrection sont souvent suivies de périodes de répression. Ainsi, en France, en mai 1795 (Prairial an III), un mouvement d’insurrection populaire se produisit : échec et répressions sanglantes, (Terreur blanche) puis le 5 octobre 1795, une rébellion royaliste fut matée par Bonaparte à coups de canon. A partir de cette date, le peuple n’aura plus la rue comme droit d’expression : muselé pour trente cinq ans jusqu’aux « Trois Glorieuses » en juillet 1830 ! Attention ! A qui laisse-t-on les rênes du pouvoir ? Les Français ont la mémoire courte.

Si donc, aujourd’hui, la majorité des votants n’est plus représentative  de l’ensemble des citoyens (qui ont le tort de ne pas voter et de ne pas s’impliquer davantage dans la vie de la « cité »), si notre système démocratique soumet le gouvernement  à l’opinion publique (un ensemble de plus en plus petit), si  ceux qui briguent le pouvoir sont, comme c’est le cas la plupart du temps, des gens incompétents dans les affaires de l’Etat, fils de ou parent de ou… Népotisme ! Quant aux énarques… fonctionnaires technocrates, mandarins de la bourgeoisie, citoyens déconnectés des réalités quotidiennes… Où allons-nous ? La démocratie est-elle en passe de devenir la dictature de l’incompétence ?

Je constate avec tristesse que les plus faibles sont toujours exploités par les plus forts : concurrence économique oblige. C’est sans compter aussi sur le machisme, favoritisme, racisme, sexisme,  dogmatisme, capitalisme, féodalisme, élitisme, esclavagisme, autoritarisme, égoïsme et crétinisme . « Isme » : suffixe pour un concept idéologique : vous pouvez donc fabriquer d’autres mots qui vous conviendront !

Qu’avons-nous en face ? Idéalisme ? Féminisme ? Héroïsme ? Fatalisme ? Des valeurs peu sûres ?

Notre problème essentiel, à nous, le peuple, c’est que nous avons perdu confiance  dans les hommes politiques, perdu confiance en la démocratie, et même en la justice. Nous voyons de plus en plus souvent que la loi est injuste et protège les plus forts. Attention une fois encore, les plus forts ne sont pas forcément les plus nantis. Les riches tirent bien leur épingle du jeu, c’est certain (cf Jean de Lafontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».), mais il y a des défavorisés dont la violence est une bonne arme de « persuasion ». Donc, si vous n’êtes ni un nanti, ni un violent, ni fils, frère, cousin de … vous êtes encouragés à vous taire.

Quand il n’y a plus véritablement de démocratie, quand nos  représentants élus se prennent pour des stars, deviennent des « Intouchables » (pas des parias mais des demi-dieux), il devient véritablement absurde de voter pour qui que ce soit. Il faut aller voter, voter blanc et se battre pour que le vote blanc soit comptabilisé.

La résistance aux dérives politiques pour arriver à la construction d’une véritable démocratie passe par la prise en compte des votes blancs (plus citoyens que l’abstention), la désobéissance civile, la résistance fiscale, la mise en place de groupes de citoyens motivés par le changement dans une révolution non-violente… moins d’élus, moins de structures coûteuses…

Vive la démocratie directe, participative et à taille humaine !

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