On n’est pas là pour se faire engueuler

Pour commencer la semaine en musique, allez au boulot et pensez que

On n’est pas là pour se faire engueuler

Cette chanson est interprétée par une femme (à l’origine, c’était Boris Vian en personne, Serge Reggiani l’a chantée aussi) d’où de légères modifications des paroles par rapport au texte original que je reproduis en fin d’article.

Donc où que vous soyez, souvenez-vous  « On n’est pas là pour se faire engueuler » et pourtant… Il y a des jours où il faut arriver à ne pas voir ou à ne pas entendre, mais il faut se faire entendre quand même car, en protestant quand il est encore temps, on peut finir par obtenir des ménagements !

Boris Vian a dû se  faire engueuler et surtout, en entendre de toutes les couleurs au moment du refus de ses oeuvres. Qui en 1947 a apprécié la poésie, le romantisme, la beauté de « L’écume des jours » ?

Comment pouvait-il espérer la publication des oeuvres suivantes ?

T dire qu’aujourd’hui, Boris Vian est considéré comme un véritable écrivain. Il est  même entré dans les écoles.

Il aurait pu se scléroser en entrant au collège et au lycée car ce qui se « scolarise  » devient  rasoir, barbant,  exercice de lecture contraignant… mais la magie Vian opère. Les mots vivent, les images poétiques fusent et l’hisoire d’amour qui finit mal passionne les adolescents. La majorité des jeunes en découvrant Boris Vian est surprise mais plonge facilement dans cet univers à la Lewis Caroll. Les images poétiques côtoient les moments de douleur, les néologismes abondent et les jeux de mots amplifient l’absurde, le cocasse d’un monde étrange dans lequel les tendres, les naïfs, les gentils croisent des profiteurs, des menteurs capables, quelquefois, de devenir meilleurs.

Vous avez compris que j’ai adoré ce roman et que je vais le rechercher dans mes cartons et sur mes étagères pour le relire une fois de plus. Si vous ne l’avez pas lu, lisez-le mais avant oubliez vos préjugés, il n’y a rien de semblable à « l’écume des jours ». Selon Raymond Queneau, c’est « le plus poignant des romans d’amour contemporains ». Moi je dis que c’est un peu loufoque mais tellement plein d’émotions.

On adore ou on déteste. Essayez pour vous faire votre propre opinion.

Si vous n’êtes pas de mon avis, je ne vous engueulerai pas.

————— On n’est pas là pour se faire engueuler

Paroles de Boris Vian

Un beau matin de juillet, le réveil
A sonné dès le lever du soleil
Et j’ai dit à ma poupée : « Faut te s’couer
C’est aujourd’hui qu’il passe »
On arrive sur le boulevard sans retard
Pour voir défiler le roi d’Zanzibar
Mais sur-le-champ on est r’foulé par les agents

Alors j’ai dit :

On n’est pas là pour se faire engueuler
On est là pour voir le défilé
On n’est pas là pour se faire piétiner
On est là pour voir le défilé
Si tout le monde était resté chez soi
Ça f’rait du tort à la République

Laissez-nous donc qu’on le regarde
Sinon plus tard quand la reine reviendra
Ma parole, nous on r’viendra pas

L’jour de la fête à Julot, mon poteau
Je l’ai invité dans un p’tit bistro
Où l’on sert un beaujolais vrai de vrai
Un nectar de première
On est sorti très à l’aise et voilà
Que j’ai eu l’idée de l’ram’ner chez moi
Mais j’ai compris devant l’rouleau à pâtisserie

Alors j’ai dit :

On n’est pas là pour se faire engueuler
On est venu pour faire une tite belote
On n’est pas là pour se faire assommer
On est là pour la fête à mon pote
Si tout le monde restait toujours tout seul
Ça serait d’une tristesse pas croyable

Ouvre ta porte et sors des verres
Ne t’obstine pas ou sans ça l’prochain coup
Ma parole, j’rentre plus du tout

Ma femme a cogné si dur cette fois-là
Qu’on a trépassé l’soir même et voilà
Qu’on se r’trouve au paradis vers minuit
Devant Monsieur Saint Pierre
Il y avait quelques élus qui rentraient
Mais sitôt que l’on s’approche du guichet
On est r’foulé et Saint Pierre se met à râler

Alors j’ai dit :

On n’est pas là pour se faire engueuler
On est v’nus essayer l’auréole
On n’est pas là pour se faire renvoyer
On est mort, il est temps qu’on rigole
Si vous jetez les ivrognes à la porte
Il doit pas vous rester beaucoup d’monde
Portez-vous bien, mais nous on s’barre
Et puis on est descendu chez Satan
Et là-bas c’était épatant !

C’qui prouve qu’en protestant quand il est encore temps
On peut finir par obtenir des ménagements !

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