Rhubarbe, etc.

Je viens de lire dans un magazine de jardinage un article sur la rhubarbe dans lequel on évoquait la consommation des feuilles comme légumes, en Grande-Bretagne au XIXe siècle mais on n’évoquait pas la toxicité de cette verdure. Si les pétioles (tiges) sont bonnes à manger, il n’en va pas de même des limbes (la partie verte), véritable poison. Puis j’ai pensé à cette expression « passez-moi la rhubarbe, je vous passerai le séné » que l’on trouve dans une chanson de Brassens que j’avais présentée LÀ.

C’est dans l’Amour Médecin de Molière, en 1665 (acte III, scène 1), que l’on trouve peut-être l’origine de l’expression dans cette réplique :

M. DES FONANDRÈS.- J’y consens. Qu’il me passe mon émétique pour la malade dont il s’agit, et je lui passerai tout ce qu’il voudra pour le premier malade dont il sera question.

L’émétique est un vomitif ; rhubarbe et séné sont des laxatifs ; tout cela sert donc à nettoyer l’intérieur. L’expression s’applique à deux personnes se faisant des concessions mutuelles, des complaisances intéressées (les deux médecins de Molière), autrement dit ce sont les « petits arrangements entre amis », ce qui se rapproche aussi des « renvois d’ascenseur », les arrangements entre politiques qui se casent, se recasent, casent leurs, enfants, leurs amis et je ne peux m’empêcher de penser à Alain Juppé et Edouard Philippe.

Quelques rappels :

Pendant sa scolarité à Sciences Po, Édouard Philippe a milité pendant deux ans pour le PS et pour Michel Rocard alors Premier ministre de François Mitterrand. Après l’éviction de Michel Rocard de la tête du PS, il a rendu sa carte du parti et s’est rapproché de la droite (un déçu de « Tonton » de plus). En 2002, il participe à la création de l’UMP au côté d’Alain Juppé et lorsqu’en 2004, son mentor est condamné à 18 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs du RPR, il rejoint le secteur privé ; trois ans plus tard, il intègre le cabinet de Monsieur Juppé, ministre de l’Ecologie de François Fillon sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Lorsqu’Alain Juppé laisse son portefeuille en 2008, Edouard Philippe rejoint de nouveau le privé et devient directeur des affaires publiques d’Areva. Constatez qu’il n’y a pas de chômage chez ces gens-là ; ils n’ont même pas à traverser la rue, on leur propose, à domicile, un emploi. En plus, ils savent slalomer.

Alain Juppé fut au coeur du scandale du financement occulte du RPR par des emplois fictifs de la ville de Paris. En 1999, il a été mis en examen pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux et prise illégale d’intérêts », faits commis en tant que secrétaire général du RPR et maire adjoint de Paris aux finances de 1983 à 1995, puis condamné, le 30 janvier 2004, à dix-huit mois de prison avec sursis et à une peine de dix ans d’inéligibilité. La cour d’appel a réduit la sanction à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité. Il a été certainement le bouc émissaire, le « fusible » de Jacques Chirac et payait les pots cassés à sa place. Cette condamnation a interrompu ses mandats de député de Gironde et de maire de Bordeaux mais il a été réélu dans la ville en 2006.

On ne peut nier que Monsieur Juppé, en qualité de maire, a très bien géré la ville de Bordeaux, il suffit de regarder le centre de la cité pour voir qu’elle est agréable, bien loin de ce qu’elle était du temps du long mandat de Jacques Chaban-Delmas, quand la ville dormait sous des pierres grises.

Aujourd’hui Monsieur Juppé (73 ans) est nommé au Conseil constitutionnel à la place de Lionel Jospin, pour 13 300 euros nets d’indemnités mensuelles pendant neuf (9) ans soit jusqu’à 82 ans, jolie rente. Il a choisi d’accepter ce poste et d’entrer en fonction début mars,  acceptant la proposition que lui a faite Richard Ferrand, le président (LREM) de l’Assemblée nationale. Au bord des larmes, il a fait ses adieux à Bordeaux, vivant ce départ comme un « crève-cœur » (il pouvait refuser si c’était si difficile de partir) mais ce qui me choque outre les grosses indemnités, c’est qu’il est nommé alors qu’il a été condamné.

Il est choquant de voir comment les condamnations sont réduites puis oubliées pour certains. Je pense surtout à Jérôme Cahuzac, condamné le 8 décembre 2016 à trois ans de prison ferme pour un compte caché à l’étranger et cinq ans d’inéligibilité puis à quatre ans de prison, dont deux avec sursis et à 300.000 euros d’amende. Si la seconde condamnation à la prison ferme dépasse celle de la première instance, elle doit permettre à Jérôme Cahuzac d’obtenir un aménagement de la partie ferme de la sentence. Le juge d’application des peines pourra dispenser l’intéressé dont le casier judiciaire est vierge, de l’incarcération, en échange de diverses obligations, comme, par exemple, le port d’un bracelet électronique.

Grande nouvelle : aujourd’hui, en février 2019, Monsieur Cahuzac n’est toujours pas allé en prison et n’ira jamais. « Les regrets manifestes du condamné », le fait que « le risque de récidive est écarté », « l’implication durable dans différents projets, notamment professionnels » et le fait qu’il ait payé l’amende de 300 000 euros à laquelle il avait également été condamné joue en sa faveur, il a assez souffert. Le pauvre ! On oublie qu’il traquait les fraudeurs à Bercy alors qu’il en était un lui-même (omettant sans doute aussi de traquer ses parents, alliés et copains divers). Quand Mediapart a révélé son forfait, il a nié, juré à la France entière qu’il n’avait jamais eu de compte à l’étranger. Quelle parole ! Quel honneur !

Comment voulez vous prendre au sérieux des élus semblables ? Dès lors qu’ils ont été condamnés, ils devraient être exclus de toutes responsabilités politiques.

Pourquoi la justice n’est-elle pas aussi clémente avec les Gilets Jaunes ? Ceux dont on est sûr qu’ils ont commis des violences doivent être punis, mais combien ont été ou sont victimes de l’arbitraire ?

Et pourquoi parle-t-on du Gilet Jaune boxeur ?  Il est où le gilet jaune ? Il est en noir.

Remarquez en outre qu’il n’est ni masqué, ni cagoulé et pas armé non plus.  D’accord, la violence ce n’est pas la solution mais il dit avoir voulu venger une femme bousculée par la police (pourquoi pas ?). Je ne cautionne pas les coups mais pas plus d’un côté que de l’autre je constate que les peines varient selon  leurs auteurs.

"Gilets jaunes": deux ans ferme requis contre le "boxeur" Christophe Dettinger

Retenez bien que « Alexandre » Benalla qui a frappé des civils le Premier mai, en portant indûment un brassard de police, est dehors et se balade (loin même avec des passeports diplomatiques). Quid de Vincent Crase mis en examen pour « violences en réunion », « immixtion dans l’exercice d’une fonction publique » et « port prohibé d’arme ». Que sait-on sur cet ancien réserviste de la gendarmerie ? Pourquoi n’y a-t-il pas de suites rapides dans ces affaires ? Pourquoi deux poids, deux mesures ?

Je ne suis pas seule à être dégoûtée de cette justice injuste. Tu parles de Liberté, Égalité, Fraternité. Je n’arrive plus à y croire et j’en pleure.

Et dire qu’au début de mon billet, je vous parlais de la rhubarbe…

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3 réflexions sur « Rhubarbe, etc. »

  1. ah oui la rhubarbe ! c’est tres bon la rhubarbe! et beaucoup plus agreable que d’evoquer Juppe, ou Cahuzac, à quand l’election de ce dernier au Conseil constitutionnel ! et pourquoi pas Benala il n’est pas condamné lui ! (blanc comme neige ce monsieur se balade au Maroc en ce moment!) je condamne comme toi la violence, mais je vais finir par excuser ce boxeur, devant tant d’injustices … merci pour tes eclaircissements au sujet de Philippe, je ne savais pas qu’il avait été socialiste !!! les bras ne m’en tombent pas, mais presque !! j’espère que tu vas bien, ainsi que les tiens (ça c’est plus important!), bonne fin de semaine chère Françoise, bisous

  2. Comme tu dis, il n’ y a pas de chômage chez les politiques qui n’ ont ni morale ni amour propre, passant de la gauche à la droite !
    Il faut dire qu’ en fait c’ est la même chose !
    Franchement, ce conseil, c’ est comme le parlement européen, un refuge pour ceux dont on ne veut plus !
    IL me semble qu’ à 74 ans il serait temps qu’ il prenne sa retraite, après tout , il ne profitera pas du cumul, mais sa veuve si, puisque pour ces femmes de, on touche toute la retraite sans la moindre ponction !
    Je mélange à mon purin d’ orties, de la prêle, de la consoude, et des feuilles de rhubarbe !

  3. Incroyable, en effet, tout ça !
    Quand je vois juppé chialer en faisant son discours d’adieu, ça me donne la gerbe …
    Tous des ripoux et, plus ils trainent de casseroles, plus ils sont récompensés.
    On en viendrait à avoir honte d’être honnête ! Pffff

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