Pléonasme (1)

Je vous ai déjà fait part de mes petites contrariétés en matière de langage. Entre les hiatus, les pataquès, les barbarismes et les pléonasmes, de plus en plus nombreux, nos oreilles et notre « entendement » souffrent. Il y a une contradiction étonnante entre les ajouts récurrents de « un peu » (parce que les affirmations font peur) et les pléonasmes  insistant sur une idée. Je viens d’entendre ce matin un « stagner sur place » à la météo, à propos des nuages.

Je vous rappelle que le verbe stagner, quand le sujet désigne un fluide liquide ou gazeux, signifie rester à la même place en nappe immobile. Alors pourquoi ajouter le « sur place » ? Parce que nous sommes tous bouchés à l’émeri ?

Une preuve supplémentaire qu’on nous prend pour des cons. Tiens mais connaissez-vous l’origine de l’expression « être bouché à l’émeri » que je viens d’employer et qui était appréciée de ma grand-mère.

« Être bouché à l’émeri » c’est être idiot, obtus, borné, incapable de comprendre.  « Être toto » dirait mon fils.

Bon alors « bouché à l’émeri », pourquoi ?

Tout le monde connaît la toile émeri, à ne pas confondre avec le papier de verre. L’émeri est un matériau très dur qui sert d’abrasif depuis de nombreux siècles mais l’émeri n’est en aucun cas un produit de bouchage comme le plâtre par exemple.

Alors pourquoi dit-on bouché à l’émeri ?

Autrefois, pour qu’un récipient, flacon ou fiole en verre soit bouché de la manière la plus étanche possible, on polissait à l’émeri l’extérieur du bouchon et l’intérieur du goulot, pour que le contact entre les deux soit le plus parfait possible. Quand on sait cela, on comprend la métaphore utilisée dans cette expression.

Lorsqu’en langage populaire on dit de quelqu’un qu’il est « bouché », c’est peut-être parce que la nature n’a pas trop gâté cette personne sur le plan intellectuel mais aussi et surtout pour signifier que ledit individu est complètement hermétique et qu’aucune particule d’intelligence ne peut y pénétrer, il est quasiment impossible de lui faire comprendre quelque chose. Rien ne sert d’user sa salive davantage pour expliquer, ce n’est que du temps perdu, ce qui est difficile à accepter quand on est enseignant.

Hermétique, étanche, vous avez compris. À mon grand désespoir, les bouchés à l’émeri sont comparables aux récipients étanches où rien ne peut entrer (le drame, c’est que quelquefois, il en sort des choses, des conneries.)

 

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2 réflexions au sujet de « Pléonasme (1) »

  1. …tres amusant ton texte, « stagner sur place », il faut le faire ! « bouché à l’émeri », oui hélas, si ça ne rentre pas facilement, par contre les conneries arrivent à sortir ! bonne soirée chere Françoise, bises

  2. et que dire d’ un président affirmant ce qu’ il pense, tout en ajoutant  » en même temps » ce qui montre que ses convictions sont loin d’ être claires !
    au vu de ce qu’ il se passe dans le monde et en France en particulier, on se rend compte du nombre de  » bouchés  » à l’ émeri !

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