Me’veilleux !

Ce n’est pas la première fois qu’en France la langue et l’écriture changent. Officiellement, les décisions sont rares et elles étaient prises pour une plus grade unité du pays, ainsi l’ordonnance de Villers-Cotterêtsune ordonnance d’aussi appelée l’ordonnance Guilelmine, fit que le français devint la langue officielle du droit et de l’administration française en lieu et place du latin. Cependant quelques décisions prises par des tartempions à la mode d’une époque ont semé la confusion. Incoyables ! Meveilleux !

Après la Révolution de 1789 et surtout après la Terreur qui suivit, les Incroyables et les Merveilleuses se sont signalés par la singularité et l’affectation de leurs manières. Ils prononçaient les mots élégamment pas comme les provinciaux qui parlaient encore patois et roulaient les « r ». Ils commencèrent à utiliser une prononciation qui faisait disparaître le « r » aux oreilles habituées au roulement. Une légende dit que le « r » était tombé en disgrâce parce qu’il était la première lettre du mot Révolution mais la mode sans R est antérieure à cette période et concerne en outre le « l » et le « g ». Les élégant-e-s manifestaient donc leur étonnement par des superlatifs affectés, tel « incroyable », « merveilleux », qui devenaient : « Ma pa’ole d’honneu’ ! C’est inc’oyable ! » (comme le gros pirate noir d’Astérix).

Plus tôt, la langue française avait connu la préciosité raillée par Molière dans « Les Précieuses ridicules ». La mode précieuse (1626 et 1662 : plus de trente ans tout de même)  visait à modifier et embellir la grammaire française. Les auteurs de ce courant renouvelèrent la littérature dans le sens d’un raffinement extrême qui inspirera ensuite le libertinage. Les opinions grammaticales des « précieux » ont influencé la langue française : on leur doit en partie la simplification de l’orthographe : nombre de leurs rectifications ont été retenues par le dictionnaire de l’Académie française : « autheur » devint « auteur » ; « respondre » devint « répondre » ; « aisné » devint « aîné », etc.

Le discours de l’époque qui se voulait raffiné, distingué des tournures brutales du peuple, usait de périphrases et de métaphores recherchées. Certaines expressions ont subsisté dans le français actuel, comme « travestir sa pensée », « châtier la langue », « un billet doux », « le mot me manque », « être brouillé avec quelqu’un », « avoir de l’esprit », « perdre son sérieux », « briller dans la conversation », etc. Des « Précieuses ridicules » j’ai retenu :

  • Vite, voiturez-nous ici les commodités de la conversation : apportez-nous des chaises.
  • Vite, venez nous tendre ici dedans le conseiller des grâces : apportez un miroir.
  • Les chers souffrants : les pieds (qui nous supportent),
  • Les belles mouvantes : les mains (qui s’agitent, travaillent pour certains),
  • Les trônes de la pudeur : les joues (qui rougissent de honte ou de gêne),
  • Les perles de la bouche : les dents ( toujours blanches ?).

Puis il y a eu plus tard l’hexagonal (qui nous influence toujours). Ce langage des années 1970 où les mots prétentieux ou obscurs ont été préférés à leurs équivalents simples, base d’une langue de bois appréciée de certains milieux. Malheureusement certaines expressions d’hexagonale ont perduré : les pays sous-développés sont des nations en voie de développement, les sourds, des mal-entendants… À cette époque Monsieur Macron n’aurait pas dit : « Il est évident qu’il faut opérer des changements » mais « L’inévitabilité des novations est patente.« 

la France l’Hexagone
la mort le processus biologique terminal
Il pleut. Il y a des précipitations.
des escargots de Bourgogne des gastéropodes à la Charles le Téméraire
comprendre son époque être en prise directe avec son époque
un schéma un schème
Il y a des gens qui ne sont pas d’accord. Il y a des déviants.
Je m’intéresse à l’histoire. Je m’intéresse au devenir évolutif.

Aujourd’hui il pourrait dire aux fonctionnaires qui manifestent, non pas  « La France tu l’aimes ou tu la quittes. » copié  par Sarkozy sur Philippe de Villiers mais « Ceux qui ne sont pas d’accord n’ont qu’à demander leur mutation » ce qui en hexagonal aurait été : « L’administration envisage la liquidation des déviants. »

Je crois que c’est bien français de passer du temps dans des discussions inutiles, à croire que l’on s’ennuie en haut lieu. Si au moins nous pouvions en sourire mais ce n’est pas vraiment le cas quand on lit : «Grâce aux agriculteur.rice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche», je me dis « ça, c’était avant ! » maintenant les pauvres paysans, artisans, commerçants et je ne parle pas de travailleurs, presque tous sont plumés, surexploités.

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4 réflexions au sujet de « Me’veilleux ! »

  1. il faut toujours que certains cherchent à se distinguer par un langage autre que le courant, s’ imaginant ainsi sortir du lot.
    Je pense pour ma part, que les réformes récentes ne sont dues que pour une seule motivation, marquer son passage.
    Notre langue est riche, et il serait dommage de vouloir la changer.
    Dès qu’ on le fait, on tombe dans le ridicule !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

  2. Si nos parents revenaient ils auraient l’impression d’être sur une terre étrangère dont ils ne comprennent pas la langue
    Amicalement
    Claude

  3. C’est vrai que certaines expressions sont vraiment ridicules.
    Comme si le fait de parler normalement était dévalorisant, certains s’expriment avec des tournures complétement extravagantes, sous prétexte qu’ils se croient supérieurs à ceux qui parlent avec des mots courants que tout le monde peut comprendre.
    Tu m’as fait rire avec ton exemple de la phrase de macron. 😉
    Bon début de semaine, toujours dans la grisaille, mais après un super week end familial !
    Bisoux gros, ma très chère françoise.

  4. Bonne fête à sainte françoise : qu’elle te protège (même si je ne suis pas croyante, je pense qu’on a tous un ange-gardien …)
    Bon mercredi … avec une sacrée « enrhumure », pour moi !
    Bisoux, ma françoise.

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