Parler vrai, juste.

A plusieurs reprises déjà, je vous ai répété que j’aime appeler les choses par leur nom et appeler un chat un chat. C’est ça être franc et direct. Pas toujours bien vu, pas très confortable mais c’est un choix de vie. A notre époque où le politiquement correct impose des circonvolutions parfois difficiles à comprendre, il me parait nécessaire, voire même indispensable d’être clair, net et précis. Un bon coup, ça vous remet les pendules à l’heure. Il faut ouvrir les yeux sur la réalité.

La douleur d’une amputation est préférable à la mort du patient (enfin, c’est ce qu’on dit ; moi sans jambe (avec ou sans S)… ou sans un morceau indispensable, je me demande si je ne préfèrerais pas être morte, mais ça ne regarde que moi). Nous ne sommes pas au pays des Bisounours ni au royaume de la guimauve, regardons enfin la vérité en face, on n’a rien sans rien. Il faut faire des efforts, souffrir pour atteindre un but, des objectifs.

Or, on a de plus en plus de mal à appeler un chat un chat et à regarder les choses en face. Par exemple, la guerre ça tue, les soldats d’abord (aujourd’hui, en France, ce ne sont que des soldats de métier ; en 1960, en Algérie, ce sont des appelés qui ont été tués, pour rien, dans tous les sens du terme). La guerre tue des civils ensuite, en plus grand nombre que les soldats d’ailleurs. Ça a toujours été le cas, maintenant ce sont des dommages collatéraux.

Boileau a figé la forme de l’expression « appeler un chat un chat », dans un vers de sa première Satire – « J’appelle un chat un chat et Rollet un fripon » (Rollet était un procureur véreux) – mais, même si on l’a maintenant oublié, cette expression a une origine un peu crue, osée, au-dessous de la ceinture. Choquant ? Ne soyez pas bégueule ! Il n’y a pas que celle-là qui soit coquine ou vulgaire, vous connaissez « l’avoir dans le baba », non ? Je suis sûre qu’il y en a d’autres. A chercher.

Ce qu’on appelle aujourd’hui argotiquement une chatte, s’appelait autrefois un chat au XVIIIe siècle. Désignant d’abord la toison pubienne au XVIIe, ce chat se laisserait (facilement ?) caresser sans griffer. Il a subi la très probable influence de l’homonyme «chas» de l’aiguille, un trou ou une fente, avant de se féminiser et de devenir la chatte qu’on connait.

Pauvre Boileau ! Lui qui prônait le parler clair, voire cru, il serait bien triste de constater qu’on appelle une femme de ménage : technicienne de surface, un handicapé : une personne à mobilité réduite, un noir : un homme de couleur, un ballon : un référentiel rebondissant, un sourd : un mal-entendant, un pays pauvre : un pays en voie de développement, un chômeur : un demandeur d’emploi… Ce travers a inspiré Anthony Cavanagh, il parle des nains, personnes de petite taille, comme d’individus à la verticalité réduite.

J’ai envie de faire une liste non exhaustive de ce que j’ai déjà entendu. Vous pouvez la compléter à votre tour :

  • des territoires d’outre-mer pour colonies (oui, soyons clairs, rien n’a vraiment changé dans le fond : des fonctionnaires de couleur quelquefois, et les autres),
  • un quartier sensible pour une banlieue pourrie,
  • le quart-monde pour les pauvres des pays riches (nous n’avions d’abord que le tiers-monde mais ça diminue…)
  • une assistante de direction pour  secrétaire de direction,
  • une contrevérité pour mensonge,
  • un dysfonctionnement pour bavure,
  • un sans-abri pour clochard,
  • un « ingénieur sanitaire » pour éboueur,
  • des hostilités pour une guerre
  • une mesure d’éloignement du territoire pour expulsion,
  • un sans-papier pour clandestin
  • une travailleuse du sexe pour prostituée (il y a maintenant des travailleurs, oui des hommes, c’est enfin reconnu. Vive l’égalité !)
  • un sex-toy pour godemichet (c’est moins choquant en anglais comme black pour noir ou nègre, pff…)
  • un acteur de charme pour un acteur de cinéma porno.

Je suis sûre que je serai comprise si je parle de malcomprenants (imbéciles) malbaisants (impuissants) et malchiants (constipés) et pourtant je préfère choquer de temps en temps avec les mots justes, non d’une pipe !

Le langage politiquement correct est américain d’origine, il s’appliquait essentiellement au domaine juridique, « correct selon les règles du droit ». Puis  l’expression a pris un sens différent : éviter un usage de la langue susceptible d’offenser  les membres des « minorités », c’est donc un langage débarrassé d’expressions qui pourraient « froisser » les susceptibilités.

Pour aller jusqu’au bout des choses, reconnaissez avec moi que dans l’art de l’euphémisme, il y a eu des spécialistes bien avant. Les Précieux (ridicules) et leurs chers souffrants (pieds) et plus proches, les Nazis maîtres du style : Endlösung, la solution finale. Quelle meilleure façon de nier l’innommable… qu’en ne le nommant pas !

Ce qui ne se dit pas n’existe pas. Ça me rappelle quelque chose : les secrets de famille (clic si vous voulez).

Par de subtils procédés de substitution, l’euphémisme vide les mots de leur substance, il a un effet anesthésiant, rend acceptable ce qui devrait susciter une révolte. Ça y est nous sommes dans l’avenir angoissant avec Big Brother. En 1949, George Orwell, dans son roman « 1984 », mentionne la simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression d’idées subversives : « Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer ».

L’idée sous-jacente à la novlangue est que si quelque chose ne peut pas être dit, alors cette chose ne peut pas être pensée comme ce qui n’est pas dit n’existe pas. C’était la doctrine des trois singes (clic encore, si vous voulez).

Personnellement, je préfère retenir que « La fonction d’un écrivain est d’appeler un chat un chat. Si les mots sont malades, c’est à nous de les guérir. Au lieu de cela, beaucoup vivent de cette maladie.»  Jean-Paul Sartre dans Situations philosophiques.

Alors allons-nous nous obliger enfin à parler vrai pour soigner les mots et les maux de la société ?

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Toujours privée d’internet à demeure, j’ai programmé des articles pour quelques jours. J’essaie de lire de temps en temps les blogs amis et les commentaires.

11 réflexions au sujet de « Parler vrai, juste. »

  1. bonjour françoise merci beaucoup pour tes trés gentils passages et commentaires je suis de retour sur nice pour quelques jours aprés la montagne la mer méditérranée le temps beau ciel bleu avec quelques nuages d’altitude la mer et belle je passe vous dire un grand merci et te souhaite un trés bonne fin de semaine a bientôt bises amicales michel003 …..excuse ce copier coller il y a beaucoup d’amis(e) a répondre et jais peut de temps grrrr

  2. Moi, je suis à la recherche d’une « technicienne de surface » qui soit en même temps « spécialiste du défroissage du linge », technicienne d’accompagnement etc….
    Le parler vrai ? on ne sait plus ce que c’est…Plus d’instituteurs ou d’institutrices mais des « professeurs des écoles »…. Plus d’arithmétique et de calcul pour les enfants, mais des « maths » dès leur plus jeune âge… Il faut que ça sonne bien aux oreilles…Et les résultats dans tout ça ?
    Le blabla de nos politiques est souvent constitué de mots qui n’expliquent rien…c’est même pour ça qu’ils sont employés non ?

  3. oui mais il faut parfois composer pour ne pas blesser, question d’intelligence;
    toute vérité n’est pas bonne à dire !
    ravi de te retrouver sur la toile, Françoise ;
    bonne journée;

  4. c’ est la preuve que nous sommes de plus dans le paraître, plutôt que dans l’ être !
    Sans compter que des sujets sont totalement occultés !
    bonne journée
    bisous

  5. merci de ton passage…j’admire la facilité avec laquelle tu « ponds » des textes toujours très intéressants…avec la Rover je rentrais très facilement dans les places des parkings souterrains en marche arrière sans aucun souci…mais la nouvelle voiture a bien 10cm de plus en largeur sinon 15cm (taille des rétro) ,et là, les places sont bien étroites…aussi ce matin je me suis résignée à garer la voiture en marche avant…tous ces bip bip en marche arrière sont perturbants…mais j’y arriverai

  6. Bonsoir Françoise,
    Je vais agrandir ta liste avec une hôtesse de caisse.
    Pourquoi ne pas garder les mots de base ?
    Bonne soirée
    Amitiés

  7. Travailleuse du sexe, chatte, pipe, hum hum, dis donc Françoise tu es pire que moi, tu te dévergonde MDR !
    Hi Hi j’aime trop tes articles.
    Alors juste un petit mot pour te souhaiter une belle nuit, couvre-toi bien il fait frais.
    Gros bisous mon amie.

  8. Parler vrai, n’empêche pas certaines circonvolutions, ni de parler sans ambages. La sincérité et la vérité sont le but recherché. Notre société n’est plus apte à entendre la vérité telle qu’elle est. Il lui faut une adaptation, un temps, au risque d’exécuter l’ordonnateur (celui qui dit la vérité sera exécuté…). Nos dirigeants politiques et autres, l’ont bien compris, et utilisent cet artifice, pour éviter les violences, les mouvements sociaux ect…afin de se protéger. Parler vrai n’est pas sans risques à qui veut bien l’entendre ! Amicalement, Pimprenelle.

  9. Lire : « la sincérité et la vérité est le but recherché »

  10. Dire sans dire, j’aime pas ça… et ça m’agace…. alors trop souvent je dis et me fait mal voir dans mon entourage….

  11. Toc toc Françoise

    C’est la p’tite Lolli qui passe avec son panier de douceurs, de sourires, et de bonne humeur.
    Je ne vends rien, je te donne tout et tu peux même en offrir à ceux que tu aimes.

    La journée risque d’être fraîche alors couvre-toi bien car je n’aimerais pas que tu rates mon com aujourd’hui, car il est plein de sincérité et je tiens à mes amis.

    Doux samedi.

    Amitié

    Lolli/Mariposa

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