Un peu…

Un peu, «quantificateur positif en fonction d’adverbe associé à des mots de valeur négative ou interprétés comme tels, indique l’intensité faible, mais déjà appréciable» (définition sur lexilogos.com). Un peu modère, un peu tempère ce qui est excessif, un peu tend à concilier les extrêmes. Voilà sans doute pourquoi un peu, un petit peu et un petit quelque chose apparaissent si souvent dans le discours.

Difficile de donner clairement son avis par les temps qui courent. Nous sommes devenus peureux, nous voulons ménager le chèvre et le chou et  ne pas «nous mouiller», en clair «on se lave les mains» des décisions : ni responsable, ni coupable, modèle Ponce Pilate revu récemment. Souvenez-vous, selon l’Évangile : «Quand Pilate vit qu’il n’arrivait à rien, mais que l’agitation augmentait, il prit de l’eau, se lava les mains devant la foule et dit : Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme ! C’est votre affaire.» Et plus près de nous, Georgina Dufoix et son désormais célèbre : ni responsable, ni coupable. Voilà, c’est bien ça, on se protège, on se tait ou… on parle pour ne rien dire.

Ce «un peu», répété sans cesse, me hérisse le poil. Soyez attentif quand vous écoutez la radio ou la télévision, il n’y a pas que les quidams dans la rue qui utilisent ce quantifieur, il est vraiment généralisé, tout le monde l’utilise. Tic verbal ? Ecoutez bien. Il semble montrer le manque de courage à exprimer clairement son opinion.

Ceci me ramène à ce qui se passe à La Réunion où les manifestants disent, selon les circonstances, par banderoles, à voix haute ou à voix basse : « Donne à nous not’ tit contrat». Un petit contrat, un peu de travail. Que penser d’un pays où la jeunesse, pour obtenir un «tit contrat», un contrat aidé, un contrat précaire, incendie, pille, enlève, séquestre ? C’est la nouveauté de cette dernière fin de semaine : enlèvement d’une élue municipale à Saint-Louis de La Réunion et destruction de son véhicule par le feu parce que les cadeaux n’arrivent pas assez vite comme si le maire pouvait faire des miracles. Il faut dire que les politiques en promettent tellement pendant les campagnes électorales.

« Donne à nous not’ tit contrat», est-ce bien l’expression de la détresse (possible) du demandeur ? Est-ce une invocation à la toute-puissance (supposée) de l’élu fournisseur de tits contrats ? Et pourquoi demander un petit contrat ? Pourquoi ne pas réclamer un « contrat » ou mieux, un travail (parce que les contrats aidés sont souvent occupés à ne rien faire, oui c’est vrai, il suffit de regarder attentivement).

Le «tit» en créole, c’est comme le «un peu» du zoreille. A La Réunion, on n’ose pas dire, pas demander trop, on se cache derrière un adjectif qui peut être mignon mais qui prouve surtout qu’on se dévalorise ou qui prouve, peut-être, le manque d’ambition. Je ne peux trancher car les variables sont multiples dans le problème réunionnais mais je m’inquiète pour l’avenir. Vivre dans un «tit case en paille», c’est joli dans la chanson mais pas très confortable. La « tite cafrine » ou la « ti malbaraise » veut bien danser un «ti séga» mais «y aime bien gro lauto» et «ti monnaie y suffit pas».

S’il n’y a à offrir que des «tits contrats» de quelques mois, c’est qu’il y a un gros problème et le « ti fille La Réunion » y va rode gros zorey ». Fatalité sociale ? Si l’on nait dans un milieu défavorisé, n’aurait-on aucune chance d’en sortir, sauf à demander des « tits contrats» ? A condition de crier fort…

Nous avons appris que le gouvernement veut augmenter la durée globale des «tits contrats» jusqu’à dix ou douze mois (qui va payer et comment ?). Les maires et les députés veulent garder les contrats de six mois. Pourquoi ? Pour bien des raisons. Essentiellement pour pêcher un maximum de voix. Deux fois six mois, c’est  potentiellement deux fois plus d’heureux (ou deux fois plus de mécontents)

4 réflexions au sujet de « Un peu… »

  1. Bonjour ma Françoise

    Un petit passage furtif un peu comme l’avion, pour te souhaiter une belle journée.
    Le soleil va-t-il briller partout je n’en sais rien, je ne suis pas trop sur la météo ces temps-ci car elle m’agace… 😉

    Mais ce que je sais c’est que le temps est au beau fixe dans ma tête et c’est grâce à toi, ton amitié est ma récompense.

    Je te souhaite d’aller bien ou mieux et merci pour ton beau blog que j’aime consulter, enfin pas comme ce matin car je suis un peu pressée, nonnn pas comme un citron hi hi !

    Allez je file, à demain.

    Des bisous gelés.

  2. c’ est le résultat d’ un nivèlement par le bas !
    Nous n’ avons plus d’ ambition, mais c’ est peut être parce qu’ à force d’ être déçu par les promesses non tenues de nos élites, nous avons aussi perdu l’ espoir.
    bonne journée
    bisous

  3. On a peur de s’imposer, on a peur de ne rien obtenir en demandant trop, on pense être mieux écouté en étant peu exigeant et parfois on se trompe…Ta réflexion est très intéressante

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