Rancunière ?

Je ne suis pas rancunière, d’ailleurs je n’ai plus l’âge (c’est pour les jeunes), j’ai juste bonne mémoire. Encore une série de mots et d’idées à défendre. C’est pareil, me dit-on souvent, «rancunière, qui se souvient, qui veut se venger». Pas si sûr… j’explique la différence que je vois.

Rancunier : qui est enclin à garder rancune, qui est plein de rancune contre quelqu’un. D’après le dictionnaire la rancune est un « état affectif durable fait d’aigreur, de ressentiment, du désir de se venger, lié au souvenir d’une offense, d’une frustration ou d’une injustice et, généralement, cristallisé sur la personne que l’on tient pour responsable de ces préjudices ».  Il y a une idée de vengeance, or je ne veux pas me venger même si la vengeance relève du droit primitif. Je me souviens, c’est tout. Ce sont des faits. Je les ai enregistrés.

J’insiste : pour moi, la rancune est une colère qui contient un désir de vengeance. La mémoire c’est autre chose, c’est la faculté d’enregistrer, conserver et restituer des souvenirs, proches ou lointains. Un peu comme une clé USB ou un disque dur. Personne ne les accuse d’être rancuniers.

Pourtant je dois reconnaitre que la rancune et la révolte sont parentes car il y a de l’indignation dans les deux, or je suis une indignée,  je le fais savoir, je le dis. Mais que faire si personne ne m’écoute ou n’entend, ne comprend ma révolte ? Avant je criais, puis j’ai crié moins fort, enfin j’ai simplement dit… et j’ai attendu sans enrager, sans ruminer. J’étais occupée à d’autres choses.

La rancune est une colère « enkystée », une grosse cicatrice bien sensible ; la douleur peut être ravivée et augmenter en intensité quand on évoque les événements qui en sont la source ; la colère est bien installée et demeure. Je sais de quoi je parle mais je ne ruminais pas à longueur de temps ; il y avait des vagues, comme une grande marée de temps en temps ; les souffrances revenaient en surface. Je crois que si certains tiennent à conserver vivace et permanente leur rancune c’est parce que c’est la seule façon qui reste d’exister, de ne pas se nier. Il ne faut pas baisser la tête, pas accepter, refuser ce qui s’est passé mais il suffit de vivre autre chose, de s’activer.

Je sais que la rancune est alimentée par le caractère inacceptable ou intolérable de son origine, il faut juste arriver à oublier en attendant que le ciel nous venge ou nous débarrasse de l’auteur des faits douloureux. Et un jour, ça arrive. On est débarrassé. Pourquoi ? Comment ? Parce qu’on était dans les dispositions depuis un moment, on s’était préparé.

Pendant longtemps, surtout quand on est jeune, on croit que la vengeance rétablira l’équilibre, que si le responsable de notre souffrance pouvait « payer » pour le tort qu’il a causé, il y aurait au moins un semblant de justice. J’ai crié, ça n’a servi à rien, alors j’ai attendu et finalement le ciel m’a vengé, oui, souvent, je n’ai rien fait qu’attendre, en ruminant quelquefois je l’avoue. C’était incommode, oui, mais je n’avais rien d’autre sinon l’espoir de la vengeance céleste… il faut être patient.  Méthode Coué ? Peut-être. Tout va bien, j’ai de la chance au bout.

Ce que j’ai compris au fil du temps, c’est qu’il faut arriver à se raisonner, l’équilibre n’existera jamais et les dommages sont souvent irréparables. J’ai toujours essayé d’exprimer clairement ma colère, d’en expliquer les raisons mais on n’a pas voulu l’entendre. J’ai ruminé  un peu, puis j’ai mis de côté sans réellement oublier. Si le souvenir est tenace, c’est aussi parce que la blessure ou le tort subi aurait pu être évité. L’acte du responsable n’était pas inévitable et que quoi qu’il en dise, le bourreau savait ce qu’il faisait ou ce qu’il faisait payer. C’est sans doute un cercle vicieux que la victime peut un jour briser.

Si j’ai été victime d’insensibilité, de cruauté plus souvent mentale que physique, je ne l’accepte pas, je ne suis pas magnanime ; le pardon, je ne sais pas faire, je n’y arrive pas. Je ne veux pas me venger mais je n’oublie pas. Ça ne m’encombre plus la cervelle en permanence mais je sais que c’est encore rangé dans un tiroir.

J’arrive à accepter que les faits, les événements, les actes ont eu lieu, qu’ils auraient pu être évités si leur auteur avait été moins égocentrique. Mais c’est passé et il n’y a plus rien à faire. Point.

Par contre si la même personne ou quelqu’un d’autre veut me faire RE subir la même chose, je ne me laisserai pas faire une fois de plus, c’est en cela que je n’oublie pas. Je crois que c’est l’expérience, la sagesse, … l’âge, peut-être ?

3 réflexions au sujet de « Rancunière ? »

  1. Salut Françoise
    oh que je suis d’accord avec toi! Par conviction après une vacherie j’ai fais les remarques adéquates, je me suis mis en colère et puis tout de suite après j’ai coupé les ponts et rangé le tout dans la mémoire et passé à autre chose: ruminer cela peut aller un tout petit moment mais après il faut se tourner vers ce qui nous intéresse vraiment, sur nos vrais passions, dire ce l’on a à dire et aller de l’avant. J’ai fait cela même dans mon travail, surement cela m’a empêche de m’enrichir comme certains de mes collègues, mais quand je regard en arrière je m’aperçois que j’ai vécu bien mieux qu’eux et que je n’ai pas de portes fermées devant moi: c’est la vie qui s’est chargé de me venger sans que je ne fasse strictement rien.
    Par contre si je peux avoir de la rancune c’est plutôt envers moi même, quand je parfois je me suis rendu compte que j’avais dérogé à ma propre règle, car avec moi même j’ai toujours été inflexible alors que parfois il serait tellement agréable de se cacher derrière de bonnes excuses.
    Quant au pardon cela est autre chose: il y a des moments où il faut être capable de le donner s’il nous est sincèrement demandé, mais j’avoue que ce n’est pas facile puisque je ne me parfume que très peu à l’odeur de sainteté!
    Belle journée à toi
    Antonio
    PS es-tu encore en métropole ou de retour à la réunion?

  2. et bien, moi, pour guérir mes rancunes, je me venge, quand je le peux bien sur !
    Après, je me sens soulagé, et j’ oublie.
    c’ est pas beau la vengeance, mais je n’ aime pas qu’ on me cherche, et refuse de me laisser faire !
    Je sens que Dieu va m’ en faire reproche, et pourtant lui, n’est pas rancunier !
    bonne journée
    bisous

  3. Ma mémoire fait que je n’oublie pas ce qui m’a touchée ! Mais la rancune dans un but de vengeance ? je ne suis pas pour…. Je ne peux pas vivre en étant fâchée avec quelqu’un…je préfère cesser toute relation avec cette personne, bien qu’il m’en coûte….
    J’ai beaucoup aimé cet article…
    Bises Françoise.

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