Proverbe créole 6

« Sak i sème in grin mayi, I espère rékol in zépi » Celui qui sème un grain de maïs espère récolter un épi. En clair, on espère  toujours récolter le fruit de son travail. Attention cependant à ce qu’on sème : « qui sème le vent, récolte la tempête » . Celui qui provoque  de petits troubles peut en récolter de plus importants.

Je suis ennuyée une fois de plus par l’écriture du créole. J’ai rencontré samedi dernier, chez ma coiffeuse, Monique, lectrice assidue de mon blog et quasi amie. Elle me faisait remarquer qu’elle n’aimait pas la graphie 77 (clic  pour revenir sur un article ancien, créole à l’école) ou « Lékritir-77″. Je lui ai avoué que pour être sûre de l’existence des proverbes que je citais, je m’étais appuyée sur des publications en créole, un peu anciennes. Monique, Réunionnaise, me disait que même quand elle écrivait créole, elle utilisait ce qu’elle avait appris en français à l’école et qui lui paraissait « normal », non « ce tit lécriture la » qui ne correspond à rien de connu. Donc logiquement, je vais essayer d’écrire le créole comme on le ferait elle et moi. « Monique, Oté ma fille vi peut corrize à moin si ou l’est pas d’accord ». Ainsi,« Sak i sème in grin mayi, I espère rékol in zépi » deviendrait  « Ça qui sème in grain maï, y espère récole in zépi ». Mais, en vérité, on fait bien comme on veut, c’est la conclusion que nous en avons tiré : « Nou n’y écris ça que nou y entend avec note ti l’orthographe à nou. »

Revenons à ce proverbe. Quand on travaille on veut récolter le fruit de ses efforts, et quand on provoque le désordre, il ne faut pas s’étonner des conséquences. Il faut  se méfier des « fouteurs de merde ». Où s’arrêtent les revendications justes et quand commencent les provocations ? Les Indignés ont raison et surtout de bonnes raisons de vouloir se faire entendre. Pourtant, lors des manifestations, quand la police intervient, des casseurs arrivent presque toujours. Que veulent-ils ? Casser, piller ; pourquoi ? Insatisfaits, sans espoir. Je ne cherche pas à les disculper mais il faut reconnaître que la société crée de la désespérance.

« Nous ne sommes pas riches, ne compte pas sur l’héritage pour devenir riche à ton tour, il ne te reste qu’une solution pour t’en sortir et avoir un bon métier : c’est de bien travailler à l’école ! » Dans ma jeunesse, voilà que j’ai entendu souvent de la bouche de ma grand-mère, elle qui n’avait jamais pu passer le certificat d’études ; elle jouait Cosette chez un patron (alors l’esclavage, pas besoin d’aller chercher loin, ça existait en France aussi). Par contre, elle aimait lire et  écrivait sans trop de fautes, et pourtant, elle avait honte de son orthographe. Quand je suis devenue professeur, mais surtout durant les dernières années, je peux dire que ma grand-mère aurait pu servir de modèle (pas le modèle de cancre, la meilleure de la classe, en orthographe). Elle m’a donc élevé en me parlant sans cesse de l’ascenseur social (sans l’appeler comme ça) qu’est l’école. Orgueil des « petites gens » de vouloir s’en sortir, de vouloir réussir, seul et dignement. Elle ne pleurait pas sur son sort, il fallait faire des efforts, « c’était comme ça ».

Elle m’avait quand même bien expliqué ce qu’était le « piston »:  être né dans une « bonne famille », avoir des relations, des réseaux… Elle m’avait dit que c’était souvent bien plus efficace que de travailler bien à l‘école mais que faute de piston, l’école permettait de réussir. C’était notre lot. Travailler, mériter, réussir. Mais les temps ont changé.

Oui, les temps ont changé et la France d’en bas se moque (souvent) de réussir grâce à l’école, surtout quand elle voit des diplômés au chômage ou avec des salaires de misère et des emplois précaires.  La France d’en bas se moque de l’école et des enseignants. Il faut reconnaître qu’elle offre quoi l’école aujourd’hui ? Une prime aux élèves qui viennent en classe ! (Finalement mes élèves, d’il y a vingt ans, qui avaient suggéré un salaire pour les élèves ont été entendus.) Des programmes lourds et inadaptés. Une orientation au hasard, sans tenir compte des désirs des élèves, pour favoriser ou éliminer certaines filières. Sa langue de bois. Aucune méthode de travail. Des réformes successives inadéquates (demandez un peu aux enseignants que vous connaissez, ils vous raconteront, mais vous ne suivrez pas longtemps, c’est « rasoir » au bout d’un moment.)

De toutes façons, elle a perdu confiance, la France d’en bas. On lui raconte trop d’histoires, on lui fait miroiter des rêves : on peut gagner beaucoup d’argent sans faire beaucoup d’efforts entre Loto, Euromillions, jeux télévisés… et puis la drogue, la prostitution, les cambriolages, c’est amusant, ça rapporte et au fond, on ne risque pas grand chose. On oublie les lois. Sécurité, égalité, liberté, laïcité, fraternité, fierté, citoyenneté, moralité… mais on connait précarité, pauvreté, cherté, duplicité, rareté, insécurité… Charité ? Bonté ? Amabilité ? Honnêteté. C’est pour quand ?

Quant aux passe-droits, le Président de la République lui-même s’en sert, sans se cacher, il aide son fils à être élu et à devenir président d’une importante entreprise sans diplôme et bien avant l’âge normal (pas surdoué, pourtant le fiston).

L’école de Jules Ferry est obsolète, le modèle républicain est mis à mal en ce moment dans tous les domaines : travail, famille, argent… Le pouvoir est aux mains d' »affairistes  » (oui, même les énarques en sont) plus préoccupés de se servir que de servir les intérêts supérieurs de la Nation. Et pourtant c’est quoi l’ENA ? Depuis 1945, une grande école créée pour « démocratiser » l’accès à la haute fonction publique de l’Etat. Chargée  d’assurer la sélection et la formation initiale et continue des hauts fonctionnaires français et même étrangers, elle offre à ses anciens élèves un accès aux postes de direction et d’encadrement de la fonction publique française… et de grandes entreprises privées (Airbus, FNAC, Cap Gemini…).

Vous en connaissez des anciens de l’ENA ? Martine Aubry (recrutement spécial ; elle enseigne trois ans après avoir été diplômée ; à vingt huit ans, la même année qu’elle est enceinte. Pas de privilège là-dessous ?) Sortent de l’ENA : Rocard, Balladur, Chirac, Fabius, Hollande, Royal, Giscard d’Estaing, Juppé, Jospin, Villepin et sa soeur…

Lobby de la finance ? Lobby politique ? Lobby des politiques friqués ?

« Démocratiser » l’accès à la haute fonction publique de l’Etat, c’est ça ?

12 réflexions au sujet de « Proverbe créole 6 »

  1. Chez nous on dit « On récolte ce qu’on a semé » Je trouve que c’est assez exact ! Bonne journée, bisous

  2. tout est noir.. bientôt avec le trans.. on aura  » qui sème un grain de maïs aura un épi de blé « . épithète que la vie sera autre..

  3. La France est devenue tout cela et jusqu’à maintenant personne ne disait rien , tout le monde se servait , profitait des avantages , des passe-droits .
    J’ai l’impression que la dernière goutte qui va faire déborder le vase est en train de tomber.
    On risque de payer cher cette gabegie , hier quand j’ai écrit ma poésie sur le blues du demandeur d’emploi , j’avais dans la tête , un sondage qui disait que les français n’aiment pas leur jeunesse.
    C’est vrai qu’on ne l’aime pas , mais c’est notre égoïsme qui pousse dans ce retranchement , que lleur laisse-t’on un pays désindustrialisé , des dettes à milliards et on compte sans arrière pensée sur nos jeunes sans avenir pour nous payer nos retraites et assurer le confort de nos vieux jours .
    Je crois que l’on marche sur la tête , on va récolter ce que l’on a semé
    Douce journée ;Françoise
    Bisous
    TIMILO

  4. quelle tristesse cette « Education Nationale » bradée, désespérée, que pouvons nous donner comme exemple à nos enfants pour qu’ils travaillent à l’école ? leur acheter une « kalachnikov » pour aller piquer des glaces et du chocolat comme à Marseille ?
    nous sommes àgés, mais nous croyons encore que c’est possible de redresser !
    bonne journée, bisous

  5. Aujourd’hui, Françoise, j’adhère TOTALEMENT, à ce que tu dis ! tu vois, on est d’accord sur bien des points ! (rires).
    On ne peut plus enseigner l’effort à nos enfants, quand ils sont capables de voir que ce sont ceux qui en font le moins qui sont récompensés !
    L’ENA est pour moi à fiche à la poubelle, tous ceux qui en sont sortis sont des technocrates qui ne connaissent rien à la réalité du peuple.
    Il y a du boulot, comme dirait l’autre, pour que tout ça change !
    Gros bisous.

  6. Il y aurait bien du boulot pour changer tout le système…
    Je suis entièrement de ton avis.
    Mais on a semé, et maintenant on récolte…
    Notre société est déjà bien pourrie, et nous la transmettons en héritage à nos enfants et futurs petits enfants…
    Pourvu qu’ils le refusent, sinon notre monde ne ressemblera définitivement plus à rien. 🙁
    Bonne journée Françoise.
    Bisous

  7. Drôle d’ époque qui rendrait certains dictons obsolètes !
    Ainsi le céréalier qui plante du maïs ogm, ne peut en aucun cas se servir des épis pour une nouvelle récolte , ce qui pour moi, montre bien que c’ est encore une histoire de lobby;
    Oui, même le président triche !
    Mais le népotisme se voit aussi chez les chanteurs et acteurs, et qui râle ?
    qui proteste de voir marie Drücker à la télé ?
    Qui ignore que lorsqu’ on a des parents dans la fonction publique, les concours passés ne sont qu’ un épisode !
    il n’ en reste pas moins vrai, que la formule  » aide toi et le ciel t’ aidera  » reste valable.
    bonne journée
    bisous

  8. Bonjour Françoise,
    Joli billet qui s’adapte à toute l’Europe, tout le monde est dans le même bain.
    Je plains les enfants, ils ne voient et entendent plus rien de bon.
    Le monde n’est pas prêt de changer.
    « Qui sème le vent récolte la tempête ».
    Bonne journée, bisous.

  9. Bonjour et merci de ton message sur mon blog qui m’a touché.

    C’est le corps qui m’a dit  » c’est maintenant qu’il faut le faire ce déménagement » et quand ton corps ne suit plus il vaut mieux ne pas attendre qu’il soit trop tard :-)))

    je suis heureuse de faire connaissance avec ton blog, je vais m’y promener un peu
    et si je peux m’inscrire à tes publications cela me permettra de faire encore mieux connaissance

    Je t’embrasse

  10. Bof, aujourd’hui, je garde mes petits enfants et les laisse à leurs rêves. Je pense qu’il y aura de plus en plus «  »d’indignés » dans la rue ça ne peut pas continuer ainsi. Bonne fin de journée et la bise

  11. Je passe trop matin sans doute et j’en profite pour relire ton dernier article
    Douce journée ,Françoise
    Bisous
    TIMILO

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