Satire de la Cour, satyre…

C’est le rôle des écrivains, des scribouillards, des poètes, des chansonniers, des philosophes, des journalistes de rédiger des textes, des sketches ou des chansons, des articles, satiriques ou non, sur l’actualité, la société, la politique. C’est aussi notre droit de parler, d’écrire. C’est une soupape de sécurité que de s’exprimer.
Où en est-on aujourd’hui ? Nous avons internet, et les Guignols de l’info ainsi que quelques autres. Nous donnent-ils satisfaction ? Sont-ils suffisamment mordants ? Sont-ils écoutés, entendus ?
Les chansonniers sont une spécialité française, ce qui tend à prouver que nous sommes encore libres de parler. Est-ce bien vrai ? Etait-ce plus facile avant ? Pas sûr. Combien d’auteurs rebelles ou considérés comme tels ont été embastillés ? ou mis à l’index, censurés plus ou moins officiellement ? Marot, Villon, Agrippa d’Aubigné, Diderot, Voltaire, Montesquieu, Victor Hugo, Emile Zola, Camus, Vian… sans compter que des chanteurs dérangeants sont privés d’antenne : Brassens, Ferré et Pierre Perret récemment avec sa « femme grillagée », cliquez LA pour l’écouter.

J’ai quelques textes égratignant les courtisans qui me reviennent en mémoire : « Ces vieux singes de cour» de Joachim de Bellay, Regrets, (à lire à la fin du billet) ou « les obsèques de la lionne» de Jean de La Fontaine, Fables, 1688 (idem, lire à la fin du billet).

Croyez-vous que les courtisans ont changé en 2011 ? Non, bien au contraire, ce ne sont que de vils flagorneurs prêts à tout pour une place au soleil, ne serait-ce que sur un strapontin.

Un courtisan est semblable à ces plantes faites pour ramper qui s’attachent à tout ce qu’elles trouvent. Montesquieu

Et les courtisanes seraient pires que les courtisans… prêtes à tout. Sans compter qu’on a toujours demandé aux femmes de taire certaines «choses» dont elles ont, sans aucun doute, été les instigatrices. C’est l’ordre des choses de profiter des femmes et de les entendre… se taire.

C’est à un festival de «beaufitude» que nous avons assisté avec l’affaire DSK. Certes l’histoire n’est pas bien claire mais les commentaires, les plus lamentables, les plus consternants sont sortis de bouches que nous pensions un peu moins sottes. Laurent Joffrin, sur France-Info estime que « mettre la main où il ne faut pas » relève du simple « harcèlement » et ne mérite qu’une amende et encore. Si on ne peut plus tripoter tranquillement une femme, où va le monde ? Comment voulez-vous qu’une femme soit rassurée dans le métro avec des anonymes, si elle ne peut être protégée contre une personne identifiée. Ce n’est pas un viol, d’accord, mais… où est le respect ?

Il faut dire que Jack Lang avait ouvert la voie aux Dupont-Lajoie (souvenez-vous du film d’Yves Boisset, sorti en 1975). Il a dit : « il n’y a pas mort d’homme ». Ben oui, une tentative de viol, et même un viol, ce n’est pas mortel ? (Une femme violée et morte ne peut plus se plaindre. Euh… Ne voyez-vous pas une suggestion possible ?)

Quant à la déclaration de Jean-François Kahn, elle a failli me faire étouffer : « Un troussage de domestique, ce n’est pas bien. » Je veux !  Pour sûr que ce n’est pas bien. Mais parler comme ça, c’est mépriser les femmes et mépriser sans aucun doute les classes laborieuses. Je n’oublie pas mes origines, moi, ni les idées de gauche que j’ai eues comme tout le monde dans ma jeunesse. JFK (Khan, pas l’autre) est un homme de gauche, comme DSK, mais quand on connait les moyens de DSK et d’autres représentants de la gauche, on se demande comment ils peuvent dire être de gauche. Pour mémoire, le socialisme et donc ceux qui adhèrent à cette doctrine s’engagent à condamner les inégalités sociales et à lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Chapeau les mecs ! Vous n’avez honte de rien.

Et dire que des femmes cautionnent ces comportements. Je ne parle pas d’Anne Sinclair, mais de la mère de Tristane Banon qui demande à sa fille de se taire pour garder son siège, voire son amant. Surprenant ?  Et Christine Angot (dont le nom de naissance est Christine Schwartz) qui dit ou écrit à propos de DSK : «Personne n’a rien dit parce que ça a du bon d’être désirée par un salopard, c’est bon le dégoût, ça donne une impression de puissance de protéger une brute. La vérité, c’est qu’on aime les gens de gauche à condition que ce soit des salopards. François Hollande on trouvait qu’il manquait de charisme, il ne séduisait pas, obligé de faire un régime, alors que l’autre s’accommodait de son poids. Cette société aime les séducteurs, les violeurs, les charismatiques. Les élections sont des affaires sexuelles.» Ca ne vous choque pas ? Moi, oui ! Sauf si c’est de l’ironie. J’ai comme un doute.

Le seul, qui a réussi à me faire rire parce que je l’ai cru courageux, c’est l’ancien Premier ministre, Michel Rocard, qui a dit que l’ancien directeur du FMI était « un malade mental incapable de résister à des pulsions sexuelles ». C’était clair. Malheureusement, il s’est piteusement rétracté. Pourquoi ? Pour ne pas achever un homme blessé, malade ? Contraint par qui ? par quoi ?

Comment peut-on avoir confiance dans des hommes ou des femmes qui se soutiennent les uns les autres et oublient le peuple ? Ils songent à leurs avantages plutôt qu’à ceux des électeurs. Ils demandent aux citoyens de sortir de leur silence et de leur servitude à chaque élection, tous les cinq ans au moins pour se choisir un maître mais, entre-temps, ils demandent au peuple de se taire et de les laisser faire. Des spécialistes gèrent les affaires. Dormez tranquilles, braves gens, nous gérons… Et surtout, nous profitons.

A en juger par les résultats n’est-il pas grand temps de ruer dans les brancards ?

Faire plaisir, vouloir plaire, vouloir être élu, c’est être menteur… Jusqu’à quand allons nous croire ces Pinocchio ? Ce ne sont que des marionnettes…

Ne sommes-nous plus capables de réfléchir et de le dire ?

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Ces vieux singes de cour de Du Bellay

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon oeil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire,
Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil.


Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.


Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crèvent de rage:
S’il le reçoit mauvais. ils le montrent au doigt.


Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C’est quand devant le roi, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.



« Les obsèques de la lionne» de Jean de La Fontaine, Fables,
La femme du Lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s’acquitter envers le Prince
De certains compliments de consolation,
Qui sont surcroît d’affliction.
Il fit avertir sa province
Que les obsèques se feroient
Un tel jour, en tel lieu; ses prévôts y seroient
Pour régler la cérémonie,
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s’y trouva.
Le Prince aux cris s’abandonna,
Et tout son antre en résonna:
Les Lions n’ont point d’autre temple.
On entendit, à son exemple,
Rugir en leurs patois Messieurs les courtisans.
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu’il plaît au Prince, ou, s’ils ne peuvent l’être,
Tâchent au moins de le parêtre:
Peuple caméléon, peuple singe du maître;
On diroit qu’un esprit anime mille corps:
C’est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Pour revenir à notre affaire,
Le Cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire?
Cette mort le vengeoit: la Reine avoit jadis
Etranglé sa femme et son fils.
Bref, il ne pleura point. Un flatteur l’alla dire,
Et soutint qu’il l’avoit vu rire.
La colère du Roi, comme dit Salomon,
Est terrible, et surtout celle du roi Lion;
Mais ce Cerf n’avoit pas accoutumé de lire.
Le Monarque lui dit: « Chétif hôte des bois,
Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix.
Nous n’appliquerons point sur tes membres profanes
Nos sacrés ongles: venez, Loups,
Vengez la Reine; immolez tous
Ce traître à ses augustes mânes. »
Le Cerf reprit alors: « Sire, le temps de pleurs
Est passé; la douleur est ici superflue.
Votre digne moitié, couchée entre des fleurs,
Tout près d’ici m’est apparue;
Et je l’ai d’abord reconnue.
« Ami, m’a-t-elle dit, garde que ce convoi,
« Quand je vais chez les Dieux, ne t’oblige à des larmes.
« Aux Champs Elysiens j’ai goûté mille charmes,
« Conversant avec ceux qui sont saints comme moi.
« Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi:
« J’y prends plaisir. » A peine on eut ouï la chose,
Qu’on se mit à crier: « Miracle! Apothéose! »
Le Cerf eut un présent, bien loin d’être puni.


Amusez les rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges:
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli,
Ils goberont l’appât; vous serez leur ami.

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7 réflexions au sujet de « Satire de la Cour, satyre… »

  1. L’image que donnent les médias de ces personnalités colle rarement , tout y est lissé , jusqu’au jour où les défauts ressortent .
    Chaque homme a ses travers plus ou moins marqués , disons que là , c’était connu de tout l’entourage.
    Après si ce sont des actes délictueux , la justice doit s’en occuper, mais la justice des riches est souvent bien clémente.
    Un sujet très approfondi que ce dernier , j’ai bien aimé les citations que tu as prises pour appuyer ton texte
    Passe une douce journée ,Françoise
    Bisous
    timilo

  2. Bonjour Françoise,
    Nous pourrions écrire à deux mains tant nos sujets et nos préoccupations se rejoignent !
    Je suis bien contente que DSK soit hors circuit du PS ! ce n’est pas un homme de gauche, d’ailleurs Lagarde continue sa politique, c’est dire.
    Je suis écoeurée par ce comportement et Montebourg a raison de demander à ce qu’il fasse des excuses au PS.
    Quant à Rocard, lui-même est assez « chaud-lapin » je crois, pour l’ouvrir. Ce vieux machin a fait assez de dégâts lui aussi et n’est pas de gauche non plus, à mes yeux.
    Voilà, Françoise, des courtisans et courtisanes, il y en a plein, par exemple : Morano et Lefebvre, d’ailleurs il faudrait les marier ceux-là, cela ferait de beaux spécimens.
    Bonne journée malgré tout ça et bisous.

  3. Bien entendu, je suis de votre avis…Ce monde est écoeurant. Gauche ? Droite ? je ne vois pas beaucoup de différence ! Ce qu’il faut, c’est réussir coûte que coûte à dépasser le copain, quel que soit le moyen employé….
    Les courtisans ne sont pas morts…ils ont encore de beaux jours !

  4. Rien ne change apparemment..en tous temps il ya eu des êtres assoiffés de pouvoir et d’argent… c’est vrai, ce n’est pas beau à voir..et parfois décourageants…Heureusement, il est aussi des êtres intègres et génèreux

  5. en fait c’ est encore et toujours une question d’ argent et de pouvoir !
    Dans un sens, pour celles qui feraient n’ importe quoi pour obtenir un rôle,
    dans un autre, pour toutes ces castes, politiques ou médiatiques, qui se croient tout permis, parce qu’ adulés par les médias !
    et tu auras remarqué que tous ces messieurs se donnent la main !
    Souviens toi de ce cinéaste violeur pédophile, et des soutiens qu’ il a reçu, non seulement de ses confrères, mais aussi de la classe politique !
    Le fait que des civils participeront à des procès changera t’ il quelque chose, ou faudra t ‘ il rétablir les tribunaux populaires ?
    bonne journée
    bisous

  6. contrairement à ce que l’on pense, on est moins libre de paroles qu’à l’époque des lettres de cachet. Il suffit de voir l’utilisation que Sarkozy a fait des RG à des fins personnelles. Il fait bon être courtisan, pas contestataire ou même réaliste.

    Mais il me semble qu’une fois l’histoire a mal fini pour eux…

  7. Ping : Courage, Jean Jaurès | FrancoiseGomarin.fr

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