Influence grecque

Grègue, connaissez-vous ce mot ? Si vous êtes Réunionnais ou si vous avez vécu à la Réunion par le passé, sans aucun doute ce mot vous dit quelque chose, sinon… non ? Alors voilà ce qui est écrit dans le dictionnaire « le Littré ».
grègue
nf (grè-gh’)
– Haut-de-chausses, culotte ; on ne le dit plus qu’au pluriel.
“Dont le rabat est sale et la chausse rompue,
Ses grègues aux genoux, au coude son pourpoint”. [Régnier, Satires]
– Tirer ses grègues, s’enfuir.
“…. Le galant aussitôt
Tire ses grègues, gagne au haut”. [La Fontaine, Fables]
Populairement : Laisser ses grègues, mourir.
Il a bien mis de l’argent dans ses grègues, il s’est enrichi.
Avoir de l’argent en grègue, avoir de l’argent en poche, n’être jamais sans beaucoup d’argent.
Il en a dans ses grègues, se dit d’un homme à qui il est arrivé quelque accident fâcheux.
Remarque :
Aujourd’hui que le mot grègue est peu connu, bien des gens y substituent le mot guêtre ; ce qui fait presque partout un contre-sens.

J’ajoute que les grègues, étaient au XVIe et XVIIe siècles des hauts-de-chausses ou culottes dites « à la grecque » que l’on relevait (retrousser) pour courir plus vite. Ce nom vient du provençal « grega » qui signifiait « grecque ».

En créole, le sens est différent ; grèg (grègue) filtre à café, cafetière viendrait de la mode du café à la grecque. La grègue est un ustensile cher aux réunionnais d’autrefois, encore en service dans les zones les plus retirées. Il était souvent fabriqué de manière artisanale en tôle de fer ou en fer blanc, et indispensable dans les cuisines pour « faire couler son café authentique », du Bourbon pointu, peut-être. La grègue mesure environ 20 cm. Sa forme est un peu particulière. La « grègue » possède un fond plat et un long goulot oblique (verseur). Au-dessus, une seconde partie s’emboite, elle possède un tamis au fond, dans lequel on place le café moulu très fin et tassé.
On verse l’eau bouillante sur le café, à petites doses. Le «jus» est récupéré en tant que café dans la partie du dessous où se trouve le goulot.
Le « café coulé », très fort, se boit très sucré dans une petite tasse en porcelaine. Maintenant… arcopal, pyrex quelquefois ; adieu la porcelaine !

Au Sud de l’île, en plein coeur du Sud Sauvage (ma région préférée), le village de la Plaine des Grègues (labellisé village créole) abrite l’or jaune de l’île. Ce hameau des Hauts de Saint Joseph est la capitale du curcuma.

La plaine des Grègues est un village du territoire communal de Saint-Joseph.   Située sur les hauteurs au Nord de Saint-Joseph, la Plaine des Grègues est  aussi un plateau limitée par la Ravine des Grègues et la Rivière des Remparts.  Village rural à 650 mètres d’altitude, surtout réputé pour la  production de curcuma, mais aussi de songes (un légume, pas les rêves) ; se cultivent aussi en grande quantité les  chouchous (la christophine des Antillais).

C’est la ravine des Grègues qui a donné son nom au village. Cette appellation  est très ancienne car dans le mémoire de Feuilley de 1704,  figure, sans qu’on puisse être sûr qu’il s’agisse du même lieu l’appellation  Ravine des Grègues. Le nom de Plaine des Grègues aurait été appliqué à cette région car les   bassins ne gardent pas l’eau qui disparaît aussitôt comme dans un filtre à  café, la grègue créole. Les pluies s’infiltrent et ne réapparaissent que  beaucoup plus bas. (Pas grave, les hauts de l’île sont bien arrosés.)

Dans les années 1900, la Plaine des Grègues connut une période de prospérité, lorsque la paille-chouchou était à la mode. Avec cette paille, on fabriquait des chapeaux : capelines pour les dames et «panama pays» pour les messieurs. Cette région fut, ensuite, une zone de culture du géranium et du vétyver. Mais les traditions se perdent. Pour produire des huiles essentielles, il faut travailler beaucoup pour gagner pas grand chose.

Concurrence des senteurs artificielles et des zones à main d’oeuvre pas chère. Comment on privilégie l’argent et le profit au lieu de la qualité…

******* Je ne résiste pas au plaisir de vous donner le texte de cette fable de La Fontaine, peu connue, mentionnée au début :

LE COQ ET LE RENARD
Sur la branche d’un arbre était en sentinelle
Un vieux Coq adroit et matois.
Frère, dit un Renard adoucissant sa voix,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.
Je viens te l’annoncer ; descends que je t’embrasse ;        Baiser de Judas… (clic ici)
Ne me retarde point, de grâce :
Je dois faire aujourd’hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte à vos affaires  :
Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux dès ce soir.
Et cependant, viens recevoir
Le baiser d’amour fraternelle.                   (amour : mot féminin encore à cette époque)
Ami, reprit le Coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle
Que celle
De cette paix.
Et ce m’est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers,
Qui, je m’assure, sont courriers
Que pour ce sujet on envoie.
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous.
Adieu, dit le Renard, ma traite est longue à faire,
Nous nous réjouirons du succès de l’affaire
Une autre fois.  Le Galand aussitôt
Tire ses grègues, gagne au haut,
Mal content de son stratagème ;
Et notre vieux Coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur
Car c’est double plaisir de tromper le trompeur.

N’est-ce pas ?

11 réflexions au sujet de « Influence grecque »

  1. ah… dès que j’entends parler de la Réunion
    je m’envole sur les ailes du rêve !

  2. Bonjour Françoise
    ton article est un enchantement car il nous fait passer du vêtement à la géo et à la vie sociale dans un parfait enchainement.
    Puis pour un buveur de café comme moi découvrir un nouvel ustensile à café, même si désuet, est toujours un plaisir.
    Cela m’a fait penser à la cafetière napolitaine de mon enfance, elle était déjà un luxe, qui par certain coté fonctionne comme la grègue.
    dès que j’aurais récupéré une photo je te la ferais parvenir.
    Bonne journée à toi en La Fontaine de jouvence.
    Antonio

  3. Alors là Françoise, chapeau bas, moi qui aime le français, je ne connaissais ni le mot, ni l’expression, ni la fable ! un 0 pointé pour moi quoi !
    Merci de m’avoir instruite ce matin.
    Plein de bisous amicaux pour toi et bonne journée.

  4. un même mot et des sens tout différents…j’ignorais tout de cela et merci pour la fable de La Fontaine..Tu rafraîchis nos souvenirs

  5. alors là, tu me fais regretter d’ avoir laissé mes  » Littré  » à mon fils, d’autant que je suis sur qu’ il ne les a jamais ouvert !
    j’ ai bien aimé parcourir cet article domestique qui fait de la géopolitique !
    Présente toi aux présidentielles, et je te donne ma voix !
    que du nouveau pour moi, et j’ aime apprendre !
    merci, voila comme j’ aime débuter une semaine même s’ il m’ a fallu relever mes hauts de chausse, pour courir de concert avec non non pas le renard, mais les lévriers !
    bonne journée
    bisous
    Ps. j’ ai quand même gardé mes 12 Larousse !

  6. il m’en faudrait bien des grègues pour mes randos d’hiver…

  7. Bonsoir ma très chère Françoise
    Je ne connaussais absolument pas ce mot et j’ai bien aimé la fable
    Le temps rend nostalgique mon amie ,je le suis aussi pour beaucoup de raisons ,mon blog est mon exutoire et si je pouvais te donner le sourire je le ferais avec tant de joie
    Mais j’ai de belles vagues sur mon blog qui t’apporteront une certaine paix mon amie
    Bonne soirée et Gros bisous
    Méline

  8. Très bien cette fable arrangée !!! Grègue est un mot que je ne connaissais pas. Je te souhaite un bon mardi. Gros bisous. FRANCOISE

  9. Joli, reportage merci beaucoup
    J’ai beaucoup apprécié la fable de la Fontaine pour finaliser
    Ti Bo ma Douce

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