Pour en finir avec le beurre

Je vous avais promis des expressions beurrées, je termine là avec « avoir un oeil au beurre noir », « ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre », et quelques autres plus ou moins connues.

1 – Avoir un œil au beurre noir c’est avoir un oeil entouré d’une ecchymose due à un coup. Rien n’interdit d’avoir les deux yeux au beurre noir, ce qui est courant après certaines opérations de chirurgie esthétique : rhinoplastie et/ou blépharoplastie. Pour ce qui est d’un coup de poing dans chaque oeil, je ne connais plus vraiment de bons chrétiens qui tendent la joue gauche quand ils ont pris une « mandale » dans la joue droite. Nous avons tous tendance à rendre, ou même, de plus en plus souvent, à fuir. Oui, c’est sagesse de fuir quand on est seul contre vingt… et même à un contre un. Allez savoir ce qui peut arriver. Sagesse ? Intelligence ? Lâcheté ? A vous de juger !

Cette expression est attestée en 1585, sous la forme « les deux yeux pochés au beurre noir ». En effet, on faisait pocher au beurre noir les oeufs (pour moi, les oeufs pochés c’est à l’eau, mais bon). De « deux oeufs pochés au beurre noir » à « deux yeux pochés au beurre noir », il y a soit une incompréhension des mots, soit une plaisanterie délibérée, mais le lien  est plus que probable. Dans la poêle, le blanc des oeufs entourés du beurre noirci, trop cuit, peut être comparé au blanc des yeux entouré du bleu qui apparaît après le coup reçu.

Oserai-je ? L’argot ? Bouchez-vous les yeux, les pudibonds, sautez la ligne suivante. En argot, l’oeil désigne l’anus, entre autres. Cet oeil au beurre noir, on imagine ce dont il s’agit (bonjour les scatologues !).

Passons à l’expression suivante :

2 – Ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre, c’est autrement dit ne pas avoir inventé l’eau tiède,  ou la poudre, être d’une intelligence limitée, pas malin, benêt, niaiseux… Tirez votre chapeau à ceux qui ont inventé la poudre et surtout les pâtes :  les Chinois ! Je leur accorde (on ne prête qu’aux riches) la paternité du fil à couper le beurre, même si ce produit n’est pas dans leurs traditions.

3 – Pas plus que de beurre en branches . On rencontre de temps à autre l’expression proche : pas plus que de beurre en broche (pas facile la broche ou la brochette de beurre), mais les deux expressions signifient : RIEN de rien. Devant votre frigo vide, vous pouvez penser ou dire : « Y a pas plus de yaourts que de beurre en branches ». J’espère que vous avez … des pommes par exemple.

4 – S’en tartiner l’oeil avec du beurre demi-sel. Expression rare, semblable à « n’en avoir rien à faire » ; on dit aussi « je m’en bats l’oeil » (ou quelque chose de situé plus bas dans l’anatomie masculine).

5 – Promettre plus de beurre que de pain. Les hommes politiques la taisent, celle-là, mais ils utilisent la technique : ils font des promesses électorales. Ils promettent plus qu’ils ne veulent ou ne peuvent tenir : « le pays de Cocagne est pour demain », pas l’El Dorado, c’est trop gros. Moi j’appelle ça une promesse d’ivrogne. (Borloo n’est pas tout seul à faire des promesses). C’est là qu’intervient la faculté d’oubli (pour eux). Vous n’aviez pas bien compris. Eux ne mentent pas mais vous, vous êtes des simplets.

6 – Et ta sœur, elle bat le beurre ? Expression utilisée souvent dans les cours d’école quand j’étais petite, et dans La Guerre des Boutons, puis de plus en plus rarement, au point qu’il y a des lustres que je ne l’ai pas entendue. C’est que je dois fréquenter des gens bien, policés, politiquement corrects, bégueules ou … totalement illettrés. C’est un  bon synonyme de  » De quoi tu te mêles ? », devenu « ça ne vous regarde pas »,  ou du plus agressif « Ta gueule ! ». C’est une façon de poser une question indiscrète.

Cette expression est d’origine argotique (la langue verte est vivante et créative) ; un dictionnaire d’argot de 1881 signale  : « Et ta sœur, elle est malade ? ». Le même dictionnaire cite également un refrain populaire :« Et ta sœur, est-elle heureuse ? Elle n’est pas là ! A-t-elle eu beaucoup d’enfants ? Fait-elle toujours la gueuse pour la somme de trois francs ? »

Je sais qu’on peut répondre au « Et ta soeur ? » devenue la formule raccourcie, « elle bat le beurre. » pour la rime, et même ajouter (c’est pas beau, j’ai honte mais je l’écris quand même) :  « quand elle battra la merde, tu tiendras le bâton! ».

Juré, promis, demain je suis polie.

Vous avez ri ? souri ? M’avez-vous maudit ?

10 réflexions au sujet de « Pour en finir avec le beurre »

  1. Bonjour, c’est amusant de connapitre toutes ces expressions ! Pour les enfants tu as raison mais à table il est préférable qu’ils soient calmes ! Bon jeudi

  2. J’ai les yeux au beurre noir, je suis bien embêté,
    Je ne peux plus rien voir, je vais me recoucher.

    Dan
    Je ne vois plus rien, qui a coupé l’électricité ??
    Bonne journée

  3. Bonjour Françoise,
    Je ne suis pas bégueule, donc tu ne m’as pas choquée !
    J’adore comme toi toutes les expressions;
    J’ajouterais pour les hommes politiques : « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » !
    Je serais pour faire la même chose qu’en Espagne en ce moment.
    En ce qui concerne mon article sur Tom et Léa, sache que vivre dans une yourte est tout à fait possible, puisque c’est à la mode d’en louer pour les vacances.
    On doit être à proximité d’un point d’eau et on peut installer des toilettes sèches.
    Ces deux jeunes travaillent mais ne peuvent se payer un loyer, car en Ariège, les anglais, hollandais etc ont fait grimper les prix immobiliers au détriment de la population locale. Donc c’est un bon compromis avec l’accord du maire et c’est mieux que de vivre dans la rue ou dans sa voiture. Pourquoi ce serait permis pour des gens aisés qui ont les moyens de se payer des vacances là-dedans et pas pour eux ?
    Je les trouve très courageux.
    Voilà, bises Françoise et bonne journée.

  4. la variété, il n’ y a que ça de vrai pour tenir en haleine !
    Pour le chrétien que je suis, j’ ai compris que la bonne méthode, quand on sent la merde arriver, est de taper le premier !
    il est rare qu’ un nez en compote fasse prendre le risque d’ un oeil au beurre noir
    bonne journée
    amitiés

  5. Et voilà, j’ai ri…vous maudire ? que non ! ce sont des expressions qu’on entendait très souvent et qu’on utilisait quand les parents ne nous entendaient pas …! Mon frère avait une expression qu’il avait pêchée je ne sais où, pour dire qu’il s’en moquait : »je m’en balaie le nombril avec une queue de lapin russe « ! Pourquoi un lapin russe ???ça, je ne comprenais pas….
    Bonne journée.

  6. Bonsoir Françoise, Sanka te salue bien ! Il pense que tu ne verras pas son com !
    Que d’expressions avec ce beurre. Dans la fermette où nous sommes restés réfugiés deux mois en 1944, le jeune demandait à sa mère : une « beurrée » soit une tartine avec du beurre.
    Tu ne m’as pas choquée du tout, il m’en faudrait plus !
    Je te souhaite une bonne soirée.
    Amitiés.
    Bisous.
    Chantou

  7. Bonsoir Françoise,
    Un vrai travail d’écriture ce texte sur les expressions beurrées 🙂 et drôle avec ça, pas du tout vulgaire je te rassure, loin de là, on en redemande !
    Amitiés

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