Starmania

Luc Plamondon. en écrivant « Starmania » avait eu une vision prophétique des temps présents, les années 2000 et quelques. Il avait bien senti son époque et l’avenir qui se dessinait. Il avait compris qu’il y a bien longtemps que la société fait de nous ce qu’elle veut et qu’un jour secouer le joug deviendrait inévitable à moins de continuer à tout supporter en silence. Ras-le-bol et angoisse du lendemain sont les détonateurs des révolutions.

Luc Plamondon en tous cas, appuie là où ça nous fait mal. Rock-désespoir. Pourquoi des générations entières ont-elles été et sont-elles encore sensibles à ses mots ? Sommes-nous nombreux à être trop « à vif » ? Quand j’ai vu cette comédie musicale, j’ai souvent dû retenir mes larmes.

Connaissez-vous bien l’histoire (voilà le résumé fourni par Wikipedia):

Dans un futur proche, l’Occident n’est plus qu’un seul pays dans lequel nombre d’individus rêvent, d’une façon ou d’une autre, de devenir une star. À l’approche de l’élection présidentielle, Monopolis, la capitale Occident, est terrorisée par les Étoiles Noires. Le chef de la bande, Johnny Rockfort agit sous l’emprise de Sadia, une étudiante travestie (homme travesti en femme) agitatrice et issue de la haute société. Dans les souterrains de Monopolis, Marie-Jeanne, serveuse de l’Underground Café écoute les bulletins d’information en continu du télévangéliste (présentateur du journal télévisé) Roger Roger sur la chaîne Télé-Capitale et assiste aux préparations d’attentats de Sadia et Johnny.

Au-dessus de ce café souterrain s’élève la tour dorée du milliardaire et ancien militaire Zéro Janvier. Celui-ci annonce sa candidature à l’élection présidentielle et défend un modèle de société sécuritaire, raciste, économiquement libérale et résolument éloignée de toute conception écologiste : le « nouveau monde atomique ». Son principal adversaire, le Gourou marabout, prône quant à lui un retour à la nature et une plus grande liberté des mœurs.

Sur Télé-Capitale, l’animatrice vedette Cristal présente l’émission Starmania, promettant à des candidats de devenir « la star d’un soir ». Ziggy, un jeune disquaire homosexuel dont Marie-Jeanne est amoureuse, rêve de passer à Starmania et d’accéder à la gloire en tant que premier danseur de rock au monde. L’entendant parler de ses projets, Sadia décide de lui voler la vedette et appelle Cristal pour lui proposer une interview exclusive et clandestine avec Johnny. Cristal et Johnny ont immédiatement un coup de foudre : elle s’enfuit avec lui, alors que la presse croit à un enlèvement. Un désaccord éclate avec Sadia lorsqu’elle décide de pirater la fréquence de Télé-Capitale pendant un débat entre Zéro Janvier et le Gourou marabout pour revendiquer au monde entier qu’elle est avec Johnny Rockfort : celui-ci prend le parti de Cristal, et Sadia laisse apparaître sa jalousie.

Dans le même temps, Stella Spotlight, actrice de cinéma hypersexualisée et dépressive annonce la fin de sa carrière. Zéro Janvier voit en elle un atout de communication, et lui propose de devenir son égérie politique. Elle apparaît publiquement avec le milliardaire, puis mène une campagne active pour lui. Mais Stella, psychologiquement détruite, prend part à des séances de thérapies de groupe à la limite de l’orgie organisées par le Gourou marabout. Zéro la demande alors en mariage, qui sera fêté dans la discothèque située au sommet de la tour dorée, le Naziland.

Cristal est devenue une héroïne populaire. Elle et Johnny, maintenant séparés de Sadia, décident de faire exploser la tour ce soir-là. Ziggy, qui a disparu sans plus donner de nouvelle à Marie-Jeanne, est devenu disc-jockey du Naziland. Sadia apprend l’attentat préparé par les Étoiles noires et, furieuse de jalousie, dénonce Johnny et Cristal à Zéro Janvier. Les hommes armés de Zéro Janvier poursuivent les Étoiles noires. Cristal perd la vie au cours de la poursuite, jetée du haut de l’édifice. Pendant que son corps est porté en procession, Marie-Jeanne quitte l’univers souterrain et l’aliénation de son travail.

Peu après ces événements, Zéro Janvier est élu Président de l’Occident. Johnny tente d’assassiner Zéro Janvier, mais est abattu par ses agents secrets. La scène finale voit l’esprit de Johnny s’élever vers d’autres cieux, pendant que les terriens chantent à l’univers leur désespoir vis-à-vis de leur condition.

Je vous propose de lire et d’écouter quelques morceaux choisis de Starmania qui mettent en évidence les sujets de réflexion, d’inquiétude et d’angoisse..

J’ai pas demandé à venir au monde, j’voudrais seulement qu’on m’fiche la paix. J’ai pas envie d’faire comme tout l’monde 
Mais faut bien que j’paye mon loyer…

« Qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? Qu’est-ce que je vais faire demain, c’est ce que j’me dis tous les matins. »

J’veux pas travailler 
Juste pour travailler 
Pour gagner ma vie 
Comme on dit 
J’voudrais seul’ment faire 
Quelque chose que j’aime 
J’sais pas c’que j’aime 
C’est mon problème

Un jour vous verrez 
La serveuse automate 
S’en aller 
Cultiver ses tomates 
Au soleil.

Qui veut travailler juste pour travailler aujourd’hui ? Juste pour gagner des sous ? De moins en moins de jeunes. Combien de diplômés, de « bac+5 » montent des buttes de permaculture, se recyclent, créent une brasserie, se reconvertissent en boulanger, pâtissier, fondent une entreprise plus ou moins sociale, se lancent dans l’art ou tout autre activité qui pour eux a du sens, au mépris du bon sens selon leurs ainés pour qui la régularité des revenus et la sécurité de l’emploi sont la clé du bien-être, du confort, ou même du bonheur ? 

Johnny Rockfort (Daniel Balavoine), le banlieusard rebelle qui a quitté sa banlieue sans avenir, est aussi en quête de sens pour sa vie :

Au grand loto de l’univers
J’ai pas tiré l’bon numéro
J’suis mal dans ma peau
J’ai pas envie d’être un robot
Métro boulot dodo

Il vit une crise existentielle tout comme le businessman (Zéro Janvier de son petit nom) qui a le blues…

Il aurait tellement voulu être un artiste ! Il construit des buildings alors qu’il veut se voir sur un grand écran en couleurs et finir président de l’Occident, ce qui n’est pas sans rappeler un certain Donald Trump. Je vous dis que Starmania était prophétique !

De New York à Tokyo, tout est partout pareil 
On prend le même métro vers les mêmes banlieues 
Tout le monde à la queue leu leu

Les néons de la nuit
Remplacent le soleil
Et sur toutes les radios
On danse le même disco
Le jour est gris la nuit est bleue

Dans les villes
De l’an deux mille
La vie sera bien plus facile
On aura tous un numéro
Dans le dos
Et une étoile sur la peau
On suivra gaiement le troupeau
Dans les villes
De l’an deux mille

Mirabel ou Roissy
Tout est partout pareil
Tout autour de la terre
On prend les mêmes charters
Pour aller où le ciel est bleu

Quand on ne saura plus
Où trouver le soleil
Alors on partira
Pour Mars ou Jupiter
Tout le monde à la queue leu leu

Comment ne pas penser à nos portables greffés à nos mains (le numéro dans le dos, c’est ça) ? À Elon Musk dont les objectifs de SolarCity, Tesla et SpaceX tournent autour de sa vision de changer le monde et l’humanité ; ses buts (humanitaires) : réduire le réchauffement climatique par la production et la consommation d’énergie durable, réduire le « risque de l’extinction humaine » en créant une vie multi-planétaire et en établissant une colonie humaine sur Mars.

On vit déjà cent pieds sous terre 
C’est le retour aux catacombes 
Entre les murs des grandes artères 
L’homme ne voit plus jamais son ombre

La ville a étendu ses ailes 
Sur toute la grandeur du pays 
Les néons flashent dans le ciel 
Et le jour ressemble à la nuit

L’étalement urbain a pris des proportions énormes à coup d’ouvertures de centres commerciaux qui laissant les centre-villes exsangues, avec les ceintures de résidences pavillonaires (plus ou moins laides) grignotant inexorablement les terres agricoles, sans parler des aéroports et autres autoroutes et ronds-points. D’où viendront les produits de consommation alimentaire si les terres ont disparu ?Johnny Rockfort aurait-il été ZADiste ?

En résumé, Starmania parle de crise et d’angoisse existentielle, de lutte des classes, de banlieues délaissées, de terrorisme… d’actualités 2020.

Y’a plus d’av’nir sur la terre 
Y’a quelque chose qui tourne pas rond 
Dans l’système solaire

Y’a-t-il quelqu’un dans l’univers 
Qui puisse répondre à nos questions
A nos prières
A nos prières

Qui nous dira
Ce qu’on fait là
Dans ce monde
Qui ne nous ressemble pas ?

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? Moi, pas trop bien. Peut-être que la date de mon anniversaire qui approche me chamboule un peu trop.

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1 réflexion sur « Starmania »

  1. Qui aurait pensé que le projet de Michel Berger aurait autant de succès !
    Je me rends compte que j’ écoutais sans entendre, et qu’ en fait toutes ces chansons décrivaient et dénonçaient la folie et le chaos de notre société !
    La vie est inexorable, mais c’est peut être la seule chose qu’ on ne peut pas acheter !
    Je me console en me disant que l’ âme est immortelle !
    Passe une bonne journée Françoise
    Bisous

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