Le Cap Horn

Mon voyage du mois de janvier 2017, au sud, m’a emmenée au Cap Horn et bien sûr à Ushuaïa et dans les fjords chiliens au bord des glaciers. Je commence par le Cap Horn qui est le point le plus austral de l’Amérique, à l’extrême sud de l’archipel chilien de la Terre de Feu. Depuis des siècles, c’est l’un des passages les plus compliqués du monde, en mer : de nombreux bateaux y ont fait naufrage et des marins y ont perdu la vie. On peut y passer presque tranquillement quand même, sous un ciel bleu, quand on a de la chance. J’en ai eu beaucoup. Il ne faisait pas très chaud même si c’était l’été.

Le Cap Horn est considéré comme un cimetière marin (on dénombre 76 épaves en 400 ans de franchissement) et fut surnommé « le Rocher », « le cap redouté » ou « le cap dur » ; il se situe à une latitude de 56° sud, au dessous des 40° latitude, les fameux “quarantièmes rugissants” que j’ai affrontés en Tasmanie (il y a quinze ans).

Le cap Horn se situe entre les “cinquantièmes hurlants” et les “soixantièmes stridents”. Ces vents violents donnent des vagues très fortes et des courants importants. Les plus hautes vagues dans la zone peuvent atteindre 30 mètres de haut mais quand je suis passée les creux étaient (paraît-il) de sept mètres environ, il faisait beau. Je suis chanceuse, je vous l’ai dit, comme les marins du Vendée-Globe qui sont passés, en sens contraire, presque au même moment. D’autres n’ont pas eu le même coup de bol : la météo change vite dans ces endroits-là.C’est vrai qu’entre le vent, la pluie, le brouillard, les écueils et même les icebergs, ce n’est pas une navigation reposante. Et dire que certains fadas sont seuls dans cette épreuve ! Moi qui n’avais rien à faire sinon regarder, j’ai trouvé que c’était bien beau et j’en ai profité.

Le Cap Horn, est un rocher mythique posé très exactement par 55° 58′ 47 »Sud et 67° 17′ 21 » Ouest.

En septembre 1578, Sir Francis Drake, au cours de sa circumnavigation, passa le détroit de Magellan et déboucha dans l’océan Pacifique. Avant de poursuivre sa route vers le nord, son bateau essuya une tempête et fut repoussé largement au sud de la Terre de Feu où il débarqua sur une île. L’étendue d’eau que l’équipage découvrit convainquit Drake que, loin d’être un autre continent, comme il l’avait d’abord pensé, la Terre de Feu était une île avec l’océan ouvert au large de son extrémité sud.

Drake a laissé son nom au détroit qui sépare la Terre de Feu de l’Antarctique. Pour des raisons d’État, le chemin du Cap Horn fut gardé « secret défense » par l’Amirauté britannique jusqu’à ce que des Hollandais, au début des années 1610, las du monopole du commerce imposé par la Compagnie des Indes qui contrôlait le détroit de Magellan, n’arment deux navires (Le Hoorn et le Eendracht)  pour passer, officiellement les premiers, le Cap Horn en 1616. Malheureusement, Le Hoorn fut détruit lors d’un accident en Patagonie, mais en janvier 1616, le Eendracht traversa le détroit aujourd’hui appelé Le Maire, et l’équipage aperçut une île surélevée au sud qui fut baptisée « Kapp Hoorn ». Ce ne fut qu’en 1624 que l’on comprit que le Horn était une île.

Avec maintenant son phare du bout du monde.Résultat de recherche d'images pour "phare du cap horn"Une photo plus lumineuse mais qui n’est pas de moi et sur laquelle on voit une sculpture à l’extrême gauche.

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Cette sculpture est sensé représenter un albatros en vol. Je veux bien le croire.

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Photo empruntée à www. http://chileconcarlota.en-escale.com/

Le phare de près comme je ne l’ai  pas vu mais les photos d’autres internautes sont utiles.

Même s’il n’est situé qu’à 650 kilomètres du cap Horn et que pendant 200 ans une multitude de navires sont passés par là,  l’Antarctique n’a été découvert qu’en 1820 en raison des conditions extrêmes qui règnent dans cette région.

Des centaines d’expéditions se sont succédées au fil des siècles au cap Horn dont celles de Fitz Roy, un capitaine britannique qui se rendit à deux reprises en Terre de Feu à bord du célèbre Beagle (il a maintenant un canal à son nom), en 1826, puis en 1832, en compagnie du naturaliste Charles Darwin, qui allait chercher là-bas une confirmation de sa théorie de l’évolution des espèces. Charles Darwin a donc fait un tour du monde en bateau pendant cinq ans et dans son livre « Le voyage du Beagle”, il raconte son passage épique du Cap Horn.

En 1882, c’est l’aviso français La Romanche qui s’y rendit dans le cadre d’une expédition scientifique dans les mers australes.

En 1892, plus de 1 200 voiliers croisaient le cap Horn, les grands clippers évitaient les tortueux canaux de Patagonie mais la navigation restait périlleuse : en 1905, on dénombra 53 naufrages au large du ténébreux rocher.

Avant la construction du canal de Panama, inauguré en 1914, le sud du Chili était le seul passage entre l’océan Atlantique et le Pacifique.

En 1949, le Pamir, vaisseau allemand, fut le dernier voilier de commerce à franchir le cap Horn.

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La tradition maritime voulait qu’un marin victorieux du passage du Horn (un « Cap-hornien ») puisse porter un anneau en or sur son oreille gauche, car c’est de ce côté que l’on longe le cap lors de la traversée d’ouest en est, le sens considéré comme classique (je l’ai fait dans l’autre sens : Atlantique vers Pacifique, boucle à droite ! ). L’autre privilège était de pouvoir dîner avec un pied sur la table, la possibilité d’y mettre le deuxième étant réservé aux marins ayant également passés le cap de Bonne-Espérance (Youpi ! Moi j’ai fait les deux, je peux mettre les deux pieds sur la table ; pour l’heure, je les mets dessous quand j’ai fait la cuisine).

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Une autre coutume veut aussi qu’un marin ayant passé à la voile les trois caps (Horn, Leeuwin et Bonne-Espérance) gagne le privilège de « pisser et de cracher contre le vent ». Zut, je ne peux pas le faire pour diverses raisons. Primo, je suis une fille, je peux juste cracher. Deuxio : si j’ai bien vu ces trois caps et même la Tasmanie (plus au sud que Leeuwin et Bonne-Espérance) je n’étais pas en bateau mais sur terre, arrivée en avion et ça ne compte pas pour les marins. Pff !

Un dicton des marins anglais pour finir : « Si tu veux vivre vieux ne passe pas par le Horn ».

Certains navires mettaient plus d’un mois à  le dépasser et dans certains cas ils faisaient demi-tour pour entreprendre un tour du monde…plus rapide.

Pour finir en chanson, une qui s’éloigne du Cap Horn mais qui parle des marins d’aujourd’hui.

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1 réflexion sur « Le Cap Horn »

  1. je me souviens des vagues soulevées par le vent lors d’ une tempête sur un lac, alors que j’ y pêchais en barque, comme d’ un retour en catastrophe sur le Jean-Bart, là pour la pêche au maquereau, avec force 7 en Manche !
    Alors j’ imagine ce qu’ on subi ces marins en approchant ces latitudes !
    Mais l’ homme est ainsi fait que des endroits réputés dangereux attirent plus que d’ autres et permettent de se lancer des défis !
    Je suppose que tu as le pied marin, parce que moi, je ne me sens jamais vraiment à l’ aise sur l’ eau !
    Merci pour ton récit et tes photos
    Bonne journée Françoise
    Bisous

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