CMV

CMV… Késako ? Oui, qu’est-ce que c’est ? Le CMV, c’est le CytoMégaloVirus. Je n’en avais jamais entendu jusqu’à vendredi dernier, jusqu’à ce que ma fille m’en parle, en larmes. Pourquoi ce silence assourdissant ? Pourquoi parle-t-on de la toxoplasmose au point que les femmes enceintes non immunisées ne mangent plus ni salade ni fromage au lait cru ? Pourquoi pas le CMV ? Pourquoi ne dit-on rien de cette infection-là qui, chez la femme enceinte, peut provoquer des lésions chez le fœtus ?

Savez-vous qu’il s’agit de l’infection fœtale congénitale la plus fréquente dans les pays industrialisés ?

Peu connue mais assez courante, l’infection (CMV) est potentiellement dangereuse pour le foetus. Le virus appartient à la famille des herpès-virus, qui compte parmi ses membres le virus de la varicelle et du zona, virus qui ont la faculté de provoquer des infections latentes et persistante ; peu contagieux, il est particulièrement courant chez les jeunes enfants, c’est pourquoi les femmes travaillant à leur contact doivent être très vigilantes particulièrement quand elles sont enceintes.

Faute de symptômes, l’infection peut passer inaperçue : la personne touchée par le CMV ressent de la fièvre, des maux de tête, de la fatigue, des symptômes peu caractéristiques. L’infection n’est pas grave pour une personne en bonne santé, mais elle peut être catastrophique pour une femme enceinte ; quand une maman est infectée pour la première fois par le virus durant le premier trimestre de sa grossesse, le foetus est exposé à des risques graves : atteinte cérébrale, retard mental, surdité sévère et autres handicaps… On estime que la moitié des femmes enceintes sont séronégatives (donc n’ont jamais auparavant été exposés à ce virus).

L’infection à CMV peut être détectée grâce à un test sanguin qui mesure le taux d’anticorps anti-CMV dans le sang maternel ; il ne permet pas de déterminer précisément la date de l’infection ; Impossible donc, en cas de résultat positif, de différencier une infection ancienne (sans risque particulier) d’une primo-infection dangereuse pour le foetus.

Aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe aujourd’hui. Voilà pourquoi on n’en parle pas. Une sorte de politique de l’autruche. Une méthode que je connais pour l’avoir vu pratiquée dans d’autres domaines : si on n’en parle pas, ça n’existe pas.

En 2004, l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES) conseillait ainsi « de ne pas prôner de dépistage tant que les connaissances sur le traitement et les marqueurs pronostiques n’auraient pas progressé« .  Et depuis 2004 ? Rien a priori.

Ne faudrait-il pas toutefois informer davantage les femmes (particulièrement quand elles sont enceintes) des mesures d’hygiène destinées à empêcher la circulation du virus ?

Actuellement, si une infection est détectée pendant la grossesse, une amniocentèse est réalisée : si elle est normale, une surveillance renforcée par échographie est préconisée ; si elle révèle des signes suspects, une interruption médicale de grossesse peut être proposée. Et quand on en parle à la maman quand elle est à trois semaines du terme de sa grossesse ? N’est-ce pas de la cruauté mentale ?

Pour éviter une contamination par des CMV, il convient de renforcer l’information et le respect de mesures d’hygiène strictes car le virus se transmet via tous les fluides corporels (sécrétions du nez, postillons, larmes, sperme, urines, sang, etc.). Peu contagieux, il faut un contact répété avec le virus pour être infecté ce qui est le cas des mamans.  Pour résumer, les femmes enceintes et en contact (familial ou professionnel) avec des enfants de moins de 3 ans qui bénéficient d’un mode de garde collectif, doivent veiller à :

  • Ne pas entrer en contact avec les fluides potentiellement porteurs du virus, notamment la salive, les larmes et les urines ;
  • Se laver régulièrement les mains, notamment avant et après chaque change, les couches contenant l’urine de bébé ;
  • Ne pas goûter les aliments de bébé avec la même cuillère ;
  • Ne pas partager les affaires de toilette de bébé ;
  • Eviter les baisers baveux et le contact avec les larmes.

Le dépistage de l’infection par le cytomégalovirus n’est pas proposé aux femmes enceintes en France. Une association voudrait que cela change même si en l’état actuel, ce dépistage n’apporterait rien de plus.

La toxoplasmose et l’infection à cytomégalovirus, ou CMV, ont beaucoup de points communs. La moitié de la population rencontre le parasite ou le virus sans trop sans rendre compte et c’est souvent à l’occasion d’examens sanguins qu’on s’aperçoit qu’on a des anticorps, preuve que l’organisme a rencontré et vaincu l’intrus.

Dans 90 % des cas, l’infection à CMV sera sans aucune suite, cependant, bon an mal an environ deux enfants enfants naissent, en France, avec des séquelles. Ces séquelles sont souvent auditives, notamment des surdités progressives, mais il y a aussi des atteintes cérébrales pouvant conduire à des infirmités motrices cérébrales.

L’échographie peut dépister des anomalies évocatrices de l’infection : un foie et une rate trop gros ou une taille trop petite de la tête (microcéphalie), retard de croissance intra-utérin qui vont conduire à faire des examens à la recherche de l’infection mais les choses se compliquent alors.

Heureusement neuf bébés sur dix ayant contracté le virus dans le ventre de leur mère n’en auront aucune séquelle mais ils vont continuer à excréter ce virus au moins pendant un an après leur naissance, dans les urines et la salive.

Attention ! Le CMV peut aussi se transmettre par voie sexuelle donc si papa change son petit ou si professionnellement il s’occupe d’enfants en très bas âge, il faut qu’il s’astreigne aux mêmes règles d’hygiène que sa femme.

Ce qu’il faut, pour le moment, c’est, qu’à l’instar de la toxoplasmose, les professionnels de la grossesse, en premier lieu les sages-femmes, en parlent aux futures mères. Il faut donc se battre pour l’information, pour que cette affection soit mieux connue.

Quel est le poids financier le plus lourd pour le système de santé : des prises de sang systématiques  pendant la grossesse ou des semaines d’hospitalisation en néo-nat avec des traitements hyper-onéreux pour combattre le virus dans le corps de petits enfants qui ne s’en sortiront pas, qui finiront par recevoir des aides pour personnes handicapées car ils seront sans doute sourds et/ou aveugles, handicapés psychomoteurs, épileptiques, incapables de se nourrir ? Certains devront subir de multiples opérations et des hospitalisations durant leur (parfois) courte vie ?

Je ne parle même pas de la douleur des parents pendant la fin de grossesse quand on fait un diagnostic tardif et de toutes les difficultés qu’ils devront surmonter pour prendre en charge un enfant handicapé.

Vous avez compris que j’ai peur depuis que j’ai découvert ce cytomégalovirus quand ma fille est revenue de son avant-dernière consultation et m’a téléphoné, en  larmes. La sage-femme venait de lui dire qu’elle était porteuse du virus en octobre (début de sa grossesse) et qu’il semblait y avoir un problème.

L’accouchement est prévu le 16 juin. Cette sage-femme ne pouvait-elle pas se taire, présenter les choses avec douceur puisque ça ne change plus rien maintenant ? Vous voyez une IMG à huit mois et demi ? C’est un meurtre.

Ma fille doit passer une nouvelle échographie mercredi. Elle aura vécu une semaine de terreur. Et après ce mercredi ? Quelle annonce ? Quelle suite ?

Je positive en me disant que tout finira bien, qu’il n’y a pas tant de risques, que nous aurons de la chance… Mais pourquoi le personnel soignant ne fait-il pas preuve de plus d’empathie ? Pourquoi stresser une femme en fin de grossesse ? (Son mari et sa famille aussi.)

Pourquoi économise-t-on sur ces analyses alors qu’on distribue allègrement de l’argent pour l’A.M.E. ?

Qui fait de pareils choix ?

Qui a intérêt à ces choix ?

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

 

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6 réflexions sur « CMV »

  1. Je lis cet article. J’ai pu constater dimanche que vous étiez « terriblement inquiète » pour votre fille et aussi pour la suite….Peut-on inquiéter à ce point une future maman, prête à avoir son bébé dans…3 semaines, alors qu’on aurait constaté depuis octobre, c’est-à-dire en début de grossesse, qu’elle était porteuse du virus ? Il s’agit certainement d’une erreur…mais, la peur est là ! Et on ne peut plus rien faire, c’est trop tard !
    A-t-on un tel dédain des femmes qui veulent avoir des enfants et de leur famille ? C’est une honte !
    J’espère de tout cœur que pour votre fille il ne s’agira que d’une fausse alerte qu’on aurait pu éviter sans aucun doute ! Avouer qu’ on s’est trompé n’est pas un signe de lâcheté, mais un signe d’intelligence et de respect … Quant à avoir caché d’octobre 2014 à mai 2015 ces résultats d’analyse, comment appeler ça ? On ne peut plus rien faire et là est le « second volet du drame ». Il pouvait s’agir d’une erreur…et alors, on avoue ses erreurs ! La honte n’est pas là…
    Courage Françoise pour vous et vos enfants…et « que tout se passe bien », c’est mon souhait sincère.
    Je vous embrasse.

  2. quand je vois les dépenses faites pour des choses intéressantes, mais inutiles en soi, j’ ai du mal à comprendre qu’ on ne fasse pas de recherche pour contrer cette maladie.
    En l’ état, je ne comprends pas non plus pourquoi on a informé ta fille, puisqu’ il n’ y a pas de remède.
    IL faut être fou pour alarmer ainsi une maman
    Ne te fais quand même pas trop de bile, il y a quand même beaucoup de chances pour que ce soit sans conséquence.
    Bisous Françoise

  3. Bonjour
    Oui, je comprends, quel drame…. merci de nous tenir au courant… que Dieu la soutienne…. Sincèrement
    Jean

  4. Bonjour

    Pourquoi si y’a aucun remède d’en parler ? C’est fou ça !!!!
    Une mère à d’autres chats à fouetter que de se faire de la bile pour rien
    Ou de se torturer l’esprit

    Bonne Journée et tout comme toi faut positiver

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