Un choix cornélien

Demain, vous allez choisir votre nouveau maire et vos conseillers municipaux et communautaires. Le choix ne sera pas vraiment cornélien, pas pour nous les électeurs ; nous dirons oui à telle ou telle liste. Les politiques traduiront : vote-sanction, approbation… Les candidats, eux, ne devront pas  maintenant encore choisir un mandat ; nous n’en aurons pas encore fini avec les députés-maires puisque le non-cumul des mandats ne s’imposera qu’en 2017. Tiens pourquoi ?

Pourtant, pour la première fois, des communes n’ont pas de candidat au poste de maire et pas de liste non plus. Il est vrai qu’il y a de quoi refréner les ardeurs d’éventuels volontaires : des charges de plus en plus lourdes s’abattent sur les maires qui font face, souvent seuls, à une administration chaque jour plus pesante. 30% de maires vont raccrocher leur écharpe. Certes certains sont vieux, très vieux : le doyen des maires a 93 ans et dans six ans, il en aura presque cent. Il a assuré onze mandats consécutifs ; il a été élu pour la première fois en 1947. Alors, il veut s’arrêter. Quoi de plus normal ? De plus responsable ?

D’autres maires rempilent quand même : par exemple, dans le Val-d’Oise, André Toulouse, maire UMP de Roissy-en-France, est candidat à un septième mandat  tout comme Alain Juppé, 68 ans, UMP, ex-Premier ministre, en Gironde qui rêve d’un quatrième mandat, Noël Mamère, 65 ans, sans étiquette, un cinquième mandat à Bègles. Dans les Pyrénées-Atlantiques, Jean-Lassalle, 58 ans, MoDem, député depuis 2002, est maire de Lourdios-Ichère sans discontinuer depuis 1977, lui aussi espère bien décrocher son septième mandat…

Quand il faudra choisir en 2017 entre  deux fonctions, quel sera le choix à ces députés-maires ? Un choix extrêmement difficile en matière d’image et de revenus. Un choix cornélien ? Non, pas vraiment, ce n’est pas un choix qui oppose la raison et les sentiments ou l’honneur et les sentiments comme chez les héros de Corneille.

Cornélien est un adjectif dérivé de Pierre Corneille, auteur de tragédies connues comme « Horace » ou « Le Cid », au  XVIIe siècle. Corneille, dans ses pièces les plus typiques, a créé des personnages dont le comportement manifestait une certaine rigueur et une extrême grandeur d’âme, ainsi que volonté, maîtrise de soi, en résumé : de l’héroïsme.

Souvenez-vous : Horace, marié à Sabine, doit  combattre Curiace, fiancé à Camille pour défendre sa cité. Sabine est la soeur de Curiace et Camille, la soeur d’Horace. Situation inextricable où tout le monde va perdre, même en étant vainqueur.

Dans Le Cid, Rodrigue, fils de Don Diègue aime Chimène, fille de l’homme qui a humilié son père. Malgré son amour pour Chimène, Rodrigue doit venger son père, se battre  en duel contre Don Diègue ; malheureusement, il le tue. Chimène, malgré ses sentiments pour Rodrigue, doit demander sa tête au roi. Comment l’amour peut-il s’en sortir ?

Ces situations inextricables sont typiques des œuvres de Corneille d’où l’adjectif cornélien. Alors quand des choix cornéliens en politique pour les politiques ? Nous, citoyens avons dû en faire un en 2012 : François, Nicolas ou blanc, sachant qu’en fin de course nous allions nous faire plumer.

Souvenir, souvenir… J’étais encore au lycée, en 1969. J’adorais cette chanson Chimène de René Joly.

Aux amours bien nées 
Chimène, 
Le bonheur n´attend pas 
Le nombre des années 

à rapprocher de ces deux vers de l’acte II, scène 2 du Cid :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années.

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3 réflexions au sujet de « Un choix cornélien »

  1. Y’a pas vraiment de choix cornélien quand y’a que deux listes, le coeur et aussi la raison nous donne systématiquement la couleur sur le programme réfléchi d’un candidat à se rallier à sa cause. En effet, la réalisation de certaines promesses est souvent farfelue et disproportionnée dans un contexte soi-disant de crise ou de l’envergure d’une ville peuvent discrédité d’un geste un candidat. Le rêve, la poudre aux yeux et le pays des bisounours arrivé à un certain âge ont n’y croient plus.

    Pour revenir sur le manque de Maires il y’a deux explications
    La première c’est la parité qui est devenue obligatoire dans les villes de plus de 2000 ou 5000 habitants. La seconde c’est suite à une nouvelle loi qui stipule un enregistrement de la liste à la préfecture en non faxée comme avant, Demain dimanche 23 même si les votes n’aura pas lieu ils peuvent très bien passer directement pour le second tour si bien entendu la liste aura été déposée à temps, j’ai en tête le Maire d’un petit village du centre Bretagne qui à écrit au préfet pour dénoncer cette pratique car ça l’oblige à faire 150 Km uniquement pour déposer cette fameuse liste, un comble … Plus on se modernise et plus l’état se ridiculise ^^.

  2. cette élection me semble à l’ image du gouvernement, un fourbi voulu, par sa disparité, et des règles pas très réfléchies.
    Beaucoup de promesses, à l’ encontre de leurs plaintes, puisqu’ ils auront de moins en moins d’ aides de l’ état !
    Chez moi, aucune liste ne me plait vraiment, et il me faudra prendre la  » moins pire  » !
    Bon dimanche Françoise
    bisous

  3. Moi, ce qui me gêne, c’est le non-cumul des mandats à partir de 2017 ! Pourquoi pas à partir de maintenant ? Bien des lois sont immédiatement applicables….cherchons bien la raison, pas très « catholique » sans doute….

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