La fin des haricots

Ce soir, est-ce que ce sera «la fin des haricots», autrement dit, la fin de tout, la perte complète de tout espoir pour l’équipe de France de foot d’aller à Rio ? Autant en 1998, j’ai été heureuse de voir la France gagner (je n’avais regardé aucun match),  j’ai partagé avec mes compatriotes Réunionnais et métropolitains des moments de liesse, nous étions une nation unie après la victoire 3-0, autant j’ai eu honte en 2010 à Knysna en Afrique du Sud (“grèver” n’est pas jouer, même si, aux yeux du monde, la grève est une spécialité française) ; autant aujourd’hui je suis  dépitée voire même mortifiée quand j’imagine la défaite de ce soir. Une victoire est-elle encore possible ? Je veux y croire.

Je ne suis pas accro du foot, loin de là, j’avais cité «rien à foot», il y a quelques mois mais une équipe de France, qu’elle soit «bleu, blanc, beur» ou pas, doit porter l’image et l’honneur de la France. Nous avons besoin d’un élément fédérateur pour notre pays malheureusement les équipes qui gagnent se font rares. Par chance, il y a encore le basket, la natation et le hand, hommes et femmes. Alors, pourquoi, comment on va gagner ou perdre ce soir, peu importe, simplement, si l’équipe de France perd, une fois de plus, les failles se creuseront entre nous : riches, pauvres, blancs, noirs, beurs, prétentieux, modestes, footeux, autres, professionnels, amateurs, etc. Même quand on n’est pas fan de foot, on ne peut s’empêcher de se projeter dans l’équipe du pays pour ce qu’elle représente : fierté, réussite, et penser à la justification des hauts salaires… liés aux résultats.

Je reviens à mon sujet : la fin des haricots pour l’équipe de France de foot, ce soir ? Crainte ? Envisagée, c’est sûr. Une expression de plus à décortiquer.

“C’est la fin des haricots ! “ est une expression très connue qui semble être apparue au XXe siècle mais on la trouve déjà au XVIIIe. À cette époque, dans la marine de France, on «doublait le cap fayot» quand il n’y avait plus de provisions fraîches sur un navire, l’équipage était réduit à vivre de viandes sèches ou fumées, de biscuits secs et de grains secs. Il faut savoir que la gestion des vivres se faisait dans un ordre établi : produits frais et animaux vivants, biscuits de mer, viandes et poissons salés et fumés, les haricots (pois, fèves…) «finissaient la cambuse». Les haricots étaient et sont toujours appelés fayots  d’où l’expression «doubler le cap fayot» quand il ne restait plus que ça à manger sur le navire et que les marins attendaient la prochaine escale avec impatience. (Fayot était aussi un militaire de carrière. Son dérivé «fayoter», dans le sens de faire du zèle, viendrait de la conduite de certains marins pour être mieux servis en fayots durant les périodes de restriction de vivres. Les fayots existaient aussi en classe, vous en avez sûrement connus, moi, j’ai le souvenir d’une “fayotte” particulièrement gratinée quand je suis entrée en seconde, en septembre 1968.) J’en reviens à ces restrictions, quand toutes les provisions fraiches étaient consommées, les marins naviguaient “sous le Cap Fayot” et quand les légumes secs commençaient à manquer, c’était la fin des haricots. Mutinerie potentiellement possible. Quand on s’attaque au ventre… C’est connu «ventre affamé n’a pas d’oreille».

Une autre hypothèse, plus récente, précise que, dans les internats, les élèves étaient nourris en fonction des ressources financières disponibles. Les haricots étant une denrée bas de gamme, en période de vaches maigres, les internes mangeaient essentiellement ces légumes. (Le nom de haricot était alors utilisé pour des gousses diverses comme les fèves, les pois ou les haricots de n’importe quelle couleur). Si les finances de l’internat ne revenaient pas au beau fixe, après les haricots il n’y avait plus rien, c’était vraiment la fin de tout et la famine. Imaginez ces pauvres adolescents affamés. Dangereux, non ?

D’autres feraient dériver le terme “haricot” de la recette du «haricot de mouton», un ragout de viandes, pommes de terre et de navets dans lequel furent incorporés des fèves, des grains de haricots pour remplacer d’autres légumes manquants. (Chanceux ceux qui ont de la viande ! Encore que… mieux vaut être végétarien, j’en suis persuadée quand on sait ce qui se passe dans les élevages.  Encore quelque chose qu’on nous cache et qu’il vaut mieux ignorer ?)

Enfin, une dernière explication : cette expression trouverait son origine dans les jeux de société pratiqués en famille au début du XXe siècle, avant l’apparition de la télévision, la lucarne qui a tué la convivialité et les discussions familiales (un phénomène encore aggravé par l’arrivée des téléphones portables et d’Internet). On ne jouait pas d’argent en famille mais des haricots secs. Quand un joueur n’avait plus de haricots, c’était vraiment la fin de tout pour lui, puisqu’il était éjecté de la partie. La fin des haricots signifiait donc la fin de la partie.

Et moi, j’ai fini pour aujourd’hui.

Et les Bleus, ce soir ? Dans deux heures ?

(On se sert toujours de ces graines dans les jeux de loto, de quine, en province pour marquer les numéros sur les cartons, non ? )

*****

1 heure du matin, le lendemain. 3 – 0, ce soir. Bien ! Bravo, les Bleus ! Vous vous êtes battus pour gagner.  Je n’ai rien vu du match mais le résultat est là. Impossible n’est pas français, disait Napoléon. Puisse votre victoire redonner le moral aux citoyens de notre pays ! Pas de fin des haricots pour ce soir. Nous allons pouvoir rêver de Rio.

Juin-juillet 2014. Seize ans après, retrouverons-nous  l’espoir et le chemin de la réussite dans tous les domaines ? Allez les Bleus !

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2 réflexions sur « La fin des haricots »

  1. Bonjour ma douce Françoise, ici il neige !

    Je viens te porter une couverture pour poser sur ton lit,
    reste encore au chaud si tu le peux, car il fait très froid.
    Moi je ne peux pas car je me dois de veiller sur toi.
    Il ne fait vraiment plus un temps d’automne hein, on est
    bien d’accord lol ! L’hiver frappe à la porte grrr !

    Une bonne boisson chaude avec des tartines t’attendent
    chez moi hi hi, alors n’oublie pas de chausser tes bottes,
    ou de pluie ou de neige, de mettre un bon manteau avec
    une écharpe et des gants. Ne prends pas froid, car je n’ai
    pas de médicaments sur moi oups.

    Certains d’entre vous se plaignent de perturbations sur leur réseau,
    mais je me demande si les perturbations ne viendraient pas de notre plateforme.
    A vérifier avant de changer d’opérateurs ou de matériel lol !
    Il faut dire aussi qu’internet est devenu une poubelle géante
    et assez lourde, comme par exemple les personnes qui
    ouvrent une multitudes de blogs ou sites et les abandonnent
    sans les fermer définitivement. Genre des vaisseaux fantômes
    qui errent et alourdissent le net pour rien.
    A méditer…

    La réponse du jeu d’hier :
    BORIS VIAN

    Bravo à tous ceux qui ont joué et trouvé.

    Prends soin de toi et bon mercredi.

    Lolli

  2. il semble donc qu’ un sursaut d’ orgueil ait permis de gagner enfin !
    Pas si simple de jouer ensemble quand d’ habitude, on joue dans des équipes différentes, parfois opposées !
    Mais le parcours ne fait que commencer, la victoire est encore loin, si on veut bien se souvenir que l’ Ukraine est une ” petite ” équipe.
    Quand à la fin des haricots, elle semble menacer un gouvernement aux abois, qui ne sait trop par quel bout commencer !
    bonne journée Françoise
    bisous

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