«En connaître un rayon»

Geneviève (Magitte), ma « copinaute », dans son dernier commentaire me demandait si je pouvais lui donner des éclaircissements sur l’expression «En connaître un rayon» qui signifie être très compétent dans un domaine ou bien connaître un sujet. J’aime bien lui faire plaisir, alors voilà un billet pour elle… et pour vous si vous en avez envie.

J’aurais pu commencer par cette association «Le rayon de soleil» dont le but reste le même depuis sa création : permettre à ses membres de passer, à moindre frais, quelques jours au bord de la mer. Au départ, elle a été créée pour favoriser les séjours des jeunes «cousettes», employées des maisons de couture parisiennes. Les statuts de 1903 stipulent que « le but de l’association est de réaliser une œuvre de solidarité sociale en permettant aux prolétaires de passer à peu de frais quelques jours à la campagne ou au bord de la mer. » Les statuts avaient une connotation avant-gardiste, l’organisation et la direction de ces colonies devaient être confiées à l’élément féminin.

J’aurais pu lui parler aussi des rayons des roues du char de Phaëton et de ceux du soleil ; de là à Icare… Que sais-je encore ? Phoebus et tout ce qui tourne autour.

J’aurais même pu inventer une histoire plus ou moins folle de rayons de soleil mais je ne voulais pas, j’ai crû préférable de dire ce que je crois être la vérité même si, par les temps qui courent, la vérité est une vue de l’esprit non pas une réalité.

En connaître un rayon… Ces jours-ci, c’est la bonne période pour poser pareille question, le Tour de France 2013 est parti ce samedi ; la 100e édition de «La Grande Boucle» se déroulera du 29 juin au  21 juillet. Le Tour démarre de Porto Vecchio en Corse (c’est la première fois). Cette 100e édition présente une autre particularité la double ascension de l’Alpe d’Huez et l’arrivée de nuit à Paris de la dernière étape. On innove.

Dans le domaine du vélo, je crois que les cyclistes en connaissent un sacré rayon sur leur monture à deux roues ! Le problème, c’est qu’ils ne s’intéressent pas qu’aux rayons, il suffit d’entendre les uns et les autres ; depuis le scandale de Lance Armstrong, les langues se délient mais Lance n’est ni le premier ni le seul à avoir absorbé des produits dopants. Les cyclistes professionnels sont («à l’insu de leur plein gré» ou pas) de grands consommateurs de produits pas très recommandables. Cependant, ce n’est pas du domaine de la pédale que vient notre expression qui date du milieu du XIXe siècle, mais bien du domaine de la consommation

Dans ces nouveaux temples dont les abords sont encombrés de divers marchands, le peuple se rend rituellement chaque samedi, «accompagné d’un Caddie» (ça fait snob, comme au golf), afin de dépenser le peu d’argent que l’État lui a laissé après avoir ponctionné largement ses revenus, toutes les marchandises sont regroupées par catégorie et sont présentées sur des rayonnages. Pour chaque catégorie de produits, il existe un responsable de rayon qui est supposé tout savoir sur les produits qu’il gère, car il doit connaître son rayon (c’est un minimum, non ?).

C’est de ces rayons-là, dans les super ou hypermarchés, que vient notre expression : «en connaître un rayon». C’est ce que je crois mais il semble aussi que cette formulation dériverait elle-même de l’ancienne expression « en mettre en rayon » qui voulait dire « se dépenser ou travailler avec ardeur », comme une fourmi ou mieux comme une abeille.

Dès le XVIIe siècle, le nom de rayon fut donné aux planches et casiers des armoires, des placards ainsi qu’aux étagères apposées sur les murs, tant des habitations que des boutiques. Avec le développement du commerce et la naissance des grands magasins, il fallut disposer de surfaces plus vastes pour chaque famille de marchandises et chacun de ces espaces prit donc ce nom de rayon, complété par leur spécialité : jouets, parfumerie, vêtements… Tout naturellement, on y affecta donc des employés spécialisés, sous la responsabilité d’un «chef de rayon » qui devait faire preuve d’une parfaite connaissance des comptoirs qui leur étaient affectés, de là l’expression «en connaître un rayon».

Le chef de rayon, responsable (oui, ça existe) annonce la couleur : «Ça, c’est mon rayon » ajoutant quelquefois « je le connais comme ma poche », sur le bout du doigt, bref le chef (dame ou le monsieur) semble « en connaître un bout». Toutefois, il faut prendre garde à ne pas trop étaler son savoir, il suffit de se souvenir de Jean Gabin répétant à sa manière ce que disait Socrate au Ve siècle avant J.C : «Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas» !

Le regretté Pierre Dac lui énonçait sagement : «Ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n’en savent pas plus qu’eux» !

Ben voilà ! Déformation professionnelle de l’ex-prof : le peu que je sais j’essaie d’en faire profiter les autres.

5 réflexions au sujet de « «En connaître un rayon» »

  1. en venir du rayon de soleil à une étagère, c’ est osé, et celui du miel me convient !
    Si tout un chacun était performant dans son rayon, il me semble qu’ on ferait bien plus de progrès !
    Mais pendant 5 ans, ce sera le nivellement par le bas !
    bonne journée Françoise
    bisous

  2. Bonjour, moi je n’en connais pas un rayon, je connais toi et c’est un bonheur lol !

    Quelle belle journée hier en ce premier jour de juillet, on se serait cru déjà en vacances…
    As-tu bien profité toi aussi de faire tout ce que tu devais, ou avais envie de faire ?
    On revit et je suis certaine que tu te sens bien ce matin.
    Même si quelques petites douleurs persistent, le moral ne peut qu’aller bien avec ce soleil qui brille un peu partout.

    Je t’invite à boire notre café quotidien, ou ce que tu préfères.
    Une lègère brise nous apporte toute la douceur d’un matin d’été, c’est si agréable de pouvoir rester un petit moment en ta compagnie.

    J’en profite pour te remercier pour tes messages déposés au coeur de Lolli, dès que tu as le temps. Je t’en suis très reconnaissante.

    Je dois te quitter pour ce matin, mais j’ai eu plaisir à rester dans ton bel univers.

    Prends soin de toi et passe un bon mardi tout doux.

    Lolli

  3. Merci Françoise pour ces explications qui me comblent ! J’opte pour celle du chef de rayon dans les grands magasins…ceux que j’ai connus jadis (Bon Marché, Belle Jardinière, Samaritaine, Louvre, Printemps et bien d’autres créés au XIX° siècle. ) « En connaître un rayon » se disait déjà quand j’étais jeune et l’expression n’a pas attendu les Super et Hypermarchés pour être employée (c’est ce que je pense, mais…). Merci de m’avoir fait profiter de votre savoir d’ancien prof !
    Et j’ai pu sourire avec Pierre Dac et…Socrate/Jean Gabin !
    Je vous embrasse Françoise.

  4. Bonjour Françoise
    Bel article qui me permet d’en connaître un rayon
    sur cette expression
    Bisous
    Frieda

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *