Qu’est-ce que la reconnaissance ?

Être reconnaissant, c’est le contraire d’être un ingrat, c’est reconnaître que l’on est redevable à un tiers qui nous a procuré un bienfait. La reconnaissance est une opération de l’esprit (encore faut-il en avoir !) ; elle est toujours accompagnée d’une certaine dose de contentement, elle permet de dire : «Ces gens ont été d’une générosité inouïe à mon égard alors que rien ne les y obligeait (sauf la paie pour les employés). J’ai énormément de gratitude envers eux et je voudrais leur rendre la pareille.»

Voilà, je continue à préparer cette lettre ouverte que je voudrais bien faire lire à un patron que je connais. Je suis sûre qu’il ne se comprendrait même pas que je puisse le critiquer, lui, le plus-que-parfait. Je ne fais pas partie de ses sujets souvent hypocrites. Un portait, au passage, « ces vieux singes de cour », en vers ; c’est Joachim du Bellay  qui en est l’auteur.

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire,
Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil.

Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.

Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crèvent de rage:
S’il le reçoit mauvais. ils le montrent au doigt.

Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C’est quand devant le roi, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.

Une question me taraude : ce charmant patron, si imbu de lui-même, apprécie les marques d’allégeance de ses courtisans, mais est-il dupe ? Est-il reconnaissant de leurs sourires hypocrites ? Je ne sais pas. Le problème c’est qu’il a moins d’égards envers ceux qui triment sans faire de révérence. L’expression de sa gratitude ferait plaisir à ceux qui se sont donnés corps et âme.

Les paroles ne nourrissent pas. Un mot et un petit cadeau ?

Combien passent leur vie auprès d’un patron qui les laissera partir sans jamais avoir eu la moindre attention pour eux ? Quand leur fin de la carrière se fait pendant une période économique difficile, pas la moindre prime de départ ! Pas le moindre cadeau ! Rien, nada. Des incompétents, voleurs, magouilleurs, malhonnêtes sont partis, plus tôt, poussés vers la porte et dotés de belles indemnités. Moralité : plus tu travailles, plus tu es dévoué, moins tu gagnes !

Il faut toujours exprimer à la personne « généreuse », qui souvent ne demande rien verbalement, il faut donc lui montrer sa gratitude, de manière ouverte et directe. Cette reconnaissance donne, pour peu que l’employé soit sensible, une impression de plénitude. C’est l’occasion de mettre en lumière des liens importants qu’on a gardés jusqu’ici plus ou moins dissimulés.

Lorsqu’on ne s’est pas donné l’opportunité d’exprimer et de tenir compte suffisamment de sa reconnaissance on éprouve généralement du regret… Pas sûr. Moi, je doute… Il est des égocentriques, narcissiques au plus haut point dont on a rien à attendre., pas le moindre remerciement, ni en paroles ni en actions.

Attention, il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard pour manifester concrètement sa reconnaissance. Même les plus gentils, les plus dévoués finissent par se lasser. « Trop bons, trop cons », finissent-ils par se dire.

Le besoin de montrer son appréciation n’est pas un devoir, mais bien un élan de l’intérieur.  Un problème, c’est quand l’intérieur est VIDE.

Comment peut-on dormir en paix, SI on a une conscience, une morale, un cœur, quand on sait qu’au fond on est un ingrat ?

12 réflexions au sujet de « Qu’est-ce que la reconnaissance ? »

  1. Bonsoir Françoise,
    Perso je n’attends et je n’aurais aucune marque de reconnaissance dans mon travail…
    Joyeuse Fête des Mères.
    Que cette journée te soit agréable.
    Je ne t’oublie pas pour les renseignements pour le potager.
    Amitiés

  2. Bonsoir Françoise

    Malheureusement, la reconnaissance est un vertu devenue rare tentée à diparaître.

    Je suis venu te souhaiter une bonne fête des mamans

    bisous et douce nuit

    Le Noctamplume

  3. j’ai horreur de cette attitude.. je n’aime pas les merci.. je donne et fais sans rien attendre si ce n’est le plaisir du sourire de l’autre
    bon dimanche

  4. Salut Françoise
    tu exprimes là une réalité qui a été et sera toujours d’actualité malheureusement aussi bien dans le monde du travail que dans la vie de chacun de nous.
    Mais il faut aussi se dire que les exemples d’ingratitudes sont bien plus visibles que ceux de la reconnaissance car celle-ci doit toujours s’exprimer de manière discrète par respect de l’autre.
    Belle journée
    Antonio

  5. Réponse à telos en particulier et aux autres,

    Si les « merci » peuvent être gênants quelquefois et me mettent mal à l’aise assez souvent, il en est qui sont indispensables.
    Dialogue en trois temps en principe :
    – Quelle heure est-il ? (le « s’il vous plait » étant déjà optionnel).
    – Il est 9 heures.
    – Merci beaucoup.
    La semaine dernière, j’ai donné l’heure à un gamin qui a oublié les deux formules magiques : s’il vous plait et merci. Là, ce n’est qu’une question d’éducation. Rageant tout de même, non ?

    Quant à la reconnaissance, si elle peut mettre mal à l’aise celui qui a offert son aide, elle n’en demeure pas moins indispensable en particulier quand il y a un lien de subordination. L’employé attend son salaire un point c’est tout ; nous sommes d’accord. Mais dans certaines circonstances, la donne change un peu et les attentes aussi.

    Je prenais le cas d’un patron qui abuse de personnes employées, beaucoup trop dévouées. Son entreprise a traversé une zone de turbulences. Les fidèles employés n’ont plus du tout compté les heures de travail, oubliant famille et loisirs, s’acharnant semaine et dimanche à sauver les meubles, renonçant aux vacances, et pour certains investissant une partie de leurs économies faisant ainsi preuve d’altruisme, ils sauvaient leur emploi et combien d’autres ?
    Dans le même temps, le patron faisait le joli cœur et se pavanait, jubilant de la chance qui lui était donnée sans penser à remercier ceux qui avaient fabriqué cette chance. Voilà la raison de mon courroux.

    Je sais que je suis une grande naïve, que certains espoirs sont vains. J’espère tant un monde meilleur que je voudrais croire aux changements.
    NB : ledit patron est passé à la télé un soir, en métropole, dépensant (au moins en paroles) trente mille euros par ici et autant sinon plus par là-bas tandis que les travailleurs suaient pour des « clopinettes » ou à peine plus.

    J’avoue que je rêve du jour où les fidèles, désabusés, le laisseront tomber. Il a sans doute bien ménagé ses arrières, mais ça, c’est une autre histoire.

  6. Françoise, on exploite les boeufs, les moutons et les veaux, ect…et par conséquent, vivre du travail d’un homme équivaut à vivre du travail d’une bête d’une autre espèce. Or j’ai l’idée que celui qui vit sur le travail d’un autre homme, celui qui vit en l’exploitant, c’est lui, tout simplement la bête. Parce qu’il est un parasite. Dans le parasitisme, l’hôte donne tout et ne donne rien, alors qu’au contraire, le parasite prend tout et ne donne rien. Jusqu’à la mort de l’hôte. Voilà l’esclavage. Non pas seulement de l’injustice de droit mais, plus encore, un partage léonin dans l’expérience charnelle, tout pour l’un et rien pour l’autre. Or nous pensons, assez naturellement, que l’autre est d’une autre espèce; nous avons tendance, assez naturellement aussi à retomber dans la relation parasitaire. Du coup, elle devient presque un équilibre. Elle reparait souvent. Les psychologues, vous diront qu’au fond, et ils ont raison, c’est la relation de l’enfant à la mère avant la naissance, mais aussi quand il tête le sein. L’éducation du petit consiste à lui apprendre que tout ne lui étant pas dû, il doit entrer dans des relations plus équilibrées, qu’il doit donner, lui aussi, s’il veut recevoir. L’élevage consiste à quitter l’état parasitaire pour entrer sous le régime des contrats, dans une relation symbiotique. L’essentiel, c’est le contrat. Etes-vous d’accord ? je suis d’accord donc sans relation contractuelle, discutée, clairement, signée librement, nous risquons tous les jours de retomber dans ces relations parasitaires, atroces, muettes de rechuter dans l’esclavage en niant l’autre par un manque de reconnaissance. Je suis inspirée ce matin de J.J Rousseau, du contrat social. Très belle journée à vous. Amicalement Pimprenelle.

  7. Beaucoup à dire sur ce sujet ! Je pars chez mes enfants. Je reviendrai….Mais ne soyez pas désabusée, la nature humaine est ainsi faite…On ne peut que regretter…Mais quand même, « de mon temps » un compliment et un remerciement n’étaient pas rares de la part d’un patron…ou alors, j’ai eu bien de la chance !
    BONNE FETE des mères …je vous embrasse !

  8. le monde est une vaste comédie, mais il faut sauver les apparences!
    Mais j’ ai toujours éprouvé plus de plaisir à donner qu’ à recevoir, et peu importe si au bout, il n’ y a pas de  » merci  » !
    bonne fête à toi
    bisous

  9. je viens de lire plusieurs de tes articles qui sont forts interssants et à bien des egards instructifs
    bonne fete à toutes les mamans
    bonne fin de wekend

  10. La reconnaissance des patrons… Vaste sujet ! En réfléchissant, je crois que ce que j’attends le plus de sa part, c’est le respect. Bon dimanche.

  11. Merci pour ce billet.

    Peut-on généraliser ?

    Donner, recevoir : la joie qui va avec ne dépend-elle pas, dans un cas comme dans l’autre, de mille et un paramètres ?
    Quel est le lien entre les personnes à ce moment-là, quelle est leur histoire commune ? Quel rôle joue le contexte, la situation, l’instant ? Qu’est-ce qui est donné ? Comment ? Avec quelle intention ?
    Qu’un don soit matériel ou immatériel, son sens, tout comme celui de la parole, n’est-il pas toujours différent pour celui qui donne et celui qui reçoit, l’univers de chacun colorant les choses différemment ?

    Qui n’attend jamais aucune réaction quand il donne ?
    Qui n’a jamais feint la reconnaissance face à un cadeau reçu ?

    Il y a les codes, il y a la vérité intérieure de chacun, et il y a nos actions, qui expriment la synthèse des deux, du mieux qu’on peut.

  12. Oupsss , je viens de te lire , je pense qu’on doit dissocier la reconnaissance professionnelle de la reconnaissance purement émotionnelle
    Bien sur que la reconnaissance professionnelle doit être là en bonne et due forme !
    Quant à l’autre on ne fait pas toujours des choses pour en avoir une quelconque reconnaissance , regarde les bénévoles n’attendent rien , cela fait partie du don de soi , donc on n’attend pas vraiment de reconnaissance
    Je viens de lire le commentaire d’Erika et rejoins en fait son avis ..trop de paramètres rentrent en jeu ..
    J’espère que tu as passée une bonne journée ?
    Bises

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