Proverbe créole

Il y a un bon moment que je n’avais pas cité de proverbe créole, alors en voilà un : “zenfan i plèr pa i gain pa tétée”. Faut-il traduire et interpréter ?  « L’enfant qui ne pleure pas ne reçoit pas la tétée », ce qui revient à dire qu’il faut pleurer pour se faire entendre et pour avoir ce qu’on veut.

C’est ainsi que certains font beaucoup parler d’eux et obtiennent des avantages ou gardent des privilèges alors que d’autres, trop discrets, trop effacés n’ont rien sinon leurs yeux pour pleurer en cachette ou des mots timides pour le dire en catimini.

Or, pour se faire entendre, il faut y mettre les moyens. Vous voulez être entendus ? Vous pouvez pétitionner, participer à des débats, à des forums de discussion, bloguer, écrire aux candidats et aux élus, aux journaux. Ces derniers peuvent rendre compte de ce qui vous exaspère et les politiques finissent toujours par entendre et même par écouter, non pas en considérant véritablement l’intérêt général mais pour soigner leur image et ainsi assurer leur siège ou leur carrière. Il suffit d’observer combien de fois les échéances électorales ont permis de résoudre des problèmes pour en être convaincu. La vision à long terme en politique n’existe pas, on pilote à vue et seules comptent les élections  DONC vous savez à quel moment il est préférable de manifester son mécontentement : MAINTENANT ! (Il est peut-être un peu tard mais, comme le disaient les vieux sages, « mieux vaut tard que jamais »). Plus vous serez nombreux à vous exprimer, de préférence sur un même sujet, plus vous serez écoutés.

Vous avez compris que, en règle générale, pour vous faire entendre, il faut vous faire remarquer, faire du bruit : manifestations, camping sauvage, grève de la faim, barrages routiers… A la Réunion, on connait bien les coupures de routes.

Il en va de la société comme de l’entreprise, les indiividus les plus bruyants ont plus de chance de se faire entendre que ceux qui restent dans l’ombre. Bien naïfs sont ceux qui travaillent consciencieusement en pensant que leur chef va un jour se rendre compte, tout seul, qu’ils sont méritants et qu’il faut les récompenser. Au contraire, le « boss » profite de leur dévouement, s’attribuant quelquefois les mérites des bons résultats mais de récompense ou de gratification, jamais ou très rarement ! De même le citoyen lambda modèle travaille, paie ses impôts, éduque ses enfants, tente d’économiser et se voit de plus en plus pressuré. Pauvre mouton tondu en toutes saisons et plusieurs fois par an.

A contrario ceux qui remuent beaucoup, trop et trop fort finissent presque toujours par l’emporter passant avant les gens discrets et mesurés. J’ai envie d’écrire les grandes gueules sont plus récompensés que les laborieux, méritants et obscurs. N’oubliez jamais que la prudence est souvent considérée comme un manque d’assurance. Les modérés disparaissent devant les extrémistes.

Souvenez-vous aussi qu’au temps des cavernes, celui qui tapait le plus fort dominait. Dans notre monde civilisé c’est celui qui crie le plus fort, qui se met en avant, que l’on voit ou simplement celui qui manie bien la poudre aux yeux (selon le milieu) qui  prend le pouvoir.

N’avez-vous jamais entendu un soi disant expert faire un discours tellement brumeux, creux, voire franchement incompréhensible que vous vous demandez comment il peut prendre la parole et être considéré comme un spécialiste ? N’avez-vous pas rencontré des responsables qui, eux, n’étaient que des beaux parleurs ?

Dans notre monde superficiel, savoir s’imposer par la force, par les mots et même par le mensonge semble compter plus que l’intelligence ou la raison. La conséquence essentielle est que la démocratie semble vouée à l’échec de même que notre république. Nous nous retrouvons dans une pétaudière avec ses zones de non-droit, gérée par des voyous : une véritable cour des miracles. Ouvrez les yeux, nous sommes souvent dirigés par une personne a su se mettre en avant quand il le fallait, parce qu’on préfère toujours choisir quelqu’un qu’on a l’impression de connaître plutôt qu’un sombre inconnu.

Moralité : si vous voulez être entendu, connu, soyez visible, soyez bruyant, faites vous remarquer !

Si vous restez silencieux, vous n’existez pas. Alors : votez ! Pour qui ?  Blanc ? C’est une autre histoire. Ce sera votre choix.

7 réflexions au sujet de « Proverbe créole »

  1. Mon père disait : « se faire remarquer, ça ne se fait pas »… Il y en avait des choses qui ne se faisaient pas jadis ! Il y a les pauvres qui n’osent pas demander, et les « pas tout à fait pauvres…(!) qui obtiennent des aides !
    Réclamons, mais la liste de nos réclamations est trop longue….Le vote ? il fut un temps….y aller au moins par devoir si ce n’est pas convictions !

  2. Bonjour Françoise,
    Je ne crois pas que ce soit toujours la réalité en ce moment !
    On peut être des milliers dans la rue voire des millions, on nous a dit que l’on ne nous voyait pas, tu te souviens ?
    Je vois plein de gens manifester partout et on les occulte.
    D’autre part, l’autre, il en a fait beaucoup et en fait encore mais ne trompe plus grand monde par sa grande gueule.
    Je ne voterai pas blanc, car cela fera forcément le jeu de l’extrême droite.
    Bisous.

  3. Je remarque que beaucoup de personnes souffrent en silence de cette misère qui s’installe dans notre pays
    Beaucoup n’osent pas demander , trop de pudeur
    Ceux qui demandent ne sont pas forcément les plus miséreux .
    Quand je pense que des richesses s’accumulent , d’autres quittent le pays , je me demande vers quel futur , notre pays s’oriente.
    Bon weekend , Françoise
    Bisous
    TIMILO

  4. A Geneviève et timilo,
    Je réponds que vous avez bien compris le fond de ma pensée : « Beaucoup n’osent pas demander , trop de pudeur
    Ceux qui demandent ne sont pas forcément les plus miséreux. La liste de nos réclamations est trop longue
    . »
    L’ensemble était peut-être un peu confus mais j’ai écrit cette nuit, fatiguée.
    A Clara, bien sûr que les manifestations ne sont plus aussi efficaces, elles attirent moins de monde car les gens ont peur et sont égoïstes, et il est facile de les oublier ou de les « casser ». Quant au vote blanc, je suis d’accord, tel qu’il est perçu en ce moment, il ne sert à rien. Il faudrait se manifester pour qu’il soit pris en compte comme l’expression du ras-le-bol des politicards intéressés. Il nous faut des purs, des intègres, de vrais républicains pensant au bien commun et non à leur intérêt personnel. Mais je rêve…
    Ce que je voulais dire c’est que se faire entendre est indispensable mais que ceux qui doivent le faire sont trop silencieux et trop timides. Il faut que nous changions, ne plus nous laisser berner par la poudre aux yeux et l’ordre établi.

  5. tout dépend malgré tout de qui pleure et manifeste !
    Les syndicats ont compris qu’ il fallait réunir du monde, et surtout bloquer les autres !
    Mais lorsque le gouvernement est autoritaire, il trouve les parades !
    Toute la vie reste donc un combat, où par évidence, les plus forts gagnent !

  6. C’est vrai que s’exprimez fort est souvent souhaitable mais souvent on n’ose pas par peur, par doute (a-t-on raison?) par honte (on ne sait pas toujours s’ exprimer de manière adéquate);par dépit (est-ce que ça changera quelque chose?) mais le vote est essentiel

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