Pour être heureux…

Il y a bien longtemps que je n’avais pas vraiment pris le temps de réfléchir, pas évoqué les «Propos sur le bonheur» d’Alain.  En février, je sais que j’avais écrit  quelques mots à ce sujet. http://www.francoisegomarin.fr/2011/02/02/philosophons-legerement-le-matin/. Je n’avais pas de lecteurs à cette période-là. J’essaie donc de vous encourager à lire ma prose de cette époque.

Aujourd’hui je viens de trouver un texte qui me semble bien dans l’air du temps.

« On dit que la plupart des hommes tombent en quelque sorte à genoux sur la seule mention de l’argent. Je n’ai vu rien de tel. Je vois bien que les hommes ont besoin d’argent et s’occupent premièrement à en gagner ; cela veut dire seulement que l’homme mange au moins deux fois par jour, et choses semblables. Mais un homme qui ne pense qu’à manger et à gagner, cela est rare ; c’est une sorte de monstre. Et pareillement, celui qui ne pense qu’à étendre ses affaires, et à ajouter des millions à des millions est une sorte de monstre. »
Vivons-nous dans un monde monstrueux alors ? Ceci expliquerait peut-être cela ?

«Quant aux opérations intellectuelles que suppose cette manie d’acquérir, elles sont tellement communes et faciles que personne ne les jugera au-dessus de soi. Où donc courent les hommes dès qu’ils sont assurés de leur pâtée? Ils courent au stade, et ils acclament un homme fort, un homme agile, un homme courageux ; ce sont des valeurs qui ne s’achètent point, des valeurs estimées bien plus haut que l’argent.»
Euh… Les footballeurs et autres sportifs sont bien devenus des affaires de gros sous. Est-ce que je vois le monde de travers ?

«Ou bien ils vont au concert, et crient de tout leur coeur et casseraient les banquettes en l’honneur de quelque artiste ; et certes ils savent que le plus riche des hommes ne peut s’offrir cette gloire. Quant aux puissances de pur esprit, nul ne les méconnaît ; nul ne les mesure aux millions. Personne ne demande si Einstein est bien riche ».

Un aphorisme populaire dit que l’argent ne fait pas le bonheur mais qu’il y contribue. L’argent… Nouvelle idole moderne ? Je crains que oui même si Alain s’inscrit en faux contre cette idée. C’est bien ce que l’ensemble du texte exprime. Bien que l’on pense souvent que l’argent est une valeur suprême, on peut largement en douter et voir qu’il existe d’autres valeurs supérieures à l’argent comme la gloire, la connaissance ou le génie. Mais aujourd’hui, la gloire, même très éphémère se monnaie… Alain serait-il dépassé ?

Je ne crois pas. Dans de nombreux textes, il répète une vérité qui me semble indiscutable : le bonheur est possible à une condition : il faut le vouloir vraiment.

Depuis fort longtemps, de nombreux philosophes essaient d’aider les hommes à accéder à ce qui devrait être leur unique objectif, à savoir le bonheur. Pourtant, il ne fait aucun doute que cet objectif n’est atteint que par très peu d’entre eux comme le prouvent les besoins croissants de psychologues, psychiatres, psychothérapeutes et autres spécialistes des états d’âme, du moral. Il faut noter que ce besoin est bien particulier aux sociétés dites développées, pas de ça dans les pays du tiers-monde : l’argent ne ferait donc pas le bonheur. Faut-il aller plus loin et  ajouter que l’argent ne contribue pas au bonheur mais plutôt qu’il l’empêche bel et bien ? C’est le problème du «toujours plus». Toujours plus de confort, de liberté, de loisirs, d’argent.

En ces temps de crise il semble que le capitalisme ne soit plus en mesure de satisfaire les hommes et qu’il ne permette pas l’accès au bonheur comme on l’a longtemps cru. Au contraire, le capitalisme ruine les hommes, mine leur moral, vide leurs bas de laine et leurs comptes en banque. Aujourd’hui, il n’est plus question de croissance ni d’investissements, mais de de confiance. Pourquoi la quasi toute puissance des agences de notation et de leurs AAA ? Qui sont ces «gens» capables de faire perdre la confiance dans les gouvernements ? N’ont-ils pas commis d’énormes bourdes depuis 2008 ?

On peut donc légitimement se demander si, à l’heure où les économistes ont montré leurs limites, on ne devrait pas les remplacer par d’autres acteurs ou penseurs qui vivent et voient la vraie réalité. Ils seraient peut-être plus aptes à apporter des réponses concrètes aux difficultés que nous devons surmonter. Bon sens et morale au lieu de chiffres tripatouillés, interprétés.

Je m’interroge sur le fait que des solutions existent  ou semblent exister dans la recherche du bonheur. Si au lieu d’étudier des statistiques nous lisions des écrits plus «philosophiques», c’est-à-dire simplement des textes pleins de bon sens ? S’ils étaient portés sur le devant de la scène médiatique, ne pourraient-ils pas être en mesure de transformer ce monde qui a perdu ses repères.

Avec plus de morale, plus de bon sens, les choses pourraient aller mieux, non ?

Et si tout ça était voulu par une certaine catégorie d’individus depuis longtemps ? Moins d’heures de philosophie, de français, l’enseignement forme des illettrés incapables de penser et plus faciles à diriger… Qui a intérêt à l’abrutissement des masses ? Si nous réfléchissions au lieu de vouloir toujours plus en faisant un minimum, en profitant des systèmes sociaux installés. Il suffit de vouloir réfléchir, participer à la vie citoyenne puis se rebeller.

Si lire devient difficile, les auteurs seront de moins en moins accessibles et les hommes resteront dans l’obscurité, le simplisme. Pas besoin de posséder tout, de consommer trop ou de rêver de pouvoir, de force , de célébrité ou de richesse. Le capitalisme est basé sur le « toujours plus », opposé au « juste ce qu’il faut ».
Finalement, comme le chante Baloo dans le Livre de la Jungle,  admettons qu’«il en faut peu pour être heureux !» : se satisfaire du nécessaire !

Le bonheur n’est pas à l’extérieur sur les marchés, mais à l’intérieur de nous. Cette vérité ferait s’écrouler tout le système des désirs consuméristes et avec eux les  élites et les puissants qui les créent et les soutiennent.

Alors, tâchons d’être heureux sans ceux qui nous nous manipulent, soyons heureux sans eux, soyons heureux contre eux ! Simplement.

4 réflexions au sujet de « Pour être heureux… »

  1. Bon premier lundi de l’année Françoise.
    Je pense bien à toi.
    Gros bisous
    ………….. Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ
    …………(♥) ».´. »(♥)
    …………..(…♥…)
    …………..(,,)=(« ´)
    ………….(« ´),,,(« ´) …

  2. Bonjour Françoise
    le toujours plus finalement nous vient d’aussi loin que la naissance de l’homme de même que le simple bonheur de vie: finalement nous assistons à la lutte incessante entre le bien et le mal. Mais si pendant longtemps ceux qui essayaient de faire reflechir les gens étaient tenu en haute éstime de nos jours on les mets plutôt dans les placards afin qu’ils ne fassent pas gripper la machine du toujours plus que l’homme a tendance a choisir presque naturellement. Si en plus on leur dit que cela est le bien……
    Mais nous savons que la paupérisation de la culture conduit toujours à une dictature, tôt ou tard et peu importe la forme ou l’idéologie sous laquelle elle se présente.
    La rébellion, la révolte est d’abord une affaire personnelle, c’est une interrogation quasi permanente souvent dérangeante parce que le plus souvent cela implique une remise en question de la personne elle même.
    Mais les écrans de pubs sont payant et personne n’y mettra de l’argent pour cela.
    Dans le passé il y avait l’école qui nous incitait un peu a cela: aujourd’hui elle même est dans le toujours plus et dans le copier coller de bon aloi!
    Antonio

  3. Le bonheur suggère, par son éthymologie latine (bonum augurium), l’idée de chance comme s’il ne dépendait pas de nous d’être heureux. Et il y a aussi dans la notion de bonheur, l’idée de plénitude et de stabilité. Faut-il alors comprendre le bonheur comme un bien illusoire car trop aléatoire ou bien y-a-t-il des conceptions du bonheur qui rendent celui-ci accessible ? Nous louvoyons sur ces deux notions, bien souvent, peut-être connaîtrons-nous ainsi le bonheur ? J’ai lu, il y a quelques mois, un roman très captivant, sur la recherche du bien être, du bien-vivre, du bonheur, « L’homme qui voulait être heureux » de Laurent Gounelle. L’histoire se passe à Bali. Un homme qui a tout pour être heureux, argent, santé, famille et pourtant son bonheur est absent. L’expérience d’un vieux sage lui permettra de connaître un bonheur à la hauteur de ses rêves. Je vous souhaite Françoise et à vos proches une bonne et heureuse année. Amicalement, Pimprenelle.

  4. Bonne année, nous sommes tout à fait d’accord avec tes conclusions, le bonheur est en nous et sera le plus fort , grosses bises

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