Souvenirs d’école

Je vous livre aujourd’hui un pavé, un peu en vrac mais le sujet est si vaste…

Je ne sais quel énarque, quel ministre, enfin quelle “personne autorisée” s’est permis de clamer “l’école est un sanctuaire”. Il me semble que c’est Vincent Peillon  en 2013 sous “le règne de François 2” (Hollande). Vincent a réclamé qu’on « sanctuarise l’école » et l’Elysée a annoncé que « l’école et le temps de vie scolaire pourraient être sanctuarisés ». Il me semble que c’était au moment de l’affaire Léonarda.

Vous souvenez-vous de l’histoire de cette famille immigrée rom profitant du système social européen et à ce moment-là français ? Certes la méthode utilisée par la police était choquante mais depuis cette même police a été capable de pire. Depuis l’affaire Benalla et encore plus depuis que des Gilets jaunes ont été éborgnés, on sait de quoi elle est capable.  Quand je vois la tête de Didier Lallement, préfet de police de Paris depuis le limogeage de Michel Delpuech en mars 2019, je ne suis pas rassurée…

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Ce n’est pas un Fritz de “Papy fait de la résistance” mais bel et bien le préfet de police de Paris, Didier Lallement

Je reviens à l’école, l’école laïque, la vraie, celle de la troisième République, celle des Hussards Noirs de la République, celle de la ‘’laïcisation’’ après le vote des lois scolaires dites « Lois Jules Ferry » et le vote de la Loi de séparation des Églises et de l’État en 1905. Ces missionnaires laïcs étaient admirés et aimés. Leurs successeurs ont longtemps oeuvré obstinément, pour attirer les enfants vers la lumière du savoir et de l’esprit critique. Je pense ainsi à Marcel Pagnol, fils de Joseph Pagnol (1869-1951), instituteur à Aubagne dès 1889 dont l’histoire est contée dans “La gloire de mon père” ou encore à François Seurel, adolescent de quinze ans, narrateur du roman “Le grand Meaulnes” d’Alain-Fournier, François dont les deux parents sont instituteurs dans l’école où il étudie.  Les instituteurs, ces “héros du quotidien” jadis notables, quelquefois maires de leur village, devenus obscurs dans les grandes villes et encore plus dans les quartiers, des “feignants”, planqués, vacanciers permanents… Critiqués pendant des années, mal payés, simples gardiens d’enfants, d’adolescents exclus “désintégrés” alors que leur mission originelle était d’intégrer. Pauvres enseignants trop souvent malmenés et mal aimés. Je sais de quoi je parle, j’en ai fait partie.

Sur le plan juridique, il n’existe pas d’école sanctuaire en France. La police peut intervenir en toute légalité dans les établissements scolaires et même dans les lieux de culte, seules les ambassades sont “protégées”.

Il est vrai que le 20 mars 1996, le ministre de l’Education nationale François Bayrou  (que j’ai cru un moment honnête et courageux) a présenté un plan de lutte contre la violence à l’Ecole, pour, selon ses propres termes, “travailler à resanctuariser l’Ecole” Le président de la République d’alors, Jacques Chirac, invita les chefs d’établissement à “travailler avec le commissaire de police et le juge pour enfants du lieu“, soulignant que “la police, dans certains cas, doit pouvoir entrer à l’école“. Heureusement, François Bayrou était “allergique” à la présence de forces de l’ordre dans l’enceinte scolaire, opposition qu’il développa quelques années plus tard lorsque Nicolas Sarkozy proposa en février 2006 l’installation permanente de policiers dans les établissements qui en feraient la demande. François Bayrou, contrarié, déclara qu’envisager la présence de forces de l’ordre dans l’Ecole est “une erreur de la pensée, car la loi de l’école, ce sont les enseignants et les éducateurs ; si on met des policiers à l’école, c’est la défaite de l’éducation et ce sera la loi du plus fort 

Vision réaliste, l’école aujourd’hui semble perdue, elle semble aussi avoir perdu la bataille contre l’obscurantisme et la violence. la faute à un système qui ne colle pas à la réalité du monde et qui, surtout, oublie les enseignants des écoles, collèges et lycées. C’est une gestion inadaptée, irréaliste, anarchique du système, chaque ministre de l’Éducation Nationale voulant laisser SA réforme.

Au début du XX° siècle, l’école primaire était encore « l’école du peuple », tandis que le secondaire était celle des privilégiés (notables, bourgeois).

La loi Jules Ferry du 28 mars 1882 avait rendu l’instruction  obligatoire en France pour tous les enfants, filles et garçons, de six à treize ans.

Après le Front populaire, la loi du 9 août 1936, initiée par Jean Zay, prolongera ensuite l’obligation d’aller à l’école jusqu’à quatorze ans. La mesure contribua au développement de l’enseignement secondaire et à la création des collèges, mais les élèves titulaires du certificat d’études primaires pouvaient quitter l’école dès onze ans.

La loi Berthoin de 1959 rendit la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans mais elle ne deviendra effective qu’en 1967 pour les générations nées à partir de 1953.  

À la suite du mouvement de mai 1968, la mixité devient la norme à tous les niveaux d’enseignement. En 1975, la loi Haby instaure le principe du collège unique pour tous les élèves.

La loi Jospin de 1989 place l’élève « au centre du système éducatif ». et dans ce cadre, l’École devient un moyen de réalisation du projet de l’élève. La place de l’élève n’est plus celle du simple récipient que l’enseignant remplit. L’idée d’une formation de l’élève à son futur statut de citoyen est portée par l’institution scolaire (« éducation à la citoyenneté »). Des mots, encore des mots toujours des mots mais dans la réalité, quels moyens ?

Qu’est devenu l’ascenseur social qu’était l’école ?

Qu’est devenu le respect des enseignants ? 

Que sont devenus les contenus des programmes enseignés ? Dictée, grammaire, calcul mental, Histoire de France, géographie de notre pays, poésies classiques avec des vers, des rimes, des alexandrins… ? Où sont passés Victor Hugo, Lamartine, Molière, je ne pense même plus à “La guerre des Gaules”, Sénèque et autres auteurs latins. Quant aux Grecs… Oubliés ! Inconnus pour la plupart des jeunes.

En résumé, j’ai mal à mon école, celle qui m’a offert la connaissance, des cnnaissances variées. Bien sûr, tout n’était pas parfait, j’ai bien eu quelques profs détestables mais combien d’excellents, inoubliables, aimés ? Je me souviens de ma grosse institutrice de CP, une Madame Froment, obèse, si tendre, si confortable quand elle me prenait sur ses genoux, de la petite menue du CE1, Madame Pizaine que j’adorais malgré les punitions (des marches autour des platanes de la cour de récréation en apprenant par coeur des lignes, Dieu sait que j’ai marché souvent), de Madame Galetti au CE2 qui m’a fait ingurgiter tous les modes et tous les temps de conjugaison des verbes bavarder et parler, que je n’ai pas oubliés comme, par exemple, la première personne du pluriel de l’imparfait du subjonctif : que nous bavardassions), de mon professeur de français-latin en sixième et cinquième, Madame Jeannine (avec 2N, insistait-elle) Marty que je trouvais si belle avec ses robes de cuir, ses talons-aiguilles et ses petits foulards, de Mademoiselle Pêcher en sixième elle aussi, qui était si jolie et sentait si bon, le seul professeur de mathématiques dont je me souviens avec tendresse, j’arrête la liste mais j’ai quelquefois envie de graver une stèle à la mémoire de tous ces bons maîtres. Par respect pour leur famille, je tais le nom des deux plus affreuses profs de maths et de l’horrible prof de français de troisième, oui il y en a, de véritables sadiques, méchantes, destructrices.

Pour finir, tout n’a pas été rose à l’école mais le résultat est bien là, j’ai appris, progressé bien qu’étant née dans un milieu modeste. Aujourd’hui, j’en ai tellement à dire sur la pauvreté des contenus scolaires, l’absence de maitrise des connaissances de base des élèves. Je suis inquiète car la démagogie a régné et règne encore.

Je ne l’oublie jamais : l’ignorance et la bêtise du peuple font la force du dictateur.

 

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2 réflexions sur « Souvenirs d’école »

  1. Il me semble que la volonté de donner la première place aux minorités a fait exploser la morale, et mai 68 n’ a rien arrangé !
    Faire des enfants des rois n’ est surement pas la bonne solution !
    Mais il y a aussi la politisation des enseignants, beaucoup gauchisant, et prosélytes, s’ accoquinant même pour certains avec l’ islam politique !
    On voit le résultat, les fondamentalistes n’ont pas raté l’ occasion d’installer leurs chevaux de Troie, avec la dose de terreur pour obliger les récalcitrants à se taire !
    Quelle époque, où le droit d’ asile ne veut plus rien dire, ou les minorités veulent imposer leur point de vue, comme l’ islam !
    Mais le pire, c’ est ta dernière phrase qui donne raison à Macron lorsqu’il a parlé d’illettrisme !
    Passe malgré tout une bonne fin de semaine
    Bisous Françoise

  2. bonjour chere Françoise, entierement d’accord avec ton article, sanctuariser peut etre pas, mais on devrait davantage la proteger l’ecole, et soutenir les profs dans leur difficile combat , je n’ai connu que le primaire , mais le souvenir de ceux qui m’ont enseigné, restera toujours, merci à ce couple d’instituteurs, je n’ai pu aller plus loin, que par correspondance ! mes enfants à leur tour ont beneficier des bienfaits de l’ecole laique, avec divers resultats, mais finalement de bonnes situations ! je ne peux admettre que dans une ecole laique, des profs ne peuvent plus enseigner, sans etre agressés, elle est excellente ta dernière phrase, elle s’applique à Macron mais aussi à ceux qui risquent de venir derriere lui ! bon weekend et bises

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