La peur des mots

« Tu as peur des mots ? C’est avec ça qu’on fait la vérité. » Jean Giono dans « Lanceurs de graines ». Ouh la la ! Dans quel monde de mensonge vivons-nous pour craindre autant les mots ? La peur des mots est un mal réel qui porte un nom : la logophobie.

La logophobie a longtemps été associée à la peur de prendre la parole en public mais il s’agit plus précisément de la peur des mots ou la peur de certains mots, comme confinement pour Monsieur Macron. Les sujets logophobes ont peur de certains mots qui risquent de les trahir et les dévoiler tels qu’ils sont réellement ; les logophobes sont en lutte avec eux-mêmes ; c’est une forme de schizophrénie (des voix intimeraient des ordres et des actes à réaliser). Manu serait-il notre nouvelle Jeanne d’Arc, le sauveur de la France ? (Je crains la schizophrénie.)

Revenons à l’essentiel  : pourquoi n’osons-nous pas appeler les choses par leur nom ? J’ai évoqué ce problème dans plusieurs billets déjà dont un intitulé « Novlangue », il y a presque cinq ans (déjà) et plus tôt encore, en 2012 « Parler vrai, juste ».

Aujourd’hui le mal s’est bien ancré, on n’y prête plus guère attention, on accepte les mots et expressions « édulcorées » pour ne plus dire crûment la vérité, pour être « politiquement correct ». Tous les mots venus d’en haut (politiques et journaleux à leur solde) ne sont que bobards permanents ; nous devons les refuser, ne pas les utiliser pour faire œuvre de salubrité publique et arriver enfin à rétablir une liberté essentielle : la liberté de penser. (Au fait liberté de penser ou de pensée ? J’opte ici pour liberté de pensée mais c’est un autre sujet.)

Je vous propose donc une petite liste (non exhaustive), classée par ordre alphabétique, des mots moins négatifs et des expressions moins brutales qui n’empêcheront malheureusement pas le monde d’être de plus en plus pourri.

  • affection de longue durée = cancer,
  • agriculture biologique : traditionnelle sans chimie,
  • agriculture conventionnelle : agriculture chimique
  • charges : cotisations sociales et impôts,
  • collaborateur : personnel, employé,
  • croissance négative : récession
  • décruter : virer un employé.
  • dégâts collatéraux : massacres des civils,
  • demandeurs d’emplois : chômeurs,
  • démocratie participative (pléonasme et illusion),
  • Directeur des ressources humaines : chef du personnel,
  • flexi-sécurité :corvéabilité, esclavagisme avec horaires décalés, heures supplémentaires non payées,
  • fragilisation de l’emploi : précarisation
  • frappes chirurgicales : bombardements de quartiers civils,
  • hôtesse de caisse : caissière,
  • individu défavorablement connu de la justice ou de la police pour dire voyou, malfrat…
  • lien social : quel type de relations ?
  • mouvement social : grève,
  • non-voyant : aveugle,
  • personne issue de la diversité : immigré,
  • personne à mobilité réduite : handicapé moteur,
  • plan de sauvegarde de l’emploi avec son inévitable « plan social »  qui suit pour  annoncer un licenciement collectif,
  • précaires pour pauvres,
  • prospecteurs d’emploi : chômeurs encore,
  • réussite différée pour échec scolaire,
  • quartier populaire pour banlieue pourrie,
  • séniors : vieux (mais à partir de quel âge ?)
  • solidarité : on en parle mais on ne la voit plus guère dans la réalité sociale ; il suffit de regarder ce qui s’est passé dans certains magasins où des accapareurs sévissaient,
  • techniciens de surface : balayeur ou femme de ménage

Ce qui est effrayant aussi c’est la réduction du nombre de mots dans le langage courant. Nous n’osons plus appeler un chat un chat, nous utilisons des périphrases ou des mots étrangers, anglais de préférence pour être plus « corrects » : l’Homme à peau sombre n’est plus un nègre, ni même un noir, il est devenu black comme si en changeant de langue le qualificatif était moins violent. Noir c’est noir. (« … il me reste l’espoir… »)

Je ne cesse de penser à ce que Georges Orwell a écrit dans son roman 1984 :

« Plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels les gens peuvent réfléchir… La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les gens stupides et dépendants. Ils deviennent des sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision. »

Mais à qui donc profite ce crime envers les mots ?

Réponse : le pouvoir centralisé.

S’il n’y a plus de pensée, il n’y aura plus d’objection et donc plus de contestation. Une réalité de plus en plus désagréable sera acceptée facilement.

Tous ces nouveaux mots ou expressions sont des sortes de psychotropes pour soulager l’anxiété généralisée et pour mater, soumettre le peuple.

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3 réflexions sur « La peur des mots »

  1. Un truc qui m’énerve depuis longtemps c’est de ne jamais vouloir prononcer le mot cancer.
    Tout le monde trouve un autre mot pour ne pas avoir à le prononcer ou écrire !
    On a le crabe, maladie de longue durée, cette saloperie etc …
    On dirait que ça s’attrape en en parlant !
    Même chez les journaliste !
    C’est un peu comme la mort : on trouve toujours d’autres expressions …
    Le pire, ce sont les expressions ampoulées pour parler d’une femme de ménage et de tous les métiers un peu de « bas étage » … afin de ne pas blesser les personnes en leur faisant remarquer leur métier peu gratifiant.
    Alors qu’il n’y a aucune honte, c’est déjà beau d’avoir du travail !
    Vaut mieux faire du ménage que de gagner sa vie en dealant ou autre truc illégal, pas fatiguant et très lucratif !!!
    Bon mercredi très triste suite à l’annonce du décès d’une aminaute.
    Je vais, en plus, être obligée de faire une pause totale pour des raisons personnelles mais je continue à publier des articles quotidiens.
    On a bien besoin de rire un peu, surtout en ce moment !
    Je te dis donc à … je ne sais pas quand …
    Gros bisoux, ma françoise ♥

  2. et avec l’actuel président , on constate qu’il est plus facile de s’exprimer de l’étranger pour insulter les français, que de parler de confinement en temps de guerre !
    J’ai beaucoup tes remise en ordre !
    Quelle piteuse époque, où on n’ose pas appeler un chien un chien, alors que comme le disait madame de Staël , plus je connais les hommes, plus j’aime les chiens!
    Et c’ est aussi pour ça que je parle de fin de semaine, et non de W-E
    Tu as de quoi faire dans ton jardin, ça évitera de se sentir oppressé !
    Passe une bonne journée
    bisous

  3. bonjour chere Françoise, oui tu as raison, on dirait que les gens ont peur d’utiliser le juste nom ! tous les exemples que tu donnes sont parfaitement edifiant… et Dom a bien remarqué , comme nous tous, qu’il y a une peur d’utiliser le mot « cancer »…et ce n’est pas nouveau, dans ma jeunesse, j’entendais les anciens parler d’un tel « tombé du mal ».. ce qui je l’ai su plus tard, on voulait parler ainsi du cancer ! on invente des mots pour ne pas choquer, resultat on ne reflechit plus , on peut encore appeler un chat : un chat ! mais un nègre surement pas !! que notre president en rajoute, sans parler de confinement ! rien ne peut plus nous etonner venant de sa part ! quand Mme Buzyn parle de « mascarade » pour les dernières elections, on est tenté de la croire, etant donné le peu de gens qui se sont derangés pour voter ! on peut aussi la croire déçue de son mauvais score, mais quand elle dit qu’elle avait prevenu le gouvernement d’un tsunami virus en Janvier, là c’est tres grave , tous nous ont menti, et ça merite la « Cour de Justice » , y compris elle, qui a negligé pendant un an les problèmes des hopitaux…restons confinés, et attendons , nous ne sommes pas au bout de nos surprises, porte toi bien amities et bises virtuelles !

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